12.03.2007
L’élection présidentielle de 2007 : permanence et imprédictibilité du « troisième homme ».
Allez, je craque, voila un petit billet "élection présidentielle", dont mes fidèles lecteurs constateront que les conclusions ne me vaudront sans doute ni citations ni animosité...
L’élection présidentielle de 2007 ne constituera que la huitième depuis que le recours au suffrage universel direct a été (re)mis en vigueur en 1962. Les analystes de la vie politique et du droit constitutionnel n’ont donc que fort peu de recul pour tenter de mesurer les effets de structure marquant ces élections. Cela d’autant plus que depuis 1965, il semblait que l’histoire de l’élection présidentielle suivait une pente unique, celle de la bipolarisation progressive et croissante de la vie politique française, sous l’influence du « fait majoritaire » qui paraissait une des conséquences les plus massives de la Constitution de 1958 sur nos institutions politiques.
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Pourtant, l’élection de 2002, et le caractère « non-bipolaire », de son second tour, ont conduit à faire prendre conscience que cette donnée n’était peut-être pas inéluctable et que finalement, pour des déplacements de voix de quelques pourcents, de nouveaux équilibres, ou déséquilibres pouvaient se faire jour.
Cette hypothèse peut-être formulée dans les termes suivantes : quelles sont les conséquences d’une campagne électorale présidentielle, lorsqu’il apparaît que trois candidats de potentiel électoral similaire émergent ?
Cette situation n’est pas apparue durant les trois premières élections : un candidat dominait très fortement en 1965 (Ch. De Gaulle) 1969 (G. Pompidou) et 1974 (F. Mitterrand, en l’absence d’un candidat communiste),. En revanche, dans les élections suivantes, elle a constitué un topos de toutes les campagnes : En 1981, J. Chirac n’a cessé de remonter son déficit par rapport à Valéry Giscard d’Estaing, en 1988, le même Jacques Chirac a progressivement rattrapé puis dépassé le candidat de l’UDF Raymond Barre, en 1995, encore le même Jacques Chirac a rattrapé puis dépassé Edouard Balladur, dans ces deux derniers cas le candidat de gauche se situant soit un peu devant (1988), soit un peu derrière (1995). En 2002, enfin, la montée du vote en faveur du Front National n’a été perceptible que dans les derniers jours de la campagne, et si elle a eu des incidences sur l’élection, en a eu moins sur le déroulement de la campagne.
Si l’on essaye d’utiliser les grilles de lecture de ces anciennes élections, il est peu évident de déduire des conséquences sur l’actuelle campagne :
Cela vaut quel que soit le critère que l’on retienne.
Ainsi, si on prend comme critère le destin du troisième homme :
- en 1981, le troisième homme (J. Chirac), n’est pas parvenu au second tour ;
- en 1988, il y est parvenu facilement ;
- en 1995 il y est parvenu, facilement et au terme d’une remontée considérable ;
De même si on prend comme critère le camp politique du troisième homme :
- en 1981, le candidat du centre droit domine le troisième homme candidat de la droite ;
- en 1988, c’est le contraire
- en 1995, c’est la situation de 1988 qui se reproduit (si l’on admet que E. Balladur représente davantage l’UDF que le RPR).
De même encore si l’on prend en compte la position relative de la gauche par rapport aux candidats de droite :
- en 1981, le candidat de la gauche est deuxième, intercalé :
- en 1988, il est en tête ;
- en 1995, il est troisième.
De même la liaison avec une base partisane :
- en 1981, le premier candidat de droite dispose d’une base de députés presqu’aussi importante que le second (153 c/ 177 députés).
- En 1988, en revanche, la base du premier candidat de droite est plus importante ;
- En 1995, les deux candidats de droite sont issus du même parti
(et notons qu’en 2002, la pré-formation de l’UMP lamine le candidat de droite, F. Bayrou, qui n’en est pas le représentant).
Ainsi, aucun des critères objectifs majeurs tirés des dernières élections n’est de nature à fournir d’indications solides pour la présente campagne.
