20.09.2007

Leçon sur travaux de l’agrégation de droit public : Comment est-il possible de s’y préparer ?

Depuis hier, les candidats au concours de l’agrégation de droit public connaissent la date de début des épreuves et la lettre tirée pour déterminer l’ordre de passage.

Et la question circule de groupes en en groupes : comment se préparer à la première épreuve sur travaux ? A chacun naturellement, sa méthode, mais la tonalité générale laisse apparaître deux axes essentiels : le réinvestissement sur les travaux, et la vérification des sujets de prédilection des membres du jury, qui pourraient entrer en congruence avec ces travaux.

Mais, au delà de ces deux points, il est possible de se demander s’il existe des méthodes pour se préparer à l’épreuve sur travaux, et le cas échéant lesquelles.

Je profite d’ailleurs de cette note pour souligner que j’invite les personnes qui ont une certaine expérience du concours à faire part de leurs réactions : il me semble qu’il n’y a pas de méthode unique et de recette applicable à tous et chacun. Mais en revanche, il me semble également que des lectures faites par plusieurs personnes de leurs expériences il résulte un panorama qui peut-être très utile aux candidats.

1°) Faut-il se plonger à corps perdu dans ses travaux ?

A cette question, la réponse est plutôt non. Assurément, il ne faut pas être désarçonné par une question d’un membre du jury à laquelle on répondrait « tiens, j’ai écris ça, moi ? ». Mais, il me semble que l’idée générale est plutôt de parvenir à prendre de la hauteur par rapport auxdits travaux, d’être capables de les resituer dans des contextes plus larges. Il me semble en effet que si, au delà de la qualité intrinsèque des travaux, l’épreuve en elle-même joue un rôle, c’est bien celui de permettre au candidat de faire la démonstration d’une certaine hauteur de vue, comme on dirait en langage « éducation nationale », d’une contextualisation de ses propres recherches.

A cela s’ajoute également, me semble-t-il, la capacité à reconnaître les insuffisances sur certains points de ses recherches, tout en montrant que l’on en a pris la mesure et que l’on détient désormais les clefs pour les surmonter.


2°) Faut-il préparer des questions ?

Selon les jurys, l’épreuve sur travaux est plus ou moins proche des écrits des candidats, certaines années, elle a même davantage ressemblé à une épreuve de culture générale de droit public. Le présent jury, d’après les informations recueillies, n’ayant pas donné d’indications sur ce point, ce sont les premiers passages qui permettront de prendre la mesure de la doctrine qu’il élaborera sur ce point.

Cette incertitude fondamentale, naturellement, empêche de préparer, au sens strict, cette épreuve. Tout particulièrement, je crois fort peu à l’utilité d’une sorte de bachottage de dernière minute : ce qu’on n’a pas appris en dix ans, ce n’est pas en 8 jours qu’on va l’apprendre. Et comme je le soulignais dans le point précédent, c’est plus de hauteur de vue qu’il faut se préoccuper, que de volume de connaissances.

Il me semble donc que la meilleure solution consiste donc à faire comme d’habitude : lire ses revues, avec peut-être un champ disciplinaire un peu plus large, se tenir au courant, continuer de se cultiver en hantant les rayonnages d’une bibliothèque.

Si donc on ne peut pas anticiper les questions d’ordre général susceptibles d’être posées par le jury, il est en revanche possible de prendre la mesure de celles qui risquent d’être posées directement sur les travaux :

Au cours de son cursus honorum, le candidat et surtout ses travaux ont été soumis à l’appréciation de nombreuses instances : jury de thèse, Conseil National des Universités, Commissions de spécialistes, éventuellement précédent jury du concours (si si, ça arrive…).

Ce que l’on constate généralement c’est que dans chacune de ces instances, les points positifs ou négatifs qui ont été relevés à propos de travaux sont relativement constants : un problème de plan, des passages meilleurs que d’autres, des problèmes de forme… Cette constance est moins le fait d’un côté « moutonnier », de ces différentes instances que le produit de l’habitude l’analyse de travaux : les personnes qui sont habitées à ce type d’exercice repèrent généralement les mêmes qualités et les mêmes défauts.

Il y a donc de fortes chances qu’à l’occasion de l’épreuve sur travaux, les rapporteurs n’aboutissent à des conclusions semblables ou du moins approchantes. Dès lors, il me semble qu’une des formes les plus efficaces de préparation du candidat à la leçon sur travaux consiste à prendre la mesure des critiques qu’il a régulièrement entendues, et de trouver soit des justifications supplémentaires, soit des amendements qui attestent qu’il est capable de les prendre en compte. Cette démarche s’inscrit dans celle que j’évoquais précédemment : prendre de la hauteur, c’est là un des enjeux essentiels.

3°) Faut-il faire une (ou des) leçon blanche ?

C’est une question délicate à laquelle j’avais proposé des éléments de réponse dans une note publiée ici à l’occasion du précédent concours. Cette note, mais encore davantage le commentaire de « GJG » qu’elle avait suscité ne me semblent appeler aujourd’hui de précisions supplémentaires.

4°) Et quoi d’autre ?

Quoi d’autre ?

L’essentiel.

Je le dis ici, et je le répèterai dans les mois qui viennent, le succès au concours dépend moins de la qualité de sa préparation que de la quantité de sommeil.

Je caricature, évidemment, mais je souhaite ici rappeler avec le plus de force de conviction possible que la réussite au concours est d’abord question de forme physique et de disponibilité d’esprit. Alors profitez de cette année pour faire du sport, vous aérer, vous cultiver, ne pas vous en fermer dans des projets trop lourds ou des préparations de cours trop contraignantes.

Il me reste donc à souhaiter bonne chance aux candidats et à remercier tous ceux qui, en donnant ici des illustrations de leur expérience, contribueront à rendre plus compréhensibles aux candidats les tenants et les aboutissants de cette leçon.