09.11.2006

Le droit sur France Culture

La part consacrée au droit et aux sciences juridiques dans nos medias audiovisuels est quantitativement importante et qualitativement très décevante. L’actualité juridique est le plus souvent réduite à l’activité judiciaire, elle-même largement dominée par les questions pénales, Les quelques émissions ayant une composante juridique sont fréquemment caricaturales ou bien centrées sur les sempiternelles « arnaques » ou « abus », ou autres dénonciations en tous genre.

 

 

Je ne cite personne, chacun se reconnaîtra.

 

 

Il n’est que quelques exceptions, comme par exemple la chronique quotidienne de France-Info, mais globalement, force est de constater que la culture juridique, les problématiques de fond ou les mouvements contemporains du droit ne sont jamais véritablement abordés.

 

 

Et je ne suis pas loin de penser que cette absence de culture juridique n’a pas pesé pour rien dans les résultats du referendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen : n’importe quelle erreur pouvait être transformée en slogan sans qu’il ne surgisse dans l’esprit du citoyen un réflexe critique tenant à une connaissance, fut-ce intuitive, des mécanismes et des concepts juridiques élémentaires.

 

 

Dans ce panorama peu encourageant, il est cependant une exception, celle de France Culture.

 

 

Chaque semaine, cette estimée station de radio diffuse une belle émission juridique, le Bien commun, d'Antoine Garapon, et d’autres programmes, notamment les Chemins de la Connaissance, s’aventurent assez souvent sur les territoires du droit. La remarquable série consacrée au droit du travail à l’occasion du centenaire du Code en fournit une illustration très nette.

 

 

Mais, malgré cela, je ne puis m’empêcher de n’être pas pleinement satisfait de cette programmation. J’ai le sentiment, à l’écoute de la majeure partie de ces émissions, qu’est nettement privilégiée une mise en évidence des « usages sociaux du droit ». En témoignent des sujets nombreux portant sur l’exclusion, les fonctions du droit pénal, les droits émergents, les débats éthiques ou encore d’abondants sujets sur les professions judiciaires.

 

 

Si cette réflexion est indispensable, et je serais le premier à regretter qu’elle ne soit pas mise en œuvre, elle ne contribue pas, selon moi, à cet effort d’approfondissement de la culture juridique qui passe aussi par des réflexions sur les logiques, les concepts et les auteurs fondamentaux. Il est frappant, par exemple, de constater le peu d’émissions consacrées à de véritables débats sur la portée de la norme internationale, sur la question du contrôle de constitutionnalité, ou en droit privé sur les mécanismes du droit des obligations, des sociétés...

 

 

Certes, il n’est pas concevable, dans le cadre d’émissions de radio, de s’adonner à des exposés purement didactiques (encore que, je me souvienne que, lorsque j’étais étudiant du Centre audiovisuel des universités, les cours de première année étaient diffusés sur France Culture ondes moyennes, mais c’est sans doute une époque révolue). Cependant, il me semble qu’il manque à France Culture (ou à toute autre station, mais il ne faut pas rêver…) une émission sur le droit vu de l’intérieur, et non seulement dans ses conjonctions avec d’autres sciences sociales. Comme cela existe d’ailleurs pour les sciences exactes, et pour certaines sciences humaines et sociales. Une émission qui rende compte de la « vie du droit », dans ses débats, ses conflits, ses enjeux.

 

 

On va dire que je prêche pour ma paroisse, mais j’aimerais y retrouver ce qui fait le sel de nos blogs : des décryptages, comme par exemple ce qui a pu se passer au moment de la crise du CPE, ou plus récemment des débats sur les réformes du contentieux administratif, des controverses, des réflexions de fond. Et je ne crois pas que l’objection que je sens poindre, que tout cela ne serait que débats de spécialistes, ne tienne. Ce que montre l’expérience des blogs, c’est au contraire qu’un public beaucoup plus large que celui des juristes trouve intérêt à ces réflexions et s’implique même dans les débats qui en résultent. J'aurais tendance à dire, mais il est vrai que c'est un argument classique, qui se notre société ne donne pas l'impression de s'intéresser au débats juridiques, autrement qu'à l'occasion de questions d'actualité, c'est parce que l'on ne lui donne pas l'ccasion de s'y intéresser. Pour qu'il y ait une demande, encore faut il qu'elle puisse s'articuler autour d'une offre. Et pourtant, de manière diffuse, on la sent bien cette demande, et l'extraordinaire succès populaire d'Eolas montre bien que même en allant au coeur des questions et des problèmes, le public est intéressé et prêt à suivre.

 

J’ai donc la faiblesse de croire qu’il y a aujourd’hui une véritable place et un véritable intérêt pour les questions juridiques au sein de la société. Et clin d’œil final, je n’imagine pas l’auteur des conclusions sur cet arrêt, puisse être insensible à cette réflexion…