24.05.2007

« Plats ornés aux armes de … et d’un semis de … » à propos de la photo officielle de Nicolas Sarkozy

Ah, le vocabulaire de la reliure. Peut-être un des premiers vocabulaires techniques de collectionneurs. On le retrouve dans les catalogues de ventes aux enchères à une époque à laquelle il n’avait pas poussé leurs premières dents aux timbres.

Or, pour décrypter la photographie officielle de notre nouveau président de la République, il faut recourir à ce vocabulaire, et le faire au prix d’une singulière mis en abyme.

Les contemplateurs de cette image ne manqueront pas de constater qu’immédiatement à gauche (pour le contemplateur) du visage de Nicolas Sarkozy, en arrière plan, on voit un livre présenté non pas comme les autres, et comme usuellement dans une bibliothèque, par le dos mais par son premier plat.

Le plat, dans ce jargon de la reliure c’est la « couverture » dans le langage usuel, et le « premier plat », c’est la couverture « du dessus », par opposition au « deuxième plat » qui correspond à la … « 4e de couverture » (parce que pour la pages de couverture on compte aussi l’intérieur).

Ce livre est un fort beau livre.

D’évidence la reliure est en parfait état.

Il s’agit semble-t-il d’une reliure en « maroquin », ce qui constitue la peau la plus chère et la plus fine.

Mais surtout ce premier plat est « orné », de ce qui semble être un semis de petits motifs (les plus usuels étant des monogrammes répétés ou des motifs floraux, voire des fleurs de lys), et au centre une belle plaque dorée représentant apparemment des armes.

Le style général de cette reliure semble l’apparenter à la deuxième moitié du XVIIe siècle même si un pastiche XIXe n’est pas à exclure.

Voilà pour quelques données bibliophiliques.

Mais surtout ce qui est très intéressant, si l’on creuse un peu, c’est que cette reliure semble constituer une étonnante mise en abyme de la photographie elle-même.

De même que le motif central du plat (sans doute des « armes » souvenons nous), est entouré de ce « semis de motifs » qui le mettent en valeur, et bien le personnage central de la photographie, notre Président, donc, est entouré d’un semis de livres qui également, le mettent en valeur.

De surcroît, si on y prête un œil attentif, il n’est pas exclu que le motif central de la reliure soit entouré de quelque chose qui ressemble à une draperie (ce qui plaiderait d’ailleurs pour une confection un plus tardive), de même que Nicolas Sarkozy est à proximité du drapé des deux drapeaux français et européen.

Dans ce contexte, le fait que cette reliure soit situé à l’immédiate proximité du visage du modèle rajoute à ce sentiment spéculaire : cette image qui double l’image qui nous est présentée.

A ces considération iconographiques on pourrait ajouter des observations sur les rangements des bibliothèques et leurs significations.

Il est fort rare, dans une bibliothèque de travail, qu’une reliure soit ainsi « exposée » : c’est que ce faisant on n’en voit plus le dos et donc plus l’auteur ni le titre.

Ce positionnement du livre est donc le symbole soit d’une bibliothèque d’apparat (« j’ai des beaux livres et je les montre ») soit, plus moderne le résultat d’un beau livre « pour faire joli et ancré dans l’histoire). Dans tous les cas, la proximité iconographique se fait donc moins au contenu du livre qu’à son apparence. Elle traduit moins la fréquentation des écrits que le goût réel ou prêté à la bilbliophilie.

Et elle participe d’une tendance très actuelle de cette bibliophilie, où l’on voit certaines stars de télévision constituer à des prix records des collections de somptueuses reliures (surtout du XXe siècle) dont la splendeur l’emporte sur l’intérêt très variable du livre.

Décidément, cette photo parle beaucoup. De notre Président, de notre époque, et de notre rapport au livre.

23.05.2007

Commentaires sur une « méthode sur le commentaire d’arrêt », et les commentaires qu’elle a suscités.

Mes voisins de droit administratif, au sein de droit-commun, ont par la plume de leur plus actif contributeur actuel, Alexandre Ciaudo, publié une « méthode du commentaire d’arrêt ».

Il me faut ici l’affirmer nettement : je suis en profond désaccord avec cette méthode.

