26.02.2007
Pour ou contre une réforme des "500 signatures" ?
J’ai publié ce jour dans Libération, un article légèrement provocateur qui vise à démontrer que le système des 500 parrainages ne doit pas être réformé.
Certains esprits taquins, ou googlesitateurs, pourraient me reprocher une certaine inconséquence puisque je défendais au mois de juillet dernier sur ce blog la position strictement inverse, militant pour une réforme de ce dispositif.
C’est la raison pour laquelle je me dois de donner ici un complément à ce texte qui restituera la cohérence générale de mon propos.
Lorsque j’ai écrit mon billet en juillet dernier, je soulignais que toutes les démocraties ayant adoptées l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel direct avaient corrélativement mis en place un dispositif de sélection des candidatures. En règle générale, se dispositif s’appuyait soit sur une logique « politique » (sélection par les partis ou les élus nationaux) soit sur une logique « populaire » (recueil de signatures d’électeurs).
Dans ce contexte, il m’apparaissait que le dispositif français souffrait d’un double défaut :
1 – celui de s’appuyer essentiellement sur la décision des élus locaux, dont la légitimité à trier les candidatures à une élection nationale était douteuse ;
2 – celui de favoriser des « manœuvres en tous genres », pour obtenir ou empêcher d’obtenir les signature requises.
De cela je déduisais la nécessité d’une réforme.
Or, depuis le début de la campagne électorale actuelle, je suis amené à constater que la réforme est en train de s’opérer « naturellement ».
Les grands partis ont mis en place des systèmes de discipline de leurs propres élus, de sorte qu’ils n’apportent pas leur signature à d’autre candidats que ceux qu’ils soutiennent.
Ils ont également mis en place des systèmes de contrôle des élus ruraux « apolitiques » qui conduisent ceux-ci à hésiter de donner leur signature, par crainte des conséquences politiques.
Au total, on constate que le système est en train d’évoluer d’une forme de sélection « locale » à une sélection plus « politique », et ainsi, l’un des deux inconvénients mentionnés plus haut de notre dispositif de sélection est en train de s’estomper.
Sur le fondement de ce constat, il reste deux points à apprécier.
Le premier tient à ce que les « manœuvres », autre inconvénient évoqué plus haut, n’ont pas cessé, même si elles sont désormais plus explicites et assumées.
Le second, tient à ce que les candidats disposant d’un réseau d’élus locaux, sont sans doute plus favorisés que les candidats s’appuyant sur une plate-forme d’idées et de militants.
Ces deux difficultés sont elles de nature à continuer de justifier une réforme ?
Après analyse, je ne le crois pas.
D’abord, tout système de sélection, quel qu’il soit, produira toujours des effets de « manœuvres ». Il n’est qu’à se référer aux primaires américaines pour constater que malgré une transparence affichée, la bataille à l’intérieur de chaque parti, politique et financière, ne se déroule pas sous les auspices les plus paisibles.
Ensuite, si certains candidats ne sont pas parvenus à développer un réseau d’élus locaux suffisant, il y a sans doute à cela des justifications politiques et démocratiques qui ne sont pas étrangères à un système de sélection des candidatures à l’élection présidentielle.
Prenons l’exemple du Front National puisque c’est celui qui pose le plus de questions. Si ce parti, alors qu’il est implanté dans la vie politique depuis plus de trente ans, qu’il réalise des scores électoraux importants depuis plus de vingt ans, n’est pas parvenu à constituer un vivier de cinq cents parrains potentiels, cela repose sur des explications très simples. Aussi bien localement que nationalement, il s’est toujours refusé à s’inscrire dans des coalitions. De leur côté, les autres partis ont maintenu, vaille que vaille, un cordon sanitaire autour de lui, de sorte qu’il a toujours peiné à cristalliser en élus les scores réalisés. Ceci traduit donc l’idée que dans l’ensemble des processus électoraux, le Front National a globalement été jugé comme n’étant pas un partenaire acceptable.
Dès lors, il n’est pas absurde de considérer que cette tonalité générale se trouve cristallisée dans le processus de sélection des candidatures à l’élection présidentielle, qui se conçoit comme une technique d’intégration des candidats autour d’un consensus sur le sens et les valeurs de notre système institutionnel.
