04/03/2008

Le mouvement critique du droit en colloque



La « Critique du droit » est un des mouvements juridiques français les plus captivants de ce dernier demi-siècle. Et, pour manier la figure de style, il est aussi un des plus français des mouvements juridiques de ce même demi-siècle.

Originellement fondé sous des auspices clairement marxistes (Pour une critique du droit, Maspero- PUG 1978), il a très vite éclaté entre un courant post marxiste et un courant fondé sur l’analyse critique de « l’art juridique » qui conteste que le droit puisse se réduire à une superstructure des conditions économiques et sociales en un temps et un lieu déterminé.

En cela le mouvement critique du droit se situe clairement dans le prolongement de la Revue progressiste de droit français, fondée par Gérard Lyon-Caen en 1952.

A la vérité, ce qui fait aussi que la critique du droit est terriblement française, c’est qu’elle a toujours peiné à être un « mouvement » voire une « Ecole ». Même si elle a opté pour certains fonctionnement collectifs, elle reste marqué par un fort individualisme, et de fortes individualités (l’un expliquant sans doute en partie l’autre).

Que reste-t-il, plus de trente ans après le manifeste que nous venons de citer de ce « Mouvement critique du droit ? ».

C’est une vaste question.

Elle nécessite aussi bien des réflexions historiques, sensiblement plus développées que celles auxquelles nous venons de nous livrer.

Elle nécessite aussi de réfléchir à cette forte formule de Michel Miaille « La critique du droit est une pratique sociale » (M. Miaille, La critique du droit, Droit et société n° 20-21/1992) en la replaçant dans des contextes actuels.

C’est à cette mission importante qu’est consacré la captivant colloque qu’organise la Faculté de droit de Grenoble les 13 et 14 mars prochains intitulé : « La critique du droit des années 70 à nos jours, histoires, influences, perspectives », et dont vous trouverez Plaquette colloque Grenoble.pdf.

Mon collègue et ami Xavier Dupré de Boulois (qui annote parfois ce blog de manière crypto-anonyme, avec une alacrité toute proche de la « critique du droit »), m’a demandé de bien vouloir y contribuer en développant le thème «  Nouvelles technologies et engagement social du juriste », ce qui, bien entendu, est une autre manière d’essayer de me faire parler de ce blog, de ses engagements, de ses dérives droitières ou gauchistes, et plus globalement, du rôle que peuvent jouer les juristes à travers ce nouveau mode d’expression.

Je ne peux donc que vous inciter vivement à participer à ces travaux qui, en ces temps de polémiques sur les résultats de concours d’agrégation, nous montreront sans doute que l’histoire et l’actualité du droit ne sont pas hémiplégiques…

Commentaires

Vous écrivez que "la critique du droit est terriblement française". C'est une erreur.

Certes, il y eut un temps la revue Procès forte de ses analyses marxistes mais aussi critiques (cette revue était d'ailleurs une forme de continuation/confrontation d'une autre revue : "Leviathan", revue qui ne produisit que quelques numéros seulement). Il faut encore signaler combien des historiens du droit y prenaient une part active. Il faut aussi dire que le système universitaire qui existait alors avait suscité ce besoin d'inscrire une réflexion critique dans l'enseignement du droit... etc.

Mais surtout, il ne faudrait pas oublier que le mouvement Critique du droit était aussi et est encore profondément latino-américain. Ce mouvement poursuit ses analyses et sa production encore de nos jours (Argentine, Chili, Brésil)

En regard de la revue Procès, il y avait, il y a la revue Crítica Jurídica : Revista Latinoamericana de Política, Filosofia e Direito. Cette revue est encore citée par les facultés de droit de divers pays de ce continent : ex. "Crítica Jurídica es una revista latinoamericana de política, filosofía y derecho con enfoque multidisciplinario, deudora de las teorías críticas del derecho y especialmente orientada al estudio de la problemática regional. Su existencia es fruto de un convenio entre la Facultad de Derecho de la Universidad de Buenos Aires, el Centro de Investigaciones Interdisciplinarias en Ciencias y Humanidades de la Universidad Nacional Autónoma de México, el Complexo de Ensino Superior do Brasil – Faculdades do Brasil, y la Fundación Iberoamericana de Derechos Humanos (España)".