Blanc – froid. Aie, ça barde entre les blawgs : énervé par Sciences-Po il se venge sur des doctorants.

Mais non, ne vous inquiétez pas.

J’ai juste voulu pratiquer une forme une peu virulente de captatio benevolentiae.

Car voilà mon propos :

Certes, cette méthode est excellente et j’y souscris pleinement vis à vis d’étudiants qui ont besoin d’être guidés, mais je crois profondément, en ce qui me concerne, que cette forme rigide appliquée au commentaire d’arrêt tue le véritable intérêt de l’exercice.

Cet intérêt, quel est-il ?

Selon moi un commentaire d’arrêt est davantage un acte de volonté qu’un acte de connaissance (tiens j’ai déjà entendu cela quelque part…). Autrement dit, il constitue la lecture faite d’un arrêt par une personne qui cherche à le resituer dans des questions plus générales, qui sont propres à ses manières de voir, à sa culture, aux problématiques qui lui paraissent importantes.

Et dans ce contexte, il me semble que le commentateur est parfaitement libre de déformer la décision qu’il commente, pour mettre en exergue des points qui paraissent mineurs ou au contraire balayer en quelques lignes des points qui sont supposés essentiels. Et pour ce faire, les qualités essentielles sont l'imagination, la liberté de pensée (pas uniquement dans le droit patagonien) et un certain jeu avec les formes académiques.
 
Je voudrais illustrer ces propos, d’abord en prenant un exemple puis ensuite en proposant quelques lignes de conduites.
 

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21.05.2007

Formation du gouvernement round 3 : les décrets d’attributions des compétences

En tant que citoyens, nous avons souvent tendance à croire que la formation d’un gouvernement exige deux étapes : le choix par le Président de la République d’un Premier ministre, et le choix ensuite, par celui-ci, de ses ministres (avec un interventionnisme variable du chef de l’Etat).

Après quoi, mise à part la question du choix des membres de son cabinet (sur la marge de manœuvre dans ce choix, il faudrait une note plus longue), allez hop ! au travail.

Grave erreur.

Il existe avant la véritable mise en marche des ministères, une étape imposée et qui fait toujours l’objet de guerres intestines au sein d’un gouvernement, c’est la phase de rédaction des décrets d’attributions de compétences.

Elle est peu connue, elle révèle des jeux de pouvoirs et de rédactions juridiques très subtils, elle dément parfois les affichages politiques liés à la dénominations des ministères.

Elle mérit donc qu’on s’y arrête, et qu’on essaye de l’expliquer quelque peu.

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07.05.2007

Quel destin pour le Mouvement Démocrate, Lib-dem ou FDP ?

Les élections législatives qui s’approchent n’auront sans doute pas de véritable enjeu programmatique : tout a été dit au cours de la campagne présidentielle et on ne voit ni le candidat élu, ni les candidats battus (du premier comme du second tour) se livrer à l’élaboration d’une nouvelle plate-forme électorale en quelques jours.

L’argumentation sera donc sans doute essentiellement rhétorique : une majorité pour le Président / pas tous les pouvoirs au président, etc…

Mais naturellement, une des questions centrales sera donc celle des alliances électorales, et par suite celle de la stratégie du « Mouvement Démocrate », qui se situe au centre de tous les dispositifs envisageables.

Pour essayer de réfléchir à l’espace possible pour ce parti centriste, il faut tout d’abord rappeler quelques données de notre système électoral.

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Ségolénisme des centres, sarkozysme des périphéries

Au-delà du résultat national de l’élection présidentielle, yahoo.fr propose une remarquable carte des résultats par départements, et donnant également, pour chaque département de la « ville-préfecture ».

Il est tout à fait frappant, lorsque l’on clique sur les différents départements, de constater qu’il existe une discordance frappante entre les résultats départementaux, et ceux de ces grandes villes.

Quelques exemples :

Savoie : NS : 57 % / Chambéry SR : 50,6 %
Manche : NS 56 % ; St Lô SR : 55 %
Doubs : NS 56 % ; Besançon SR 55 %

Le décalage peut aller jusqu’à plus de 10 points‚ (par ex dans l’Hérault/Montpellier ; Bas-Rhin / Strasbourg – 14 pts ici).