Pour l’ensemble de ces raisons, il m’apparaît que les nouveaux phénomènes à l’œuvre dans le cadre de la campagne électorale en cours, montrent que notre système de sélection a aujourd’hui suffisamment évolué pour qu’une réforme textuelle ne soit plus nécessaire.
Certains esprits taquins, ou googlesitateurs, pourraient me reprocher une certaine inconséquence puisque je défendais au mois de juillet dernier sur ce blog la position strictement inverse, militant pour une réforme de ce dispositif.
C’est la raison pour laquelle je me dois de donner ici un complément à ce texte qui restituera la cohérence générale de mon propos.
Lorsque j’ai écrit mon billet en juillet dernier, je soulignais que toutes les démocraties ayant adoptées l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel direct avaient corrélativement mis en place un dispositif de sélection des candidatures. En règle générale, se dispositif s’appuyait soit sur une logique « politique » (sélection par les partis ou les élus nationaux) soit sur une logique « populaire » (recueil de signatures d’électeurs).
Dans ce contexte, il m’apparaissait que le dispositif français souffrait d’un double défaut :
1 – celui de s’appuyer essentiellement sur la décision des élus locaux, dont la légitimité à trier les candidatures à une élection nationale était douteuse ;
2 – celui de favoriser des « manœuvres en tous genres », pour obtenir ou empêcher d’obtenir les signature requises.
De cela je déduisais la nécessité d’une réforme.
Or, depuis le début de la campagne électorale actuelle, je suis amené à constater que la réforme est en train de s’opérer « naturellement ».
Les grands partis ont mis en place des systèmes de discipline de leurs propres élus, de sorte qu’ils n’apportent pas leur signature à d’autre candidats que ceux qu’ils soutiennent.
Ils ont également mis en place des systèmes de contrôle des élus ruraux « apolitiques » qui conduisent ceux-ci à hésiter de donner leur signature, par crainte des conséquences politiques.
Au total, on constate que le système est en train d’évoluer d’une forme de sélection « locale » à une sélection plus « politique », et ainsi, l’un des deux inconvénients mentionnés plus haut de notre dispositif de sélection est en train de s’estomper.
Sur le fondement de ce constat, il reste deux points à apprécier.
Le premier tient à ce que les « manœuvres », autre inconvénient évoqué plus haut, n’ont pas cessé, même si elles sont désormais plus explicites et assumées.
Le second, tient à ce que les candidats disposant d’un réseau d’élus locaux, sont sans doute plus favorisés que les candidats s’appuyant sur une plate-forme d’idées et de militants.
Ces deux difficultés sont elles de nature à continuer de justifier une réforme ?
Après analyse, je ne le crois pas.
D’abord, tout système de sélection, quel qu’il soit, produira toujours des effets de « manœuvres ». Il n’est qu’à se référer aux primaires américaines pour constater que malgré une transparence affichée, la bataille à l’intérieur de chaque parti, politique et financière, ne se déroule pas sous les auspices les plus paisibles.
Ensuite, si certains candidats ne sont pas parvenus à développer un réseau d’élus locaux suffisant, il y a sans doute à cela des justifications politiques et démocratiques qui ne sont pas étrangères à un système de sélection des candidatures à l’élection présidentielle.
Prenons l’exemple du Front National puisque c’est celui qui pose le plus de questions. Si ce parti, alors qu’il est implanté dans la vie politique depuis plus de trente ans, qu’il réalise des scores électoraux importants depuis plus de vingt ans, n’est pas parvenu à constituer un vivier de cinq cents parrains potentiels, cela repose sur des explications très simples. Aussi bien localement que nationalement, il s’est toujours refusé à s’inscrire dans des coalitions. De leur côté, les autres partis ont maintenu, vaille que vaille, un cordon sanitaire autour de lui, de sorte qu’il a toujours peiné à cristalliser en élus les scores réalisés. Ceci traduit donc l’idée que dans l’ensemble des processus électoraux, le Front National a globalement été jugé comme n’étant pas un partenaire acceptable.