Plus encore, puisque vous citez l'article de M. Miaille (et son "Introduction critique au droit" devrait figurer en bonne place dans la bibliographie du mouvement), pourquoi n'avoir pas encore plus cherché sur le site de Droit et Société ? Vous auriez trouvé ceci : Roberto BERGALLI, PREGUNTAS DE OSCAR CORREAS POR Y PARA CRÍTICA JURÍDICA qui selon AJA peut être vu «comme un intéressant témoignage sur ce qu'est devenue la Critique du droit internationale après... plus de 30 ans!» (article à consulter : http://www.reds.msh-paris.fr/communication/docs/BERGALLI-ENTREVISTA.htm)...

Par ailleurs, comment, au sein de votre université de Paris "ouestnanterreladéfense", ignorer la revue "Actuel Marx" qui ne se prive pas d'aborder des questions de droit ?

Ne pas transformer l'histoire d'un mouvement en une histoire franco-française me paraît essentiel... Et peut-être parce que certains de vos lecteurs ont suivi ce mouvement... il me semblait indispensable de le dire... mais je ne saurais me permettre d'en faire ici un "article"...

Écrit par : gk | 04/03/2008

Je trouve gonflé que les fondateurs privatistes de critique du droit n'aient même pas été informés de cette belle fête, à part Antoine. On n'a pas du laisser de souvenirs marquants avec quand même un bouquin dans la collection sur les procédures collectives.
J'avoue que je l'ai mauvaise.
Laurence

Écrit par : boy Laurence | 06/03/2008

"Terriblement française", la critique du droit ? Je partage l'étonnement de GK !
Aux Etats-Unis, les Critical Legal Studies, nées dans les années 70 à partir - mutatis mutandis - des mêmes postulats que leur homologue français, ont provoqué un séisme dont les secousses se font encore sentir. D'une part parce que le mouvement reste extraordinairement vivant et productif, d'autre part parce que la doctrine "mainstream" ne peut pas se permettre de l'ignorer. Autant dire qu'on est loin de la situation française...
J'ajoute que si "terriblement français" désigne dans ce contexte, comme je crois le comprendre, un mouvement trop marqué par l'individualisme pour se constituer en école voire en chapelle, les CLS remplissent les conditions pour demander leur naturalisation ;-)

Écrit par : Gwénaële Calvès | 06/03/2008

Mon texte était évidemment trop elliptique, et l'allusion à Gérard Lyon et la Revue Progressiste du Droit Français trop peu explicite, tant que l'article que nous avons écrit sur cette revue avec Xavier Dupré de Boulois ne sera pas paru.

Ce que je voulais dire, c'est que l'adaptation dans le milieu académique français des structures de raisonnement marxistes, à la matière juridique, s'était faite selon des modes très spécifiques.

Tout particulièrement, j'ai le sentiment que ce mouvement s'est d'abord conçu comme une tentative de refondation qualitative du raisonnement juridique contre les routines de l'analyse majoritaire, plus que comme une conversion à des principes marxistes.

J'ai également le sentiment que l'individualisme l'a emporté face aux logiques "d'école", là encore, de manière très "française".

Mais, je ne ne conteste pas, en revanche, que ce mouvement ait de fortes racines américaines, et qu'il soit toujours bien, notamment en amérique du sud.

Écrit par : F. Rolin | 07/03/2008

C'est vraiment dommage que cet article sur Gérard Lyon-Caen et sa "Revue progressiste..." tarde à sortir de presse.
Il va falloir lancer une souscription, ou quoi?

Écrit par : Norbert Olszak | 26/03/2008

Publication prévue à la RDP courant 2008.

Écrit par : xddb | 26/03/2008

Excellente nouvelle, merci!

Écrit par : N.O. | 27/03/2008

Il manque en effet une approche privatiste et pénaliste de ce mouvement. Pourquoi ne pas initier un colloque sur ce thème ?
Par ailleurs, il me semblerait intéressant de profiter de l'anniversaire du mouvement pour se pencher sur une question peu analysée "mai 68 et le droit".
Y-a-t-il un colloque ou un article prévu sur le sujet ?

Écrit par : Jean-Jacques | 27/03/2008

Lors du colloque en question, Nader Hakim, spécialiste de l'histoire de la doctrine privatiste est intervenu sur "critique du droit et droit privé" et a effectivement mis en valeur la richesse de la production critique en droit privé (Géraud de la Pradelle, Jeantin, etc.).

Les actes de ce colloque seront publiés dans les mois qui viennent.

Écrit par : xddb | 28/03/2008

Écrire un commentaire