Pas davantage n’en trouverait-on dans les sondages : si l’on se réfère aux informations fournies par un des sondeurs historiques, la SOFRES, on se rend compte que depuis 1974, pour au moins des candidats, le delta entre les derniers sondages et le résultat est supérieur à 4 %, soit plus que la différence nécessaire pour passer actuellement de la première à la troisième place.
Et à défaut de score prévu par les sondages, même l’indication des « dynamiques » fonctionne mal : en 1981, la dynamique positive de G. Marchais est démentie, et symétriquement la dynamique négative de F. Mitterrand ; en 1988, la dynamique positive de J. Chirac est démentie par le résultat, en 1995, la baisse de L. Jospin est démentie, la montée de J. Chirac nettement surévaluée, la baisse de E. Balladur exagérée ( à chaque fois dans des proportions qui suffiraient aujourd’hui à inverser les résultats pronostiqués pour le premier tour).
Il est donc clair, au vu de l’ensemble de ces « tests » que les expériences du passé ne permettent pas de trouver de base prédictive pour l’actuelle élection.
En revanche, et si l’on sort de la prédiction pour tenter de remonter à quelques observations plus générales, les constantes sont beaucoup plus importantes :
La première tient à ce que le « troisième homme » est toujours un candidat de droite.
En effet, il apparaît nettement que le premier tour joue à droite le rôle de primaires entre la sensibilité gaulliste et non gaulliste, alors que pour la gauche, il existe toujours une domination de la gauche social démocrate.
La seconde tient à ce qu’à droite, la sensibilité gaulliste finit toujours par l’emporter, sauf en 1981, comme si elle bénéficiait d’une sorte de proximité naturelle avec le suffrage universel direct.
La troisième tient à ce que l’existence de deux candidats équivalents de droite n’a pas d’incidence sur le résultat final de l’élection, celle ci pouvant aussi bien gagner l’élection (1995, 1974 sous les réserves indiquées plus haut) que la perdre (1981, 1988).
Alors, force est de constater, avec un peu d'avance sur Jean Gabin, à l’approche du cinquantième anniversaire de la Constitution de 1958:
« Il y a 60 coups qui ont sonné à l'horloge
Maintenant JE SAIS, JE SAIS QU'ON NE SAIT JAMAIS ! »
17:59 Publié dans élections présidentielles au travers du droit | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : élection, Bayrou, sarkozy, Royal, sondages





Commentaires
Suivant la langue ségolènienne, il n'y a guère de troicième "homme" que J.-M. Le Pen. François Bayou fait aujourd'hui office de "troisième humain".
Écrit par : jules (de diner's room" | 12.03.2007
Très bonne analyse.
Je n'avais pas les données en main et vous me les avez données.
Merci
Écrit par : serdan | 14.03.2007
Ce qui me fait penser, et de plus en plus, que l'élection au suffrage universel direct est une erreur quand il s'agit de désigner celui qui doit incarner - au sens propre - la totalité des Français dans toutes leurs composantes... Cette affaire-là était bonne pour De Gaulle qui avait toujours été tenté par une certaine forme de césarisme.
Ce que j'aime de Bayrou, aujourd'hui, c'est qu'il a "le charisme d'une table basse" et que, dans ces conditions, il pourra certainement être celui en qui beaucoup pourront se reconnaître et qui devrait laisser le gouvernement gouverner, l'Assemblée délibérer, les citoyens s'occuper de leurs propres affaires...
Écrit par : Régis Hulot | 15.03.2007
Bonjour profeseur
je tient tout dabordà exprimer ma très grande satisfaction, suite à la découverte de ce blog de Droit public,qui à la vérité facilitera la diffusion de cette discipline importante.
Mr le professeur, je voudrait bien savoir, le distinguo que nous pouvons établir, entre un régime politique, et un système politique.
Merci Professeur
blondel tonleu
Écrit par : Blondel Tonleu | 17.03.2007
Great post Frédéric!
Thanks for the information
Écrit par : como ganhar dinheiro | 12.07.2011
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