Dès lors, il n’est pas absurde de considérer que cette tonalité générale se trouve cristallisée dans le processus de sélection des candidatures à l’élection présidentielle, qui se conçoit comme une technique d’intégration des candidats autour d’un consensus sur le sens et les valeurs de notre système institutionnel.
Pour l’ensemble de ces raisons, il m’apparaît que les nouveaux phénomènes à l’œuvre dans le cadre de la campagne électorale en cours, montrent que notre système de sélection a aujourd’hui suffisamment évolué pour qu’une réforme textuelle ne soit plus nécessaire.
13:34 Publié dans élections présidentielles au travers du droit | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : politique, élection présidentielle, signatures, parrainages
29.10.2006
Faut-il être un homme, blanc et diplômé pour se rendre à la République des Blogs ?
Les soirées de la République des blogs sont toujours un vrai moment d’échanges avec les personnes que l’on croise par communauté de billets, blogrolls et commentaires interposés. Les compte-rendus qui ont été fait de la dernière en lieu, dans leur diversité, permettent de mesurer ce plaisir de communiquer autrement que de manière numérique.
Mais il n’en reste pas moins que ce lieu de rencontre conduit à des constats assez décevants qui conduisent à l’interrogation suivante : pour être tenir un blog qui s’intéresse à la chose publique, il semble qu’il faille être un homme, blanc et qui a fait des études supérieures.
Un homme : la sur-représentation masculine est sans doute un des faits les plus marquants. Elle est d’autant plus frappante qu’elle s’exerce sans qu’aucune contrainte extérieure de l’impose. Après tout, chacun comme chacune est libre de prendre sa plume numérique pour donner son avis ou apporter des informations sur la vie de la cité. De ce point de vue, on a donc le sentiment que la blogosphère, même si elle peut avoir des incidences en retour sur la structure sociale, est cependant fortement induite par elle. Elle manifeste que les logiques paritaires, lorsqu’elles ne sont pas insufflées par la loi ou les pouvoirs publics, demeurent d’une mise en œuvre difficile.
On soulignera d’ailleurs à l’appui de cette observation, que durant les deux dernières éditions de la République des blogs, trois candidats à l’élection présidentielle se sont manifestés, dont deux étaient des femmes. On aboutit ainsi au constat paradoxal que les femmes candidates sont sans doute plus sensibles, à la logique abstraire de la démocratie participative, alors que la logique concrète de cette participation au débat public est essentiellement maîtirisée par les hommes…
Pas très encourageant…
Blanc : Si la nature essentiellement écrite des blogs ne peut pas conduire à des problématiques sur la place des « minorités visibles », force est de constater que nos rencontres sont toutefois terriblement caucasiennes. Il est en particulier à noter que fort peu d’expressions communautaires ne s’y trouvent représentées. Comme si la « République » des blogs, là encore, reproduisait les phénomènes d’éviction du débat public des medias traditionnels.
Ayant fait des études supérieures : Là encore, l’accès à l’écriture numérique semble reproduire le creusement des inégalités de notre société entre une classe lettrée et qui a l’accès à la parole, et le reste de la société dont la parole est largement confisquée ou ignorée.
Pas non plus très encourageant…
A partir de là on peut se demander si les choses ont vocation à évoluer dans le bon sens.
Des tenants du libéralisme numérique soutiendront sûrement que le rééquilibrage de la blogosphère politique s’opérera de lui-même, selon des mécanismes trop connus pour qu’il soit besoin de les nomme ici. Pour ma part, je suis sensiblement plus pessimiste. Je crains que la situation actuelle ne se perpétue manifestant ainsi les tendances profondes de notre société, lesquelles ne sont pas des plus réjouissantes.
Juste une observation pour terminer : s’il est un point plus encourageant, c’est qu’il ne semble pas que nos réunions soient marquées de grands débats sur le paiement de l’ISF, bien au contraire. Il est donc probable que, du point de vue économique au moins, le décalage avec le reste de la société ne soit pas marqué…
16:14 Publié dans dans la blogosphère, variétés | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : république des blogs, blog, politique




