24.01.2007

Une "histoire de la politesse", ou la politesse du juriste

 

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Il est des juristes dont la seule ambition est de produire une théorie pure du droit, il en est d’autres pour lesquels le droit s’est arrêté aux XII tables (Justinien, quel horrible compilateur…), il en est encore qui ne s’intéressent qu’à la portée pratique de telle circulaire du ministre chargé d’un département subalterne.

Mais il en est, peu il est vrai, qui ne renoncent ni à la théorie du droit, ni aux dimensions historiques de la matière juridique, ni aux questions touchant aux différentes formes de soft law.

Et parmi ces rares, il en est un qui ajoute à toutes ces dimensions une culture exceptionnelle, et celui là, assurément, c’est Frédéric Rouvillois.

Auteur d’une fascinante thèse sur le rôle de la pensé utopique dans l’invention de l’idée de progrès ;

D’un « Que sais-je » sur les origines de la cinquième République et d’un manuel de droit constitutionnel qui sont aujourd’hui des références ;

Et de bien d’autres textes ou ouvrages dont une « googlisation » rapide vous montrera l’étendue, et une lecture attentive la qualité ;

Le voilà aujourd’hui qui s’aventure sur les territoires du droit « post-moderne », en nous montrant comment la politesse, en tous temps, et dans les nôtres encore constitue un « ensemble de règles destinées à organiser la vie en société », selon la définition que délivra Jean-Luc Aubert, autre éminent caennais, de la règle de droit.

Et c’est peu dire que ce droit mou de la politesse nous introduit à la complexité des systèmes juridiques contemporains : instabilité de la règle, absence d’accord sur les sanctions de sa transgression et pourtant dans le même temps rigueur de son application et fonction excluante de ceux qui n’y ont pas accès.

Je confesse être un peu taquin. Si Frédéric Rouvillois réfléchit sur la politesse et son histoire, c’est sans doute moins en juriste qu’en lettré, et s’il nous donne ce bonheur de lecture, c’est sans doute moins en tant que membre, éminent, de la doctrine juridique qu’en tant que fin connaisseur des mœurs psychologiques et sociales.

Mais il n’en reste pas moins que l’on jubile à suivre dans cette « Histoire de la politesse », un amoureux des codes, qui est devenu pour l’occasion un amoureux des codes… sociaux.