On voit même de grandes métropoles voter majoritairement pour SR (notamment Bordeaux et Toulouse), malgré une majorité municipale conservatrice.

Il y a naturellement quelques contre-exemples, comme Versailles ou Colmar, mais pour le reste cette tendance est pratiquement générale.

Il est à la fois trop tôt, au vu des données disponibles, et trop tard, au vu de l’heure de publication de cette note, d’essayer de faire l’analyse comparée du 1er et du 2nd tour de l’élection de ce point de vue, et de déterminer si les reports de voix de F. Bayrou a eu une incidence sur cette répartition.

Il est en tous les cas frappant de constater combien le vote de gauche, dans le prolongement des scrutins antérieurs, s’est notablement embourgeoisé, au point de donner dans certains cas le sentiment du « négatif » d’une carte de la France électorale d’il y a quelques décennies.

Je ne tirerai pas de conclusions de cette analyse par trop sommaire, mais il me semble que, vainqueurs comme défaits du scrutin devront s’y intéresser, aussi bien dans le but immédiat de préparer les élections législatives, que dans celui, plus lointain de réfléchir à leur assise sociologique.
 

04.05.2007

L’immunité présidentielle s’étend-elle aux actes de perquisition opérés au Palais de l’Elysée ?

Dans la tragique affaire Borrel, on le sait, deux magistrats ont tenté de procéder à une perquisition au sein des services du Palais de l’Elysée, mais se sont vus opposer un refus, tiré de l’application de l’article 67 de la Constitution, dans sa nouvelle rédaction et qui dispose que :


« Le Président de la République n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68.


Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite. Tout délai de prescription ou de forclusion est suspendu.


Les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle peuvent être reprises ou engagées contre lui à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la cessation des fonctions 
».


Si l’on en croit les communiqués de presse qui ont été publiés sur cette question, l’idée qui sous tendrait ce refus tiendrait à ce que l’immunité dont jouit le Président devrait être étendue à toutes les personnes placées sous son autorité, dans la mesure où, travaillant pour lui, les actes mené à leur égard, le seraient également au sien.


Les réactions recueillies par le journal Le Monde parmi mes collègues sur cette question témoignent d’appréciations variées, aussi bien sur la solution même que sur ses fondements.


Ainsi, Gilles Guglielmi, s'étonne : "Il est rare qu'on se serve d'un article de la Constitution en matière pénale. L'article 67 parle du président. Les magistrats interviennent dans le cadre d'une affaire qui ne vise pas le président. Il n'y a aucune raison de leur opposer l'article 67. On ne peut pas considérer que l'ensemble des services de l'Elysée bénéficie d'un statut d'extraterritorialité."


Au contraire Didier Mauss justifie ce refus : "l'absence de textes précis et d'une jurisprudence de la Cour de cassation" … "Il ne faut pas que l'autorité judiciaire puisse empêcher le président d'exercer sa fonction. Ses collaborateurs n'existent qu'à travers lui. L'irresponsabilité du président doit inclure ses collaborateurs et les locaux dans lesquels ils exercent leurs fonctions."


Quant à Guy Carcassonne il souligne : "L'Elysée n'est pas une maison comme les autres, car son locataire n'est pas un citoyen comme les autres. Les papiers appartiennent au président".


Ce débat est très intéressant et mérite qu’on essaye de l’approfondir pour tenter d’identifier les logiques juridiques qui sont à l’œuvre.

 

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02.05.2007

(Quasi) live blogging sur le débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy

A l’écoute du débat qui est en train de se dérouler, on ne peut avoir que des impressions et des sentiments contradictoires.

1°) La référence au passé.


Par rapport aux débats antérieurs, l’un des aspects frappants est à la fois le métier acquis par les candidats, on sent moins les ficelles, et en même temps, on assiste à une forme de « zapping propositionnel », comme si chaque candidat était un VRP « multicartes ».

Là où la TVA sur les chiens et le chats, en 1988, était une caricature, aujourd’hui, ce type d’anecdote devient une figure imposée du discours.

