06/03/2008

Six choses insignifiantes que mes lecteurs ne savent pas de moi.




Me voilà donc à mon tour investi à la fois par Versac et Jules, du devoir de poursuivre cette chaîne sur les « six choses insignifiantes que mes lecteurs ne savent pas de moi ».

En langage blog ça s’appelle « être taggé » (ou taggué pour les puristes), ce que j’ignorais avant d’en avoir fait les frais.

En langage plus commun ça s’appelle une chaîne, et l’on prend, si on la rompt, le risque d’abominables catastrophes.

Ma tendance naturelle étant de mettre ce genre de choses au panier, et par ailleurs de ne pas notablement m’étendre sur des questions a-juridiques, j’ai eu la forte tentation de ne pas y répondre.

Mais en remontant la chaîne, j’ai constaté que les billets qui en résultaient et souvent poétiques et réussis, et que, de surcroît, si tous les universitaires économistes avaient pu le faire, pourquoi pas un juriste.

Quoi une rivalité en entre juristes et économistes ? Qu’allez vous chercher là.

Donc six choses.

Insignifiantes.

Et que mes lecteurs, disons, ceux de mes lecteurs qui ne me connaissent pas, ne savent pas de moi.

1 – j’ai assisté au délibéré de l’arrêt Nicolo. A l’époque où je travaillais comme fonctionnaire de catégorie B au Conseil d’Etat, j’étais en même temps en train de poursuivre mes études de droit, et j’ai eu l’impression de vivre un moment historique.

2 – j’ai été juge de cassation. Auprès de la désormais défunte « Commission spéciale de cassation des pensions adjointe temporairement près le Conseil d’Etat » (temporaire qui a duré presque 70 ans, il y a des institutions "définitives" qui pourraient être jalouses).

3 – A ma souvenance, je crois n’avoir rendu qu’un seul article dans les délais qui m’étaient impartis.

4 – Après avoir été déclaré admissible au concours d’agrégation de 1998, je me souviens d’être dit « il faudrait vraiment être c… pour se trouver parmi les dix qui ne seront pas admis ».

5 – A la proclamation des résultats du même concours, je me souviens avoir entendu le doyen Favoreu annoncer dans la liste des admis « Frédéric R… - le temps du roulement de R, avoir pensé, ça y est, c’est gagné – ouvillois… ».
(mais si l’ami Rouvillois me lit, cela fait partie des choses qu’il savait déjà…).

6 – La première fois que j’ai utilisé Internet remonte à 1996. Le premier site que j’ai utilisé était yahoo, et ma première requête « bookseller law ».


Je poursuis donc la chaîne, et j'invite d'autres juristes à y répondre à leur tour :

Une professeure : Geneviève Koubi (pour saluer la récente ouverture de son site).
Un étudiant : Bloghorrée (même si c'est un statut un peu usurpé...)
Un avocat : Jurisurba (s'il daigne utiliser un peu de la SHON de son blog à autre chose qu'à de l'urbanisme)
Un fonctionnaire territorial : Bartmann (si les élections municipales lui laissent un peu de loisir).
Un collectif : droit administratif (ça ne leur fera que 2 choses par personne, à moins qu'ils n'en aient des communes).
Un grand ami : Dimitri Houtcieff, (ça lui fera un billet facile pour réveiller son blog, enparlant d'autre chose que de Miss France).

04/03/2008

Que le coupable se dénonce !



La fréquentation de l'outil de statistiques de ce blog permet d'avoir bien des satisfactions : mesurer les everests de sa fréquentation, s'émerveiller devant le "Eolas effect"  ou le "Diners Room effect" (être cité dans un billet d'Eolas c'est au moins 250 visites, dans un billet de Jules, presqu'autant) se réjouir de connexions depuis les plus hautes sphères de l'Etat ou depuis les plus lointaines contrées (ah, ce visiteur issu de Mongolie, comme j'en suis fier), suivre avec un frisson concurrentiel la progression constante des connexions issues de Firefox, par rapport à celles issues d'Internet explorer (35 %/ 45% par les temps qui courent) et puis se captiver sur les mots clefs ayant conduit les visiteurs sur le site à partir de moteurs de recherches.

Il y a quelques constantes : les noms de collègues, ou le mien (avec toutes les orthographes possibles, ah que ne me suis-je appelé "Frédérique Rollin"), des notions juridiques aussi (fortement ancrées autour du droit des contrats administratifs), et quelques termes mystérieux échappés de billets. Je suis ainsi très fort sur « politesse » ou « échalotte », ceci étant dû à d'anciennes notes dont mes plus fidèles lecteurs voudront peut-être bien se souvenir.
 
Parfois, je sens que les fautes d'orthographe concourent à la fréquentation  : "Commission Balladure" ou "Interdiction du fumer dans les lieux publiques", m'apportent autant de connexions que leurs équivalents orthographiés correctement, pour lesquels la concurrence doit être plus sévère.
 
