24.01.2008
Agrégation de droit public : aide à la constitution des équipes pour la leçon en 24 heures.
Je sais bien que le moment n'est pas des mieux choisis. Les résultats de la sous-admissibilité n'ont pas encore été proclamés, de sorte que les incertitudes sont encore fortes pour les candidats et prudentes les perspectives de projection dans l'avenir.
Il n'en reste pas moins que le moment est venu de songer sérieusement à la constitution des équipes épaulant les candidats au cours de la leçon dite « en préparation libre », mieux connue sous son petit nom de « leçon en 24 heures ».
à l'usage de nos amis lecteurs qui ne seraient pas familiers avec le concours de l'agrégation des Facultés de droit, et qui toutefois envisageraient de jeter un oeil distrait aux lignes qui vont suivre, il faut dire quelques mots sur cette leçon;
Le concept en est très simple : le candidat vient choisir son sujet à une heure donnée, au lieu où se déroule le concours et le lendemain, à la même heure, il viendra entretenir le jury de ce même sujet durant 45 minutes. Entre ces deux bornes, le candidat aura pu préparer sa leçonde manière entièrement libre, avec le concours des personnes qu'il souhaite, dans le lieu qu'il souhaite, et toute la documentation qu'il juge utile.
Cette "performance" fait partie de la mythologie du concours. Jadis, toutes les épreuves se déroulaient ainsi, une seule a aujourd'hui été conservée. Elle témoigne que les agrégations de droit (public, privé et histoire) sont un peu à part des autres concours, de même que les juristes se sentent un peu part du reste de la communauté universitaire. En somme la leçon de 24 heures est notre "channel" à nous.
Mais il faut également savoir que cette leçon suscite aujourd'hui de grands débats chez les enseignants chercheurs des Facultés de droit, débats qui traduisent une ligne de fracture entre les traditionnalistes et les modernistes. Pour les premiers, il convient de maintenir ce monument, symbole de notre spécificité. Pour les seconds, cette leçon produit une inégalité entre les candidats, favorisant les parisiens (qui n'ont pas à financer le voyage de leur équipe) et ceux qui bénéficient d'un réseau important (qui sont souvent les mêmes que les sus-cités).
Le Conseil d'Etat a d'ailleurs été saisi de cette question qui a prudemment répondu que les conditions de prérapation de cette leçon "n'introduisent par elles-mêmes aucune discrimination entre les candidats", le "par elle-même", étant une manière habile de poser que les choses ne sont pas claires.
Bref, entrerons nous dans l'Euro ou garderons nous les insignes de notre ancienne gloire, voilà qui n'est pas encore tranché.
Ces précisions apportées, revenons en à notre sujet.
Quelques conseils, tout d'abord, pour la constitution de cette équipe.
1 – Plutôt une équipe resserrée qu'une équipe pléthorique.
On pourrait reprendre la phrase de Woody Allen « l'Eternité c'est long, surtout vers la fin », pour dire que 24 heures de préparation c'est long, sauf vers la fin... Mais, pour faire en sorte de gérer au mieux cette durée un peu étrange, je crois pouvoir conseiller de recourir davantage à une équipe composée de d'un petit nombre de membres qu'à une équipe très étendue.
Pour avoir expérimenté les deux versions ( soit comme équipier, soit comme candidat), j'ai pu constater que les équipes nombreuses génèrent toujours, sauf de très rares exceptions, des lourdeurs de gestion (l'intendance n'est pas rien !), des difficultés relationnelles (ah, l'ego des universitaires), une dilution des décisions qui conduit à des leçons « consensuelles », et finalement assez insipides.
Aussi bien, il me semble qu'une équipe de rédacteurs de 4 à 5 personnes est amplement suffisante.
2 – Plutôt des amis que des stars.
Durant chaque concours, il y a des équipiers particulièrement recherchés, grands espoirs de la matière, précédés d'une réputation souvent justifiée, et auxquels les candidats cherchent à faire appel en priorité. J'ai tendance à penser que cette stratégie n'est pas la plus efficace. Il faut souligner qu'une leçon en 24 heures n'est pas une oeuvre scientifique et qu'il n'est pas forcément utile de disposer des spécialistes les plus pointus de la matière, cela d'autant plus que lesdits spécialistes, si vous ne les connaissez que de loin, ne seront sans doute pas pleinement impliqués dans la confection de la leçon.
Il me semble qu'il vaut mieux s'entourer d'amis proches, véritablement motivés, et qui se mettront à votre service de toute leur énergie pendant la préparation.
3 – structuration de l'équipe
Les candidats ont tendance à essayer d'organiser à l'avance la structure de l'équipe: les jeunes à Cujas, les vieux routiers à l'introduction, l'ami proche et un peu autoritaire à la gestion de l'équipe. Si je ne disconviens pas que cette organisation a du bon, je pense également (surtout dans le cadre d'une équipe resserrée comme préconisé ci-dessus) qu'il ne faut pas hésiter à laisser le champ libre à une certaine improvisation créatrice. Mais ici, c'est sans doute davantage une tendance personnelle que je livre.
4 – Paris / province.
Il est indéniable, on a déjà eu l'occasion de le rappeler abondamment dans ces pages, que candidats de province, et ceux issus d'universités à petits effectifs en particulier, sont clairement défavorisés dans le cadre de la préparation de la leçon en 24 heures : coût des déplacements et hébergements, petit nombre d'équipiers potentiels, mauvaises connaissances des ressources documentaires parisiennes.
Aussi, il me semble que minimiser ces inconvénients, les candidats auront utilement recours à des parisiens, en particulier pour la recherche documentaire. Les bons étudiants en master ou les jeunes doctorants sont souvent très disponibles pour cela.
