06.06.2007
Un assassin présumé est-il présumé innocent (suite).
L’année dernière, à peu près à la même époque, j’avais publié une note sur les approximations linguistiques des journalistes, peinant à qualifier convenablement les personnes qui sont soupçonnées d’avoir commis un délit ou un crime, mais qui n’ont pas encore été jugées. Ceux que l’on appelle les « présumés innocents ».
J’avais essayé de montrer que « présumé coupable » était tout sauf l’expression de la présomption d’innocence, et j’avais aussi relevé quelques dérives telles que « le présumé islamiste » qui par un rapprochement du vocabulaire religieux et du vocabulaire pénal conduisait à donner une connotation délictuelle à une opinion qui, si on peut la contester, reste néanmoins une opinion.
Depuis cette date, rien de nouveau sous le soleil, j’avais simplement pu remarquer les limites de l’influence de la blogosphère puisque le même vocabulaire, les mêmes syntagmes continuaient méticuleusement d’être employés dans la presse comme à la télévision ou à la radio.
Vanitas…
Et puis hier, en rentrant bien sagement dans ma belle auto, vers mon domicile, une petite dose de France Info et à 19h30 environ une salve, une floraison subite de nouvelles expressions flirtant avec les limites de la présomption d’innocence.
Cette première, tout d’abord, énoncée par un journaliste : « l’auteur du vol présumé ». J’avoue que je m’en suis délecté. J’entends encore un avocat au Conseil d'Etat me dire, il y a de cela quinze ans « la présomption est un mode de preuve pas une règle de qualification ». Or voici qu’on nous présente une personne comme l’auteur certain d’un fait, mais ce fait lui-même dont le caractère délictuel n’est pas certain.
Il me semble que c’est là pousser encore plus loin l’atteinte à la présomption d’innocence : si la qualification des faits n’est pas avérée, il est particulièrement intolérable d’établir un lien entre un « auteur » et ces « faits ».
Cette seconde ensuite, d’un autre genre. Voilà une affaire qui fait depuis hier les délices des médias : un magistrat a été poignardé par une justiciable.
On passera sur le « plan de sécurisation » annoncé des Palais de Justice, je croyais que nous étions en Vigi-Pirate rouge à pois noirs, mais manifestement Vigi-Pirate ça ne doit arrêter que les terroristes (présumés) et pas les justiciables.
Bref.
Voilà donc dans la minute qui suit sur France Info, annoncé avec tambours et trompettes « le » témoignage, indiscutable, visuel, par un homme de loi : l’avocat de l’ex-mari de la personne sus-mentionnée (étant entendu que l’audience était précisément liée à une affaire de garde d’enfants après leur divorce), c’est à dire donc l’avocat de son adversaire.
Et celui-ci énonce très simplement les faits puis ajoute « heureusement que mon client était bien bâti et qu’il a pu lui attraper les poignets car (sic) je ne sais pas mais peut-être qu’elle avait l’intention de le frapper de nouveau ».
La femme en question vient d’envoyer à l’hôpital dans un état grave un magistrat (et je m'associe sur ce point entièrement aux billets d'Eolas), elle vient par la même occasion de s’octroyer de sérieux ennuis pour l’avenir, et voilà qu’on lui ajoute des intentions pour faire bon poids et qui plus est de la bouche d’une personne qui se trouve dans une situation d’adversaire par rapport à elle.
Ce témoignage, par conséquent aurait dû être réservé à la justice et à la procédure d’instruction. Qu’une radio l’ait diffusé me semble une atteinte particulièrement grave à la présomption d’innocence.
Bref prions tous pour ne pas un jour être en situation d’avoir l’intention de commettre des faits présumés délictueux sous l’œil d’un témoin, sans quoi la réclusion criminelle à perpétuité nous attend.
