05.04.2007

Concurrence et régulation des marchés : le Master II next-gen pour les publicistes

L’évolution des exigences de recrutement des juristes publicistes, en particulier dans les grands cabinets d’avocats,  est considérable, en ce moment.

On constate que les profils les plus recherchés sont ceux qui bénéficient d’un triple atout :

-    une formation solide en droit public ;

-    des compétences avérées en économie et en gestion

-    une année de formation à l’étranger, si possible dans un pays anglo-saxon.

 

Cela tient sans doute au fait  que sous l'influence de l'émergence des nouveaux outils de réalisation des projets publics, et en particulier, des PPP, la dimension "financement de projet" devient de plus en plus importante au sein du droit public, et celle-ci requiert donc des compétences d'économie et de gestion pour pouvoir dialoguer avec les financiers et les opérateurs de ces projets.

Il est évident que ce profil type correspond en général à celui des candidats disposant d’un double cursus Ecole de commerce ou IEP et Master droit.

Et il place par conséquent dans une situation plus fragile les étudiants publicistes qui sont titulaire d’un master de droit public, même orienté vers le droit des affaires ou le droit économique.

C’est la raison pour laquelle l’Université de Paris X Nanterre a décidé, il y a de cela deux ans, de faire évoluer son Master II Droit public de l’entreprise, vers ces nouvelles exigences.

Il s'est en effet avéré qu’il était parfaitement possible, dans un cadre universitaire, de bénéficier d’une formation réunissant les mêmes qualités.

A cette fin, une coopération a été nouée entre l’UFR droit et l’UFR économie, visant à monter un cursus complet « droit et « économie ».

Le nouveau Master II Concurrence et régulation des marchés constitue la branche juridique de l’ensemble, au niveau Bac +5.

L’équipe pédagogique est constituée d’enseignants universitaires et professionnels de très haut niveau, et ce master s’appuie sur des centres de recherches particulièrement dynamiques : le programme « Attractivité économique du droit », dirigé par Bertrand du Marais et EconomiX, UMR-CNRS dirigée par Eric Brousseau, en économie.

Vous trouverez, sur la page web du diplôme, encore en construction, les coordonnées du secrétariat pour retirer les dossiers d’inscription, et ci-après la maquette du diplôme.

UE 1 enseignements juridiques obligatoires :

Droit approfondi de la concurrence

Droit de la régulation

Methodologie juridique

UE2 enseignements économiques

Economie et Droit de l’Entreprise
Micro-eco de l’economie numerique
Economie de la science et de la technologie
ou
Firme, technologie et Connaissance dans l’économie globale


UE 3 : enseignements juridiques optionnels

Regulations horizontales
Aides publiques
Achat public
Contentieux


Regulations sectorielles
Droit des marchés financiers
Energie
Télécommunications
audiovisuel

UE4 enseignements économiques optionnels

Stratégie de l’entreprise
Enchères et réseaux
Economie du droit
Régulations dans l’Union européenne

 

13.11.2006

Entre analyse économique du droit et sociologie du contentieux : quelques réflexions sur l’utilisation stratégique du « référé précontractuel », à l’occasion des affaires « Alstom » et « Jean-Claude Decaux »

Deux affaires qui ont connu la semaine dernière les feux de l’actualité, celle de l’attribution du marché des nouveaux trains Transiliens au canadien Bombardier, et celle du rejet de l’offre de J-Cl. Decaux pour le marché du mobilier urbain de la Ville de Paris, ont pour point commun de concerner une procédure d’ordinaire plus discrète : notre cher référé précontractuel, issu de la « directive recours », et inscrit dans le Code de justice administrative.

 

  Au delà des questions de technique juridique touchant à ce référé (v. à ce sujet  parmi d'autres, quelques unes des notes déjà publiées sur ce blog ici et ), ces deux affaires posent d’une manière passionnante la question de l’utilité de cette procédure, mise par les textes entre les mains des «personnes (…)  qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par ce manquement, ainsi que le représentant de l'Etat dans le département dans le cas où le contrat est conclu ou doit être conclu par une collectivité territoriale ou un établissement public local » (art L. 551-1 2e al. du CJA).

 

  D’un point de vue abstrait, et reposant sur la logique du texte, l’utilité de cette procédure peut-être simplement énoncée : elle vise à permettre à une entreprise qui estime que la procédure de passation d’un contrat entrant dans le champ d’application du texte a manqué aux exigences de publicité et/ou de mise en concurrence d’avoir un recours effectif contre cette procédure. Tout l’intérêt du référé précontractuel tient, on le sait bien, à ce que le juge se prononcera avant la passation du contrat, de sorte que le manquement commis par le « pouvoir adjudicateur » sera sanctionné avant d’être cristallisé en la forme contractuelle.

 

  Deux objectifs sont poursuivis par le texte dans cette perspective : d’une part les entreprises sont protégées contre les procédures irrégulières, d’autre part, les impératifs de publicité et de mise en concurrence sont placés sous la surveillance d’acteurs particulièrement vigilants de sorte que l’administration sera incitée à mettre en œuvre de manière stricte les exigences qui s’imposent à elle.

 

  Et de fait, il n’est pas contestable que la mise en œuvre du référé précontractuel depuis désormais plus de dix années a largement contribué au renforcement du contrôle exercé sur l’administration et a été un des vecteurs privilégiés de la mise en place de procédures (plus) transparentes et plus respectueuses des droits des entreprises soumissionnaires.

 

  Pour autant, ce serait une vision assez naïve que celle consistant à croire que le référé précontractuel est une procédure dans laquelle le respect du droit objectif et du droit subjectif à concourir de l’entreprise seraient seuls à l’origine des actions entreprises. Il nous semble au contraire que cette procédure est soumise à des considérations stratégiques et transactionnelles dans le cadre d’un jeu complexe regroupant plusieurs acteurs : l’administration /le candidat en passe d’obtenir le marché / le ou les candidats évincés / le juge / l’opinion publique (celle des acheteurs publics, voire plus rarement, l’opinion publique générale). Ce jeu complexe fait en outre appel à des données issues aussi bien de la sociologie du contentieux que de l’analyse économique du droit.

 

Les deux affaires que nous avons évoquées en commençant fourniront l’illustration d’un certain nombre de ces stratégies. Toutefois, l'objet des ligens qui suivent est davantage de procéder à une tentative d'analyse systématique de ces questions.

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