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Legifrance 2.0 : un symptôme de la mort du service public à la française

J'aurais aimé écrire l'article très exactement opposé à celui-ci.

J'aurais aimé pouvoir dire, et écrire, que la nouvelle version de Legifrance, activité phare du « service public de l'information juridique » constituait une évolution remarquable. Que, par rapport à la précédente, elle constituait une avancée qui manifestait l'implication des pouvoirs publics dans ce services public d'importance, puisqu'il concourt à mettre le droit à la disposition de tous les utilisateurs.

J'aurais aimé écrire l'article très exactement opposé à celui-ci.

J'aurais aimé pouvoir dire, et écrire, que la nouvelle version de Legifrance, activité phare du « service public de l'information juridique » constituait une évolution remarquable. Que, par rapport à la précédente, elle constituait une avancée qui manifestait l'implication des pouvoirs publics dans ce services public d'importance, puisqu'il concourt à mettre le droit à la disposition de tous les utilisateurs.

J'aurais aimé pouvoir ajouter que ce service prodiguait des services aussi utiles aux citoyens en général qu'à la catégorie aussi exigeante qu'insatisfaite des enseignants chercheurs en sciences juridiques. 

J'aurais aussi aimé pouvoir citer ce service en exemple, montrer qu'il était supérieur, ou du moins égal, aux bases de données d'autres pays européens, voire aux bases de données américaines. Qu'en particulier, son caractère centralisé n'en faisait pas un outil ingérable et lui conférait au contraire une exhaustivité rarement atteinte ailleurs. 

J'aurais également voulu pouvoir souligner que les auteurs de la révision du site avaient pris en compte les demandes utilisateurs (création de paniers de recherches, amélioration des formulaires de recherches, meilleure indexation des décisions...).

Bref, j'aurais voulu valoriser le modèle français du service public de la diffusion du droit.

Illusion. 

Utopie. 

La mise en ligne de la nouvelle version de Legifrance vient nous montrer, au contraire, avec une acuité rarement atteinte, l'état de délabrement de nos structures publiques, incapables de mener à bien un projet, certes exigeant, mais pas non plus hors de portée.

Tous les travers de l'action de l'Etat s'y retrouvent. 

Une impréparation absolue, qui conduit à des bugs grotesques

Par exemple, tous les arrêts de 2007 des juridictions administratives ont disparu !

Par exemple, l'anonymisation a été opérée en dépit du bon sens (essayez de taper « rolin » dans jurisprudence administrative, vous comprendrez ce que je veux dire). 

Par exemple, nos amis privatistes devront systématiquement décocher celles des juridictions sur lesquelles ils ne veulent pas faire de recherche car, par défaut cour de cassation / cours d'appel / juridictions du premier degré, sont sélectionnées... (et il faudra le faire à chaque recherche parce que les cases se recochent sytématiquement !).

N'importe quelle société de services (sauf peut-être celles recrutées par voie de marché public ?) aurait mis en place une version beta pour éviter ce genre de situation.

Une conception autiste qui refuse de prendre en compte les besoins des utilisateurs.

Vous vouliez pouvoir sauvegarder vos recherches complexes ?
 
Vous vouliez pouvoir exclure plus de termes dans le champ « sauf », pour rendre vos recherches plus pertinentes ?

Vous vouliez faire des recherches à partir de mots liés par un indicateur de proximité ?

Vous vouliez même, demande modeste, pouvoir aller au résultat, texte ou arrêt suivant, par un lien en bas de page et ne pas avoir à remonter jusqu'au sommet de cette page ? 

Alors Legifrance 2.0 n'est pas fait pour vous...

Rien, absolument rien. Aucune de ces demandes générales et simples à réaliser des utilisateurs n'a été mise en œuvre. 

Une conception extravagante qui conduit à des modes de recherche complètement abscons et inutiles

 

Par exemple, dans la recherche experte « textes consolidés » figurent les critères suivants : « substitué, disjoint, annulé, périmé... ». Amis juristes pour comprendre ce que signifient ces catégories, faites donc une recherche sur elles, en laissant tous les autres paramètres en blanc et vous aurez la réponse. 

Rien, elles ne signifient rien : elles ne renvoient aucun résultat pour la plupart d'entre elles (et après avoir fait ce constat, n'essayez pas de revenir sur une liste de textes : le choix n'existe pas)...


Une interface et une présentation bâclées qui donnent l'impression d'avoir été conçues pour faire tourner les applications du Plan Calcul. 

Même pas besoin de donner d'exemple, je crois que la première visite vous aura convaincu(e). 

Ah si, un tout de même. Caricatural. 

Dans le menu déroulant des juridictions « de première instance », de la recherche experte juridiction judiciaire, celles des juridictions dont les noms sont trop longs sont coupées en deux et la recherche ne s'effectue que sur un morceau de leur intitulé !

Par exemple, vous ne pourrez pas chercher sur « Tribunal des affaires de sécurité sociale » mais sur « tribunal des affaires de », ou sur « sécurité sociale ».

J'arrête là.

D'autres problèmes sont décrits sur la liste jurisconnexion.

Mais force est de constater que médiocre conception, surdité aux demandes des utilisateurs, impréparation dans l'exécution et incapacité de présenter un produit doté d'une image satisfaisante sont des maux qui rongent de nombreuses actions de l'Etat, au delà des mots et des affichages.

A l'heure de la notation des ministres, à l'heure des audits LOLF, à l'heure des «études d'impact » constitutionnelles, force est constater que nous nous payons de mots car les faits sont là : la faillite de l'évolution de Legifrance témoigne que l'Etat, dans ce domaine comme dans bien d'autres est de moins en moins capable de mener à bien les missions qu'il s'est assigné.

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