Arrêté au feu rouge, juste après avoir entendu cette séquence radiophonique, je me suis tourné vers mon confrère assis à côté de moi en pestant contre la voiture qui me précédait et qui tardait à redémarrer et lui ai dit « si ça continue, je vais lui défoncer son 4x4 ». Pourvu qu’il n’aille pas répéter cela à Télé-Essonne, sans quoi même Eolas ne pourra rien pour moi, sauf m’éclairer sur le quantum de la peine…
J’avais essayé de montrer que « présumé coupable » était tout sauf l’expression de la présomption d’innocence, et j’avais aussi relevé quelques dérives telles que « le présumé islamiste » qui par un rapprochement du vocabulaire religieux et du vocabulaire pénal conduisait à donner une connotation délictuelle à une opinion qui, si on peut la contester, reste néanmoins une opinion.
Depuis cette date, rien de nouveau sous le soleil, j’avais simplement pu remarquer les limites de l’influence de la blogosphère puisque le même vocabulaire, les mêmes syntagmes continuaient méticuleusement d’être employés dans la presse comme à la télévision ou à la radio.
Vanitas…
Et puis hier, en rentrant bien sagement dans ma belle auto, vers mon domicile, une petite dose de France Info et à 19h30 environ une salve, une floraison subite de nouvelles expressions flirtant avec les limites de la présomption d’innocence.
Cette première, tout d’abord, énoncée par un journaliste : « l’auteur du vol présumé ». J’avoue que je m’en suis délecté. J’entends encore un avocat au Conseil d'Etat me dire, il y a de cela quinze ans « la présomption est un mode de preuve pas une règle de qualification ». Or voici qu’on nous présente une personne comme l’auteur certain d’un fait, mais ce fait lui-même dont le caractère délictuel n’est pas certain.
Il me semble que c’est là pousser encore plus loin l’atteinte à la présomption d’innocence : si la qualification des faits n’est pas avérée, il est particulièrement intolérable d’établir un lien entre un « auteur » et ces « faits ».
Cette seconde ensuite, d’un autre genre. Voilà une affaire qui fait depuis hier les délices des médias : un magistrat a été poignardé par une justiciable.
On passera sur le « plan de sécurisation » annoncé des Palais de Justice, je croyais que nous étions en Vigi-Pirate rouge à pois noirs, mais manifestement Vigi-Pirate ça ne doit arrêter que les terroristes (présumés) et pas les justiciables.
Bref.
Voilà donc dans la minute qui suit sur France Info, annoncé avec tambours et trompettes « le » témoignage, indiscutable, visuel, par un homme de loi : l’avocat de l’ex-mari de la personne sus-mentionnée (étant entendu que l’audience était précisément liée à une affaire de garde d’enfants après leur divorce), c’est à dire donc l’avocat de son adversaire.
Et celui-ci énonce très simplement les faits puis ajoute « heureusement que mon client était bien bâti et qu’il a pu lui attraper les poignets car (sic) je ne sais pas mais peut-être qu’elle avait l’intention de le frapper de nouveau ».
La femme en question vient d’envoyer à l’hôpital dans un état grave un magistrat (et je m'associe sur ce point entièrement aux billets d'Eolas), elle vient par la même occasion de s’octroyer de sérieux ennuis pour l’avenir, et voilà qu’on lui ajoute des intentions pour faire bon poids et qui plus est de la bouche d’une personne qui se trouve dans une situation d’adversaire par rapport à elle.
Ce témoignage, par conséquent aurait dû être réservé à la justice et à la procédure d’instruction. Qu’une radio l’ait diffusé me semble une atteinte particulièrement grave à la présomption d’innocence.
Bref prions tous pour ne pas un jour être en situation d’avoir l’intention de commettre des faits présumés délictueux sous l’œil d’un témoin, sans quoi la réclusion criminelle à perpétuité nous attend.
Arrêté au feu rouge, juste après avoir entendu cette séquence radiophonique, je me suis tourné vers mon confrère assis à côté de moi en pestant contre la voiture qui me précédait et qui tardait à redémarrer et lui ai dit « si ça continue, je vais lui défoncer son 4x4 ». Pourvu qu’il n’aille pas répéter cela à Télé-Essonne, sans quoi même Eolas ne pourra rien pour moi, sauf m’éclairer sur le quantum de la peine…
11:26 Publié dans variétés | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : présomption d'innoncence




