10.10.2007
Quand j'entends le mot « culture », je sors mon Code pénal.
Quelqu'un a fait du mal à quelqu'un ou abimé quelque chose.
Vous êtes Ministre.
Que faites vous ?
1°) Rien, je laisse la justice suivre son cours.
Oh la la, attention, vous êtes plus près de la la porte que du remplacement de François Fillon...
2°) Je plains la victime et l'assure de ma compassion.
Non mais, eh, espèce de cryto-ségoléniste !
3°) Je fais une déclaration sur l'insécurité, sur les braves gens, les braves choses qui méritent qu'on les protège.
Pfff, c'est fini 2002. Ca fait belle lurette que ça ne fonctionne plus la multiplication des reportages sur la pauvre victime, ses pleurs, son sentiment d'abandon. C'est tout juste bon à empêcher un social-protestant d'accéder au second tour d'une élection présidentielle.
4°) Je me précipite sur tous les plateaux de télévision et les micros de radio pour déclarer : il faut « probablement aggraver les sanctions quand ce type d'actions est commis ».
Voilà. Ça c'est bien. Une action contre la société, une réforme du Code Pénal.
Et surtout, n'oubliez pas de con-tex-tuali-ser.
A l'heure où l'on embrasse des tableaux blancs.
A l'heure où l'on vole du mobilier d'église (ça c'est une petite session de rattrapage si vous vous êtes senti un peu mou sur une précédente affaire)
Il n'y a qu'une seule solution.
Criminaliser.
Et si c'est déjà criminel, sur-criminaliser.
Parce que. Parce que quoi ? . Parce que (...) l'intrusion dans les églises (...), dans les musées, dans les monuments, c'est vraiment un facteur aggravant", « On atteint notre mémoire, on atteint notre patrimoine, c'est quand même tout à fait intolérable ».
Magnifique. Là on y est. Personne ne viendra vous chercher pour vous dire, ben quoi c'est tout ? Pas de coup de fil du cabinet du PR ou du PM (ou de l'adjoint du chargé de communication des susdits) pour vous houspiller.
Bon, il aura peut-être une petite réserve. Si l'évènement s'est produit la nuit, une petite visite, avec une tête de déterré, (normal, une nuit blanche...), un battle-dress, une poignée de mains aux forces de l'ordre, sur les lieux du crime. Ça aurait été parfait.
- Mais la prochaine fois hein, tu n'oublieras pas.
-Mais non, t'inquiète. (conversation rapportée dans l'hypothèse où elle a lieu avec le chargé de communication, pour les autres, le voussoiement est de rigueur).
Si vous vous sentez encore un peu tendre pour assumer ce genre de réaction, entraînez vous à l'aide des cas pratiques suivants :
・ un promeneur a glissé sur une plaque de verglas
(indice : ne pas oublier de criminaliser le refroidissement climatique)
・ mon chef adjoint de cabinet m'a apporté un café tiède ;
(indice : il faut criminaliser ceux qui refusent de travailler plus)
・ mon smoking (ma robe) Dior a craqué dans le dos au moment où je saluais avec les égards dûs à son rang Bernard Arnault.
(indice : il faut criminaliser la délocalisation de la Haute-couture).
・ mon partenaire de golf m'a conseillé de vendre mes actions Bourgogne & cie, car il tient de source sûre que les escargots auront dû retard cette année.
(indice : attention, criminaliser c'est bien beau, mais faudrait quand-même pas exagérer. On est entre gens sérieux, non ? ).
・ cinq vandales éméchés ont donné un coup de poing dans un tableau d'un peintre impressionniste réputé et lui ont causé «Une balafre laissant apparaître les fils arrachés de la toile sur une dizaine de centimètres de large éventre le tableau dans sa partie droite, à peu près à mi-distance des bords inférieur et supérieur de l'oeuvre ».
oh non, là c'est trop facile, je l'ai déjà fait. Et même que j'ai aussi dit : « c'est toujours un crève-coeur quand un objet d'art qui est notre mémoire, notre patrimoine, qu'on aime et dont on est fier est victime d'un acte purement délictueux ».
C'est bien, vous êtes sur la bonne voie. Ce n'est parce qu'on est persona non grata sur la dalle d'Argenteuil qu'on ne doit pas défendre le Pont d'Argenteuil.
