26/03/2008

Quelques observations sur le contenu et l’ergonomie du site Lexis-Nexis.



Comme je l’ai fait il y a quelques semaines à propos du site Dalloz, je poursuis mon petit tour d’horizon des bases de données juridiques en m’attachant cette fois au site Lexis Nexis, ou du moins à la partie du service intitulée « lexis-nexis jurisclasseur ».

Du point de vue de l’ergonomie du moteur de recherche, il faut le souligner, nous sommes en présence à mon sens, de l’outil le plus abouti. La recherche par opérateurs y est particulièrement simple et accessible, la recherche par type de sources également.

On pourra toutefois formuler un regret qui tient au fait que les opérateurs chronologiques soient prédéfinis (il y a un mois, trois mois, …) mais cela reste une lacune mineure.

La qualité de l’ergonomie de la présentation des résultats souffre davantage de discussions.

De ce point de vue, quatre observations essentielles peuvent être faites.

D’abord, les résultats ne peuvent être triés que par type de source. On aimerait pouvoir les classer par ordre chronologique,selon des critères de pertinence par rapport à la recherche ou même en hiérarchisant à l’intérieur des types de sources les textes : études /chroniques / notules…) il est en effet très frustrant, dans le cadre d’une recherche de fond, de faire ressortir des notes en trois lignes qui n’apportent rien à la matière mais alourdissent les résultats.

Ensuite, il arrive très fréquemment que des contenus (notamment dans les jurisclasseurs mais pas uniquement) soient redondants (ainsi, une bonne partie du jurisclasseur construction est reprise dans le jurisclasseur notarial /géomètre expert /voire administratif), ce qui, pour des recherches qui font déjà sortir de nombreux résultats conduit à des listes infinies avec l’obligation à chaque fois d’aller vérifier si l’on est en présence d’un contenu original ou dupliqué.

Par ailleurs, et cela vaut tout particulièrement pour les nombreuses chroniques thématiques, la recherche est opérée sur l’ensemble de la chronique et non sur les arrêts commentés un par un. Par exemple, si vous tapez « urbanisme et contrat », toutes les chroniques de droit administratif sortent, alors qu’on ne souhaite disposer que des analyses portant sur le rapprochement de ces deux notions. Par ailleurs, l’opérateur de proximité n’est pas toujours efficace puisqu’il faut lui donner une très grande valeur pour être sûr de ne rien rater dans un article. Il est à noter que sur un échantillon de plusieurs dizaines de recherches effectuées ces derniers jours, j’ai relevé ce type de problèmes dans plus de 70% des recherches et constituant souvent plus de 20 % des résultats.

Enfin, si la possibilité de lire en ligne les revues, livraison par livraison est vraiment très intéressante, on peut regretter que pour certaines (JCP-A, DA...) on ne trouve dans les sommaire cliquables que les initulés des contenus sans que soi précisé ni leur nature (information rapide, note, article...) ni leur auteur.

Troisième et dernière série d’observations, elle touche cette fois la qualité globale des sources. J’ai ici quelques critiques que j’énoncerai prudemment pour ne froisser personne.

Il me semble que l’ensemble des sources est marquée par une très grande hétérogénéité. S’agissant des jurisclasseurs, par exemple, certains fascicules sont exceptionnels. D’autres sont utilisables et d’autres encore à peine utilisables, notamment du fait de leur péremption. C’est une vraie difficulté quand on procède à une recherche, notamment dans les domaines que l’on ne maîtrise pas car il est difficile d’arriver à faire le départ entre le bon grain et l’ivraie.