Au delà de ces conseils, qui valent ce qu'ils valent, et j'invite d'ailleurs mes commentateurs à ne pas hésiter à les critiquer, je propose, comme pour le précédent concours, d'organiser une « bourse des équipiers » pour la préparation de cette leçon.
J'invite ainsi les candidats à user de la boîte mail pour m'indiquer la matière dans laquelle ils composent et leurs besoins, et j'invite les personnes qui seraient intéressées pour participer à de telles équipes, de m'adresser également un mail (avec si possible un bref CV dans le corps du mail), et j'assurerai la mise en relation.
J'ai hésité à organiser un système plus ouvert ( par exemple avec un groupe yahoo ou un blog) mais je pense que les personnes concernées préféreront sans doute un système qui ne mette pas sur la place publique leurs coordonnées.
02:05 Publié dans agrégation de droit public | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : droit, agrégation de droit public, équipes





Commentaires
Bonjour,
Cette épreuve est une institution et que le cadre parisien traditionaliste revêt toute son importance.
Mais pourquoi ne pas faire descendre les jurys en province comme c'est le cas pour les thèses?
Ce qui permettrait de palier à toutes les difficultés que vous énoncez, tout en gardant le côté "adoubement" du futur chevalier qui passe sa nuit à "prier", heu... travailler.
Un peu de modernité dans cette belle épreuve... Un agrégé à la fois chevalier et Jack Bauer (référence aux 24h...je n'ai pas pu m'en empêcher...).
Ecrit par : IceCream | 24.01.2008
Bonjour,
Effectivement c'est peu banal comme procédé et plutôt excitant de prime abord.
Il doit y avoir un côté frustrant de pouvoir solliciter qui l'on souhaite, et ce que l'on souhaite, pour répondre à un sujet dans un temps si court. Ne faisant pas parti de ceux qui seront un jour sélectionné pour rejoindre une telle équipe, je ne suis d'ailleurs même pas sélectionnable, j'aimerais beaucoup que celui, ou celle, qui a eu la chance d'y participer fasse part de son ressenti.
J'ai quelques petites questions naïves à ce sujet;
1/ L'équipe s'accorde t-elle un temps de repos au cours de la nuit ou fonctionne t-elle en sous-équipes (pendant que certains dorment, d'autres travaillent, puis inversent) ?
2°/ Comment avoir accès efficacement aux ressources documentaires, sachant qu'une bonne bibliothèque, en province en tout cas, est une bibliothèque qui ferme ses portes à 18 heure ?
Ecrit par : aloe vera | 24.01.2008
@Aloe vera: L'un des secrets pour accéder à de précieuses ressources en pleine nuit est vraisemblablement d'avoir accès à des collections privées comme celles de cabinets d'avocats amis, ce qui aura encore plus tendance à défavoriser des candidats dépourvus de relations.
Ecrit par : Sergent Howie | 24.01.2008
« qu'une bonne bibliothèque, en province en tout cas, est une bibliothèque qui ferme ses portes à 18 heure ? »
A Paris aussi, sauf exceptions:
http://coulmont.com/blog/2007/07/09/la-sorbonne-imaginaire-de-robert-ludlum/
http://groups.google.fr/group/fr.soc.feminisme/msg/95aaac89cceb2063
http://groups.google.fr/group/fr.soc.feminisme/msg/3fe820c3d0129883
http://www.capcampus.com/emploi/job-etudiant/la-region-ile-de-france-experimente-le-monitorat-etudiant-en-bibliotheque-a9350.htm
Ecrit par : Apokrif | 24.01.2008
En même temps, entre le dernier sujet tiré et l'ultime fermeture des bibliothèque, disons 19 h, il se passe environ 9 h. Soit presque la moitié de la leçon. Les membres de l'équipe auront largement pris l'ensemble des bouquins nécessaires pour la leçon et fait les photocopies des essentiels... au stade de la fermeture des bibliothèques, l'équipe est plus affairée à mettre en forme la réflexion qu'à faire encore des recherches... mais c'est vrai que ça varie en fonction du candidat et du sujet...
Ecrit par : routard | 24.01.2008
Liste des sous-adm est parue
89 noms
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/personnel/enssup/pv_resuldroitpremier_2008.pdf
Ecrit par : sous-adm | 25.01.2008
Je suis un agacé par cette éternelle critique de la 24 H fondée sur des critères économiques défavorables à la province.
Essayons de faire le point :
Oui financer la venue à Paris d'une équipe a un coût (néanmoins, j'ai très rarement rencontré des équipes 100% provinciales).
Si l'on veut vraiment faire de l'argument économique la principale critique de cette épreuve. Prenons un(e) MCF de province et un(e) MCF parisien. Quelle elle la différence du coût des leçons de 24 H préparées par l'un et par l'autre ? Soyons fous et disons 1000/1500 euros. Le concours ayant lieu tous les deux ans, cela représente 40/60 euros par mois. Compte tenu de l'égalité de traitement de ces deux MCF (il existe une différence de traitement au profit du parisien mais celle-ci est dérisoire = quelques dizaines d'euros par mois), il va être difficile de m'expliquer que le très à la mode "pouvoir d'achat" de l'un est équivalant à celui de l'autre. Les villes de province ayant le coût de l'immobilier le plus élevé (Aix, Grenoble, etc.) restent en moyenne 40% moins cheres que Paris !
Enfin, l'écart de traitement entre un MCF et un Pr étant de 800 euros environ, en cas de succès l'investissement est vite rentabilisé.
C'est évidemment grossier de parler d'argent dans ce cadre, mais je n'ai pas tiré le premier.
Cela juste pour dire que si l'on évacuait de la discussion cet argument faiblard, il serait possible de réflechir aux enjeux réels du maintien de cette épreuve bien criticable par ailleurs.
Ecrit par : paris/province | 31.01.2008
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