Vous êtes Ministre.
Que faites vous ?
1°) Rien, je laisse la justice suivre son cours.
Oh la la, attention, vous êtes plus près de la la porte que du remplacement de François Fillon...
2°) Je plains la victime et l'assure de ma compassion.
Non mais, eh, espèce de cryto-ségoléniste !
3°) Je fais une déclaration sur l'insécurité, sur les braves gens, les braves choses qui méritent qu'on les protège.
Pfff, c'est fini 2002. Ca fait belle lurette que ça ne fonctionne plus la multiplication des reportages sur la pauvre victime, ses pleurs, son sentiment d'abandon. C'est tout juste bon à empêcher un social-protestant d'accéder au second tour d'une élection présidentielle.
4°) Je me précipite sur tous les plateaux de télévision et les micros de radio pour déclarer : il faut « probablement aggraver les sanctions quand ce type d'actions est commis ».
Voilà. Ça c'est bien. Une action contre la société, une réforme du Code Pénal.
Et surtout, n'oubliez pas de con-tex-tuali-ser.
A l'heure où l'on embrasse des tableaux blancs.
A l'heure où l'on vole du mobilier d'église (ça c'est une petite session de rattrapage si vous vous êtes senti un peu mou sur une précédente affaire)
Il n'y a qu'une seule solution.
Criminaliser.
Et si c'est déjà criminel, sur-criminaliser.
Parce que. Parce que quoi ? . Parce que (...) l'intrusion dans les églises (...), dans les musées, dans les monuments, c'est vraiment un facteur aggravant", « On atteint notre mémoire, on atteint notre patrimoine, c'est quand même tout à fait intolérable ».
Magnifique. Là on y est. Personne ne viendra vous chercher pour vous dire, ben quoi c'est tout ? Pas de coup de fil du cabinet du PR ou du PM (ou de l'adjoint du chargé de communication des susdits) pour vous houspiller.
Bon, il aura peut-être une petite réserve. Si l'évènement s'est produit la nuit, une petite visite, avec une tête de déterré, (normal, une nuit blanche...), un battle-dress, une poignée de mains aux forces de l'ordre, sur les lieux du crime. Ça aurait été parfait.
- Mais la prochaine fois hein, tu n'oublieras pas.
-Mais non, t'inquiète. (conversation rapportée dans l'hypothèse où elle a lieu avec le chargé de communication, pour les autres, le voussoiement est de rigueur).
Si vous vous sentez encore un peu tendre pour assumer ce genre de réaction, entraînez vous à l'aide des cas pratiques suivants :
・ un promeneur a glissé sur une plaque de verglas
(indice : ne pas oublier de criminaliser le refroidissement climatique)
・ mon chef adjoint de cabinet m'a apporté un café tiède ;
(indice : il faut criminaliser ceux qui refusent de travailler plus)
・ mon smoking (ma robe) Dior a craqué dans le dos au moment où je saluais avec les égards dûs à son rang Bernard Arnault.
(indice : il faut criminaliser la délocalisation de la Haute-couture).
・ mon partenaire de golf m'a conseillé de vendre mes actions Bourgogne & cie, car il tient de source sûre que les escargots auront dû retard cette année.
(indice : attention, criminaliser c'est bien beau, mais faudrait quand-même pas exagérer. On est entre gens sérieux, non ? ).
・ cinq vandales éméchés ont donné un coup de poing dans un tableau d'un peintre impressionniste réputé et lui ont causé «Une balafre laissant apparaître les fils arrachés de la toile sur une dizaine de centimètres de large éventre le tableau dans sa partie droite, à peu près à mi-distance des bords inférieur et supérieur de l'oeuvre ».
oh non, là c'est trop facile, je l'ai déjà fait. Et même que j'ai aussi dit : « c'est toujours un crève-coeur quand un objet d'art qui est notre mémoire, notre patrimoine, qu'on aime et dont on est fier est victime d'un acte purement délictueux ».
C'est bien, vous êtes sur la bonne voie. Ce n'est parce qu'on est persona non grata sur la dalle d'Argenteuil qu'on ne doit pas défendre le Pont d'Argenteuil.
00:25 Publié dans variétés | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Monet, Albanel, culture, musée d'orsay, nuit blanche, détérioration, peine