J’aurai également un reproche que je développerai un autre jour de manière plus générale : il me semble que lexis-nexis pratique ce qu’il est convenu d’appeler le « patriotisme éditorial ». Cela signifie que le plus souvent, les articles ou fascicules de jurisclasseur ne citent, notamment à la suite des arrêts, que les commentaires parus dans d’autres publications Lexis-Nexis. Un exemple caricatural puisé dans un article récent, à propos de l’arrêt Tropic : « (CE, ass., 16 juill. 2007, n° 291545, Sté Tropic travaux signalisation : Juris-Data n° 2007-072199 ; JCP A 2007, 2212, note F. Linditch ; JCP A 2007, 2221, note M.-Ch. Rouault ; JCP A 2007, 2227, note B. Seiller ; JCP G 2007, I, 193, chron. B. Plessix ; JCP G 2007, II, 10160 ; Dr. adm. 2007, repère 7 ; Dr. adm. 2007, comm. 142, Ph. Cossalter ; Contrats – Marchés publ. 2007, comm. 254, J.-P. Pietri ; S. Braconnier et F. Brenet, Le contentieux des contrats publics d'affaires : Contrats – Marchés publ. 2007, comm. 8) ».

Je trouve cette pratique assez contestable, en particulier pour les articles ayant une portée doctrinale car si il n’est plus possible, aujourd’hui, de pratiquer des citations exhaustives de toutes les notes d’arrêts, il me semble qu’une partie du travail doctrinal consiste précisément à identifier les commentaires de qualité, et cela ne peut pas passer uniquement par la référence aux « publications maison ».

Enfin, la base jurisprudence (et surtout, vous l’aurez compris la jurisprudence administrative), ne me semble pas reprendre l’ensemble des arrêts que l’on trouve (que l’on trouvait) sur Legifrance. En outre de nombreuses décisions ne figurent que par leurs abstracts juris-data qui, s’ils sont de qualité, n’emploient pas toujours le même vocabulaire que les tables du recueil Lebon. Or, l’homogénéité terminologiques me semble être un critère important pour la qualité de recherches jurisprudentielles.

Pour conclure si, comme, d’habitude, j’ai d’avantage mis l’accent sur les critiques que sur les compliments, il reste que ce service est sans doute le plus performant de ceux que qu’il m’a été donné d’utiliser : mémorisation des recherches, des documents consultés, veilles sur les recherches, lien hypertextes vers les arrêts ou les textes cités, tout cela est du bel ouvrage.



Commentaires

Cher Professeur, il se trouve que je viens de passer mon week end à faire la même chose que vous sur LexisNexis. On a les passe-temps qu'on peut ! J'en tire globalement les mêmes conclusions ! C'est une excllente base de données juridique. Effectivement, je regrette un peu l'autocitation. Mais peut-être faut-il distinguer l'appareil de citations des citations avec les citations par renvoi "http". Autant je suis d'accord avec vous sur le premier point ; autant sur le second, Lexis ne peut renvoyer qu'à ses propres revues pour de simples raisons de droit (d'auteur).
Au fait, le mystère de l'absence de mon blog "achats et contrats publics" de la liste Wikio est élucié après une longue recherche pascale : Wikio a classé ce blog dans les blogs ... économiques. Autant dire que j'avais peu de chances de me retrouver dans la liste du top Droit ... !!! Du reste, le classement Wikio est parfois surprenant. Se retrouvent dans les 100, voire dans les 50 premiers, des blogs qui n'ont pas été mis à jour depuis plusieurs... mois et dont les matières intéressent une petite poignée de juristes névrosés. Là aussi, il y a sans doute un mystère à élucider. Il est en revanche certain que le classement des premiers, dont vous faites partie, repose sur un véritable fondement : la qualité du blog, à laquelle participent grandement les commentateurs de vos posts ; sa fréquence de mise à jour ; et enfin, l'étendue des matières traitées. Bravo à vous !

Écrit par : C.Emery | 27/03/2008

@ M. Rolin :

Concernant le problème que vous évoquez sur la recherche du genre "urbanisme et contrat", vous pouvez sérier les possibilités en utilisant "urbanisme m/ph contrat" ou "urbanisme m/pa contrat". Le terme m/ph signifie que les deux mots se trouveront dans la même phrase ; m/pa, vous l'aurez compris, signifie que les deux termes recherchés se trouveront dans le même paragraphe.