ON doit également souligner que, de ce point de vue, Ségolène Royal se passe même de la direction journalistique : elle ne répond pas aux questions, et fait comme si PPDA n’existait pas, alors que N. S. continue d’obéir à ses injonctions.

2°) Un homme et une femme

Ce débat me semble marquer une rupture dans la forme de la conceptualisation politique. Au discours généralisant, chiffrant, de N. S., SR répond par une argumentation qualitative fondée sur des exemples.

Ainsi, sur le « bouclier fiscal », N. S. dit « 50 % des revenus », S. R. lui répond X a touché 7 millions d’euros, et lorsqu’il tente de faire valoir « ce n’est qu’un cas particulier », elle lui répond « c’est la conséquences de votre politique ».


3°) La compassion


Il est très frappant que le ressort principal de ce débat, et le clash sur la scolarisation des enfants handicapés, en est très illustratif est la compassion : sur la sécurité, sur le Darfour, sur l’enseignement, sur les retraites…

Incontestablement, ce soir « De Gaulle est mort ».


4°) Que nous apprend le débat par rapport à la campagne ?

Rien sur les programmes, davantage sur la filiation personnelle des candidats.

S.R. est évidemment un autre Mitterrand, alors que N.S. est une figure nouvelle, en ruptur en avec toutes les figures précédentes, sauf peut-être le VGE de 1974.

5°) Qui a gagné ?

Electoralement, je l’ignore, mais idéologiquement, c’est évidemment S. R., qui a réussi à purger, par la compassion toutes les questions délicates (sécurité, immigration), et a dominé son adversaire sur tous les autre sujets, politique étrangère comprise, en lui imposant ses logiques, ses structures de pensées.

6°) Si vous voulez avoir la cravate de N.S., je mets le même modèle (acheté à Londres voilà dix ans) aux enchères…



Des (bonnes) nouvelles de notre appel

Après une semaine passée à l’étranger pour une mission, avec un accès assez difficile à Internet, je reprends le flambeau pour vous indiquer quelques nouvelles de notre appel.

D’abord, le nombre des signataires : il est actuellement de 450. Vous trouverez en fin de cette note la liste des 440 personnes qui sont d’ores et déjà intégrées dans notre fichier ( si certaines personnes ne voient pas leur nom dans la liste, qu’ils n’hésitent pas à laisser un message en commentaire ou en mail).

Ensuite, la revue de presse : Comme certains d’entre vous l’ont peut-être vu, notre mouvement a fait l’objet d’un article dans les journaux Libération et Le Monde. La tonalité générale de ces deux articles est relativement équilibrée.

Pour les administrativistes, vous pourrez aussi constater une interview dans l’AJDA de cette semaine,

Et pour ceux qui écoutent France-Info, vous aurez également pu y noter une allusion dans une interview qui a dû être diffusée lundi.

Puis, les réactions.

Celles des politiques sont jusqu’à présent positives : outre le communiqué diffusé par le Parti Socialiste, nous avons eu également des assurances verbales de la part d’un haut responsable de l’UMP soutenant notre mouvement. Nous essayons d’obtenir la confirmation écrite de celui-ci.

Celle des avocats est pour l’instant nuancée.

Le Syndicat des avocats de France, n’a pas pris de position tranchée ;
La FNUJA soutient l’arrêté, de même que l’association des « corpo » de droit.

De son côté, la conférence des doyens nous soutient pleinement.

Enfin, les évènements à venir.

Le recours annoncé est toujours en cours de préparation, et je confesse que mon séjour lointain ne m’a pas permis d’y œuvrer efficacement.

Nous avons également pris contact avec des avocats et des étudiants (en particulier des anciens étudiants de l’IEP) qui soutiennent notre mouvement, et qui sont en train de se structurer de manière autonome.

Il restera enfin à proposer en complément de notre mouvement, une démarche constructive en proposant, plutôt que cette décision unilatérale (aussi bien juridiquement que politiquement !) une démarche de partenariat entre l’IEP et les Facultés de droit, approfondissant ce qui existe actuellement.

Je posterai le plus rapidement possible une note sur cette question.
Merci en tous les cas à vous tous pour votre soutien actif.
 
Annexe : liste des 440 signataires répertoriés. 

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