29.10.2006

Faut-il être un homme, blanc et diplômé pour se rendre à la République des Blogs ?

Les soirées de la République des blogs sont toujours un vrai moment d’échanges avec les personnes que l’on croise par communauté de billets, blogrolls et commentaires interposés. Les compte-rendus qui ont été fait de la dernière en lieu, dans leur diversité, permettent de mesurer ce plaisir de communiquer autrement que de manière numérique.

 

 Mais il n’en reste pas moins que ce lieu de rencontre conduit à des constats assez décevants qui conduisent à l’interrogation suivante : pour être tenir un blog qui s’intéresse à la chose publique, il semble qu’il faille être un homme, blanc et qui a fait des études supérieures.

 

 

Un homme : la sur-représentation masculine est sans doute un des faits les plus marquants. Elle est d’autant plus frappante qu’elle s’exerce sans qu’aucune contrainte extérieure de l’impose. Après tout, chacun comme chacune est libre de prendre sa plume numérique pour donner son avis ou apporter des informations sur la vie de la cité. De ce point de vue, on a donc le sentiment que la blogosphère, même si elle peut avoir des incidences en retour sur la structure sociale, est cependant fortement induite par elle. Elle manifeste que les logiques paritaires, lorsqu’elles ne sont pas insufflées par la loi ou les pouvoirs publics, demeurent d’une mise en œuvre difficile.

 

 

On soulignera d’ailleurs à l’appui de cette observation, que durant les deux dernières éditions de la République des blogs, trois candidats à l’élection présidentielle se sont manifestés, dont deux étaient des femmes. On aboutit ainsi au constat paradoxal que les femmes candidates sont sans doute plus sensibles, à la logique abstraire de la démocratie participative, alors que la logique concrète de cette participation au débat public est essentiellement maîtirisée par les hommes…

 

 

Pas très encourageant…

 

 

Blanc : Si la nature essentiellement écrite des blogs ne peut pas conduire à des problématiques sur la place des « minorités visibles », force est de constater que nos rencontres sont toutefois terriblement caucasiennes. Il est en particulier à noter que fort peu d’expressions communautaires ne s’y trouvent représentées. Comme si la « République » des blogs, là encore, reproduisait les phénomènes d’éviction du débat public des medias traditionnels.

 

 

Ayant fait des études supérieures : Là encore, l’accès à l’écriture numérique semble reproduire le creusement des inégalités de notre société entre une classe lettrée et qui a l’accès à la parole, et le reste de la société dont la parole est largement confisquée ou ignorée.

 

 

Pas non plus très encourageant…

 

 

A partir de là on peut se demander si les choses ont vocation à évoluer dans le bon sens.

 

 

Des tenants du libéralisme numérique soutiendront sûrement que le rééquilibrage de la blogosphère politique s’opérera de lui-même, selon des mécanismes trop connus pour qu’il soit besoin de les nomme ici. Pour ma part, je suis sensiblement plus pessimiste. Je crains que la situation actuelle ne se perpétue manifestant ainsi les tendances profondes de notre société, lesquelles ne sont pas des plus réjouissantes.

 

 

Juste une observation pour terminer : s’il est un point plus encourageant, c’est qu’il ne semble pas que nos réunions soient marquées de grands débats sur le paiement de l’ISF, bien au contraire. Il est donc probable que, du point de vue économique au moins, le décalage avec le reste de la société ne soit pas marqué…