19/05/2008

Live blogging en direct de Bâton Rouge


Connaissez vous l'Association Henri Capitant des amis de la culture juridique française ?

Oui, Évidemment.

Ou bien vous avez déjà acquis une des nombreuses éditions « dictionnaire qu'elle édite.

Ou bien vous avez assisté à des journées nationales.

Ou bien encore, vous avez assisté, voire contribué, à des journées internationales.

Ou bien les deux, voire les trois.

Mais si ce n'est pas le cas, alors vous avez droit à une explication.

Et tel est l'enjeu de ce « live blogging », qui se déroule depuis Bâton Rouge, chief lieu de la Louisiane, dans lequel ont lieu les journées 2008 consacrées au sujet suivant :

- actualité du notariat international

- est ce que quiconque se dénomme Rome appellerait son fils Félix

- est-il vraiment sérieux de prétendre que les volontés individuelles ont un pouvoir, en droit des sûretés ?

Mais non, je plaisante.

le vrai titre est le suivant : la culture juridique

Et ces journées ont lieu en Louisiane.

D'abord à Bâton Rouge,

Puis à la Nouvelle Orléans.

Avec l'assentiment, tacite, il est vrai, et recueilli après 15 heures d'avion il est encore vrai, et avec des moyens peu orthodoxes, de l'équipe dirigeante de cetta association, j'ai décidé de procéder à une expérience inédite : donner un compte rendu en « live blogging » de  ce colloque juridique.


Inédit, il est vrai pour une raison très simple : personne n'a jamais écouté un colloque de bout en bout, encore moins quand il dure une semaine complète.  Ce n'est pas le doyen Vedel qui me démentira lui que j'ai vu, de mes propres yeux, prononcer le rapport de synthèse d'un colloque auquel il n'avait pas assisté. Et faire de cette curiosité, le sujet même de son rapport...

Alors évidemment, certains esprits chagrins me diront : quoi du live blogging en Louisiane, sur la « culture juridique » ? alors que ce nous attendons, c'est qu'on nous dise, enfin, ce qu'il en est des primaires démocrates, voire, que l'on nous annonce le nombre de points que Tony Parker marquera aux New Orleans Hornets demain soir.

Et bien, amis lecteurs, il vous faudra vous contenter de ce que je vous propose, ou alors vous rendre sur yahoo sports ( ou rue 89, c'est la même chose), pour savoir ce qu'il en est des autres sujets.

En ce qui me concerne, je resterai donc fidèle à la Culture juridique.

Et de la culture, dès cette séance d'ouverture du colloque, force est de constater que nous en avons bénéficié abondamment.

D'abord par les lieux qui nous ont accueilli.

En l'occurrence, l'ancien Capitole de Louisiane.

Nous en avons visité l'entrée triomphale, en néo-gothique métallique (à rendre jaloux le fils naturel d'Harry Potter et de Viollet le Duc).

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Nous avons colloqué dans la Chambre des Représentants.

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Et nous avons festoyé au Sénat (pas de photos mais d'excellentes crevettes frites à la noix de coco).

Des esprits ironiques et constitutionnalistes auraient pu souligner que si sénateurs et députés siègent sur le même palier, la navette et la commission paritaire ont lieu dans l'escalier. Mais je n'entrerai pas dans le jeu de cette humour aussi facile que douteux. De surcroît, pas de droit public à Capitant. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'on m'invite.

 

Parmi les communications de ce jour, j'en retiendrai trois.

D'abord celle qui a dévoilé le projet de publication en ligne de ce qu'il est convenu d'appeler le « Code civil Louisianais ». Évidemment, les français aiment à accroire que tous les textes qui s'inspirent de la codification voulue par Cambacéres et décidée par Bonaparte s'appellent des « Codes », et celui de Louisiane, qui porte notre nostalgie du temps où le soleil ne se couchait jamais sur la France non plus, en particulier.

Mais las, le nom de Code ne lui vint qu'en 1828 et il n'arbora entre 1808 et cette date que le nom de « Digest of the Civil Laws now in Force in the Territory of Orleans ». Non seulement c'est moins que l'appellation de Code civil, mais les orateurs nous ont montré que loin d'être inspiré du seul Code français, ce Digeste était d'abord une reprise du droit espagnol.

La seconde contribution nous montra comment un Louisianais, Louis Casimir Moreau Lislet, après des études à Bordeaux à la fin du XVIIIé siècle, revint vivre entre ses parents le reste de son âge et composer ce Code, dont les influences françaises doivent beaucoup à Domat et à Pothier.

La dernière contribution, enfin, fut l'œuvre d'un des plus grands juristes belges : le professeur Vanderlinden.

Je confesse avoir pillé son œuvre consacrée « concept de Code » publiée en 1967, lorsqu'il s'agissait de démontrer, aux origines de la Mémoire du Droit, ce que Barnabé Brisson ou Cocceus voire Fleurigeon avaient apporté à la science juridique.

Mais j'ignorais les talents d'orateur, ainsi que l'intérêt pour le droit nord américain des origines de l'auteur.

J'ai ici découvert les deux avec un égal bonheur et j'ai en particulier été fasciné par son analyse sur la circulation des modèles coutumiers français (entre la coutume de Paris et celles de l'Ouest de la France) dans la construction du droit civil en Amérique du Nord.

J'ai encore été frappé par quelque analyses, inédites pour moi, du droit colonial d'Ancien Régime, et notamment sur l'interdiction des avocats et des procureurs, dans les terres du Canada, de la Louisiane et de l'Acadie. Il est curieux que les tenants de la Contre Révolution, si prompts aux "livres noirs", pour dénoncer les travers de la Révolution, ou au contraire le peu de changements qu'elle a apporté, n'aient pas mentionné cette fascinante anticipation d'un dispositif que reprit la Terreur, et dont les critiques sont aujourd'hui nombreuses.

Mais c'est tout l'intérêt de l'expatriation que de conduire à remettre en cause des vérités révélées.

Vous l'aurez compris, cette journée fut particulièrement riche et encore ce bref compte rendu ne mentionne-t-il pas les talents des chefs cuisiniers louisianais, non plus que la générosité de ses habitants. Mais bien sûr, il nous reste d'autres journées pour pour tout cela.


 

Commentaires

Et bien, tu ne risquais pas de venir déjeuner avec nous :)

Au fait, entre deux lives blogging, tu as trouvé le temps de préparer ton intervention ? :)

Écrit par : live blogging evryen | 19/05/2008

Et à la fin ça finit comme dans "Un tout petit monde" de David Lodge?

Écrit par : David Lodge | 19/05/2008

Cher Professeur,

Je salue votre initiative de nous faire partager ces journées 2008 consacrées à la "culture juridique".

Votre exposé fait remonter des souvenirs de cours magistraux d'Histoire du Droit dispensés à l'époque par Madame le Professeur Catherine LECOMTE... C'est avec émotion que je me souviens encore des 4 fondateurs du Code civil : Bigeau de Préamneu, Maleville, Tronchet et Portalis...

En attendant votre prochain billet avec impatience.

Écrit par : Cindy HENRIQUE | 20/05/2008

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