Je m'honore également du fait qu'aucune visite sur mon blog n'est due à un mot clef licencieux ou citant des membres éminents de l'exécutif et de leur entourage ou encore au deux mélangés ! 
 
Et puis il y a aussi des variables. Des mots clefs à la mode, et qui disparaissent ensuite. Le droit au logement, par exemple, ou l'état d'urgence, furent de grands succès, et ils sommeillent aujourd'hui avec à peine quelques connexions par jour.

Parmi ces variables, l'une des plus amusantes est celle qui concerne les arrêts. Il y à certes des arrêts qui sont des pourvoyeurs réguliers. Les « CE 16 juillet 2007 Tropic », les « Kress », les « Martinie ». Mais il y en a d'autres qui connaissent de fortes et brèves poussées de fièvre. Ce fut le cas il y a quelques mois des « Contremoulin » : presque 100 connexions durant un week end, et plus récemment des « Jean-Claude Decaux 2005 ».

Mon esprit sagace a rapidement soupçonné que ces mots clefs pouvaient venir des blanches mains d'étudiants auxquels ces arrêts avaient été offerts en exercice. Aussi, je tiens à m'excuser auprès du collègue qui a dû lire dans plus d'une copie des bribes de mon interprétation particulièrement constructive de l'arrêt Contremoulin. Je me doute bien qu'il a dû ressentir, à la fin du paquet de copies, une certaine irritation.

Mais voici que depuis quelques jours, je vois émerger dans ses statistiques un nouveau venu. Je le cite tel quel : « TC, 27 octobre 1931, Société Pannier c/ Protectorat du Tonkin ».

J'ai été passablement étonné par ce mot clef car je n'ai strictement aucun souvenir d'avoir cité cet arrêt et pour tout dire je n'ai même aucun souvenir de l'arrêt lui-même (ce dernier aveu étant particulièrement lourd à porter).
 
J'ai donc moi-même lancé ce mot clef dans Google pour découvrir qu'il avait été cité par un de mes commentateurs habituels sous un vieux billet relatif au CNE et au Tribunal des conflits. Je vous livre la citation: « L’autorité judiciaire, compétente pour statuer sur les réclamations relatives à l’application des contributions et taxes indirectes, l’est également pour apprécier la légalité et interpréter le sens des actes administratifs en vertu desquels la perception a eu lieu » (TC 27 oct. 1931, Société Pannier c/ Protectorat du Tonkin) ».

Il s'agit donc de la décision de principe qui pose qu'en matière fiscale, la prohibition faite au juge judiciaire d'apprécier la légalité des actes administratifs ne s'applique pas.

Mais alors, une question me taraude.

Quel est le collègue qui a eu l'idée brillante de donner cet arrêt à commenter ?

Un fiscaliste, voulant montrer la glorieuse autonomie de sa  matière ?

Un administrativiste, voulant faire accéder par là les étudiants à une réflexion sur les solutions dérogatoires d'opportunité (vous imaginez si le juge judiciaire avait dû renvoyer au juge administratif toutes les questions de légalité des parties réglementaires du CGI et du LPF...) ?

Ou bien un civiliste, voulant montrer que la séparation des pouvoirs n'est pas ce qu'on dit et que principe constitutionnel ou pas, il serait bon d'étendre cette solution dans tout le contentieux judiciaire ?

Alors oui, il est nécessaire, pour que je puisse avoir l'explication de cette poussé de fièvre googlienne, et pour que mes lecteurs, désormais mes complices et maintenus dans un suspens haletant retrouvent leur quiétude, il est nécessaire que le coupable de ce bien innocent forfait se dénonce !




29/02/2008

Le classement wikio pour mars des blogs juridiques, en avant première

 Wikio m'a proposé de publier en avant première le classement des blogs juridiques pour le mois de mar qui ne sera rendu public que demain. 

 top100_juridique.htm

Je m'y emploie donc, tout en m'excusant auprès de mes lecteurs pour la forme bien médiocre que je donne à cette publication : transformer un fichier excel en page web, et lisible directement sur ce blog est au-delà de mes compétences...

 

On notera dans ces résultats, la forte poussée des blogs publiée sur la plate-forme dédiée des avocats, qui forment une communauté un peu à part dans la blogosphère juridique, ainsi que les succès remarquables de deux sites d'universitaires : Drôle d'en-droit de Gilles Guglielmi et Théorie du droit de J-C Le Coustumer.

 

Il me semble également que l'on assiste à une évolution intéressante entre deux types de blogs juridiques : les blogs par profession et les blogs par matière.  

 

En revanche, on constate que malgré les intéressants blogs publiés soit par Le Moniteur, soit par Dalloz, ceux-ci restent relativement absents, non seulement de ce classement mais aussi de la technique blog en général.