J'ai appris ces "détails" en suivant la formation maison chez LexisNexis.

En revanche, il y a un problème que j'ai identifié, c'est lorsqu'on a recours au format pdf des arrêts dans l'onglet jurisprudence. Certaines décisions de justice n'apparaissent pas dans leur intégralité (ex : 3 pages reproduites sur 7).

Parfois, le format pdf des arrêts de la Cour de cassation, pour prendre cet exemple, reproduit non seulement la décision mais également les moyens de cassation soulevés par l'avocat aux Conseils, ce qui est toujours enrichissant.

@ M. Emery :

"[...] Lexis ne peut renvoyer qu'à ses propres revues pour de simples raisons de droit (d'auteur)".

LexisNexis peut renvoyer (c'est-à-dire citer, énumérer) vers d'autres revues. C'est le cas de l'onglet Doctrine. En revanche, le site ne peut créer de liens hypertext vers les revues étrangères à LexisNexis, pour des raisons évidentes de droit d'auteur.

Écrit par : Romanis | 27/03/2008

@Romanis
C'est ce que je disais : "distinguer l'appareil de citations (ce que vous appelez "énumération") avec les citations par renvoi "http"."

Écrit par : C.Emery | 27/03/2008

@ M. Emery

Au temps pour moi. Je vous avais donc mal compris :-)

Au fait, si je puis me permettre, quelles sont donc ces matières qui intéressent "une petite poignée de juristes névrosés" ? J'avoue être intrigué.

Écrit par : Romanis | 27/03/2008

"Au fait, si je puis me permettre, quelles sont donc ces matières qui intéressent "une petite poignée de juristes névrosés" ? J'avoue être intrigué."



Aïe, fallait pas critiquer le droit communautaire des marchés publics d'urbanisme...le milieu est si petit, tout se sait un jour où l'autre...la diplomatie blawguesque, règle d'or !

Écrit par : Jacques Duguit, beau-frère de l'autre | 27/03/2008

L'article 68 récemment modifiée soit en février 2007, semble prêter à la confusion car on assiste ici la responsabilité pénale que veut s'engager le statut du président dans l'exercice de ses fonctions.Estce que cette modification avancerait le débat sur les nouvelles attributions du président de la République qui au regard de cette modification semble révolutionner le statut du chef de l'ETAT qui hélas se déforme !!!

Écrit par : Nazma FOURRE | 28/03/2008

Au regard des modifications préconisées à bracadabrant par le Comité Balladur,notre constitution Républicaine s'apprête malgré elle, à connaître des changements ainsi que notre droit constitutionnel. Il serait temps que le droit constitutionnel puisse s'élever contre certaines de ses modifications,, qui ne semblent pas avoir de contours précis. en se basant sur l'article 89 de notre Constititution concernant la forme Républicaine du Gouvernement. Ces changements monarchistes sont anticonstitutionnelles ! Oh douce France, nous sommes loin d'être une République!!!!!!!!!!!!!Un réferendum s'impose!

Nazma FOURRE

Écrit par : Nazma FOURRE | 01/04/2008

« Parfois, le format pdf des arrêts de la Cour de cassation, pour prendre cet exemple, reproduit non seulement la décision mais également les moyens de cassation soulevés par l'avocat aux Conseils, ce qui est toujours enrichissant »

Cela se trouve aussi en format HTML sur le site de la Cour, exemple (on le trouve en googlant "moyens annexés"):

http://courdecassation.fr/.../assemblee_pleniere_24/br_arret_448.html

Les parties, ou leurs avocats, possèdent-elles des droits d'auteur sur ces textes (comme les commissaires du gouvernement sur leurs conclusions) ?

Écrit par : Apokrif | 02/04/2008

Désolé pour l'erreur de lien... essayer: http://www.google.com/search?q=%22moyens+annexes%22+site%3Acourdecassation.fr&filter=0

Écrit par : Apokrif | 02/04/2008

Tres bau post,tres instructif.merci.

Écrit par : perdre la cellulite | 07/07/2014

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