 

Enfin, à tout seigneur tout honneur, on soulignera que Maître Eolas demeure le numéro 1 incontestable et incontesté de ce classement. Il est un peu aux blogs juridiques ce que Lance Amstrong est au cyclisme : il va plus vite et plus fort que tout le monde, ne connaît jamais de défaillance et reste d'une discrétion et d'une modestie rare. Tout cela evidemment ne peut qu'attiser les soupçons sur la consommation de produits réprouvés.

 

 

22/01/2008

Infidélité...

 

 

 

Non, ceci n'est pas un billet sur les moeurs privées des hommes publics. (Vous aurez peut-être remarqué, d'ailleurs, que les patronymes de ces éminents personnages sont depuis quelques semaines, totalement absents de ces lignes ce qui est une grande singularité dans la blogosphère).

 

Non non, ce titre, je le confesse, un peu racoleur, pour signaler que je viens de commettre une infidélité à l'égard de moi-même.

 

J'ai décidé de muter dans la section 01 du CNU,

 

J'ai écrit un article expliquant que les contrats administratifs n'existaient pas,

 

J'ai décidé de ranger mon bureau,

 

J'ai dit du mal de Denis Mazeaud,

 

J'ai dit du bien de Legifrance,

 

 

Je viens d'écrire un billet sur un autre blog que le mien !

 

Et j'ajoute la publicité à l'infidélité, puisqu'en voici le lien,

 

Et j'ajoute l'imprudence à l'infidélité et à la publicité car ce blog, le blog Dalloz, me talonne dans le palmarès des « top blogs » wikio et que si je lui apporte fréquentation et liens, il risque de me dépasser !

 


 

 

12/10/2007

Le blog Théorie du droit du Professeur le Coustumer

Puisque le weekend s'annonce et que les contraintes horaires s'allègent quelque peu, je vous propose de vous adonner à une discipline qui ravale les sudokus les plus complexes au rang d'aimable plaisanterie, qui, à la différence des échecs, continue de marquer la supériorité de l'homme sur la machine, qui nécessite un sens à la fois de l'anticipation, de la vision à long terme, et de la manière de régler les problèmes à court terme, qui ferait pâlir d'envie un joueur de go. J'ai nommé, mais vous l'avez déjà compris, la théorie du droit.

Car en effet, depuis quelques mois, mon collègue et ami Jean Christophe le Coustumer a ouvert un blog consacré à cet autre noble art.

Je crois percevoir, à distance d'écran, vos moues dubitatives. Vous collègues enseignants qui jugez que Prendre les droits aux sérieux, c'est d'abord que les étudiants obtiennent la moyenne en droit des obligations ET en droit administratif. Vous, confrères avocats, qui considérez que le seul apport de la théorie réaliste de l'interprétation, c'est que décidément il est prouvé que le juge fait ce qu'il veut, vous fonctionnaires nationaux ou territoriaux, qui pensez que le droit post-moderne montre qu'on a bien raison d'appliquer la circulaire plutôt que la loi, vous magistrats, qui ne voyez pas ce que la théorie des actes du langage ajoute à l'autorité de chose jugée, vous étudiants... parce que ce n'est pas dans le programme.

Et bien vous tous, vous avez tort.

Car l'ambition, considérable et assumée, de Jean-Christophe le Coustumer, est d'essayer de montrer comment les réflexions théoriques sur le droit peuvent trouver leur place dans une analyse de l'actualité, du droit ou de l'action politique en train de se faire.

Les premiers billets parus montrent que cette ambition est très largement remplie, et d'ailleurs les théoriciens ou philosophes du droit les annotent abondamment (ce que pour ma part je me garde bien de faire car le sens de mon insuffisance dépasse encore légèrement celui du ridicule), et de piliers de la théorie pragmatique du droit en major du concours de l'agrégation vous verrez des discussions qui captivent à la fois par leur hauteur de vue et par leur ancrage dans la réalité (surce dernier point, je m'avance peut-être un tantinet).

En voilà quelques titres, illustratifs, :

Kant au ministère de l'Education nationale. Ou, conflits dans les facultés?

Ad libitum.

Je voudrais ici dire à l'auteur de cette initiative exceptionnelle de persister dans cette voie. Sans doute, on n'attend pas de lui un billet tous les deux ou trois jours, mais qu'il ne se décourage pas si les statistiques de fréquentation ne grimpent que peu à peu, si le nombre des commentaires suit la même pente, si en revanche, la charge de travail s'en trouve grandement alourdie : le succès est au bout du chemin, et sans doute même bien avant.

Et à mes lecteurs, je voudrais dire combien il est important qu'ils inscrivent ce site dans leurs favoris ou dans leurs lecteurs de fils RSS : ce nouveau blog est une des meilleures choses qui soit arrivé à la blogosphère juridique francophone depuis... Depuis qui ? Et bien depuis personne. Une des meilleures choses tout court, ou plus exactement la meilleure !