22.11.2006

La blogosphère de droit public se développe en se spécialisant.

J’ai ajouté à ma blogroll quelques liens de droit public, récemment apparus, et qui comptent déjà parmi les grands succès, autant en terme de qualité de contenu que d’activité (jurisurba, hospidroit, et droit des collectivités territoriales).

 

A l’exception du brillant et inclassable « drôle d’en-droit » de mon éminent collègue aux initiales parsemées amicalement dans les commentaires de ces pages, les trois blogs rajoutés ont de nombreuses caractéristiques communes :

 

- Ils portent sur des matières spécialisées du droit public, voire du droit administratif ;

 

- Ils sont rédigés par des praticiens ;

 

- Ils échappent aux digressions blogosphériques au profit d’une information dense précise et technique.

 

Même si évidemment il est un peu facile de discerner des tendances à tout bout de champ, j’ai malgré tout le sentiment qu’ils marquent, dans le domaine particulier du droit public et des matières connexes, une évolution significative vers la professionnalisation des blogs et pour tout dire, vers une certaine maturité de l’instrument.

 

Au-delà de la tendance, je me risquerai même à une prophétie : le développement de sites de cette qualité va un jour finir par poser la question de la relation des blogs avec l’édition juridique d’actualité. En effet, en usant d’un bon agrégateur, je suis aujourd’hui déjà, et demain sans doute encore davantage, d’avoir une revue d’actualité du droit de l’urbanisme, des collectivités locales et hospitalier plus facilement accessible, moins chère, et tout aussi fiable que par les outils papiers ou électroniques traditionnels.

 

Cette tendance et cette prophétie concourent en outre à d’autres réflexions :

 

1 – les auteurs de ces blogs pourront-ils tenir la cadence ?

 

Je pose la question crûment, on me la pose parfois à moi-même mais je crains que la réponse que je donne et fondée sur un psychisme compulsif et égocentrique ne convienne qu’à moi-même. Si l’on admet, par hypothèse, que ces auteurs sont plus équilibrés de ce point de vue, il faudra bien un jour qu’ils trouvent une compensation à l’investissement consenti. Il peut s’agir d’une forme de notoriété, voire dans le cas de professionnels libéraux, de l’acquisition d’une clientèle, mais j’ai le sentiment que l’investissement est plus lourd que les bénéfices envisageables.

 

2 – Pourquoi les initiatives demeurent-elles individuelles ?

 

A l’exception notable de droit administratif, dont la collectivisation récente a permis de relancer la fréquence de publication et de diversifier les points de vue je suis très frappé par le caractère éminemment personnel de ces initiatives et je n’arrive pas à expliquer pour quelles raisons des dynamiques collectives ne s’enclenchent pas davantage.

 

3 – quelle place pour les blogs juridiques « généralistes » ?

Cette tendance à la spécialisation me semble aussi poser la place de blogs, comme le mien, qui papillonnent de matière en matière. Il me semble que le risque que font courir ces blogs spécialisés c’est de transformer nos propres pages en « éditoriaux juridiques », marqués par l’air du temps, l’actualité, mais finalement moins fondamentaux.

 

D’autres questions mériteraient encore d’être posées, en particulier compte-tenu du développement de blogs par les éditeurs juridiques qui présentent des aspects originaux marqués. Mais je pense que sur ce point, il faudra encore un peu de recul avant de déterminer si les blogs s’inscrivent dans un modèle économique dont l’édition traditionnelle serait partie prenante.

 

En tous les cas, au terme de ces brèves observations, je ne puis que réitérer tous mes compliments et félicitations aux nouveaux venus qui nous stimulent et nous incitent à faire plus et mieux.

Commentaires

A titre liminaire, je profite de votre billet pour vous remercier du "commentaire" que nous avez bien voulu laisser sur mon blog.

Pour le reste et ce qui me concerne, je vous confirme que mon blog ne m'a, à ce jour, apporté aucune clientèle et, par voie de conséquence, que je n'ai tiré aucun bénéfice concret de mon (lourd) investissement.

Il reste que tel n'est pas mon objectif puisque, pour ma part, c'est le seul intérêt pour ma matière qui m'anime.

D'ailleurs, mes quelques lecteurs auront remarqué que mes billets sont principalement concentrés sur quelques problématiques précises du droit de l'urbanisme (en l'occurence, celles qui m'intéressent le plus).

Telle est la raison pour laquelle des revues écrites, tel le BJDU, restent à mon sens indispensables compte tenu de leur approche généraliste de la matière.

Cordialement.

Patrick E. DURAND

Écrit par : jurisurba | 22.11.2006

Enfer et damnation, je suis découvert ! (malgré le cryptage de ma signature...)
Merci de cette consécration, j'espère, durable (après le blogroll, le blogrock ?), et de l'appréciation flatteuse, imméritée pour une part. Je n'ai été en effet consacré par le prix Claude Ribouillault qu'au titre du caractère "inclassable".
Pour le reste, mon "drôle d'en-droit" n'est pas véritablement un blog, mais un site de mise à disposition de documents (c'était déjà le cas de mon premier site de droit administratif ouvert en... 1998), utiles principalement à mes étudiants (passés, présents ou à venir) ou à de jeunes chercheurs. Il y a bien quelques brèves, mais elles sont très... brèves. En vérité, il serait inconcevable de concurrencer l'originalité - dans tous les sens du terme - des billets du Pr Rolin qui sont à la fois en prise directe sur l'actualité la plus cruciale, et d'une portée théorique tout à fait innovante.
C'est pourquoi je pense que les outils que sont les blogs de droit public sont surtout complémentaires de l'édition juridique classique : leur valeur tient à la pertinence intellectuelle de leurs auteurs.
Si l'initiative est individuelle, c'est aussi pour cette raison. Cela ne signifie pas qu'elle ne puisse pas devenir collective. En ce qui concerne l'université, je soutiens que le meilleur cadre serait celui des centres de recherches qui consacreraient un de leurs axes à la diffusion collaborative des résultats et des veilles (j'entends déjà le cri des allocataires : pas nous, pas nous ! - Mais c'est dans votre contrat, mes jeunes amis).
Enfin quant au caractère "généraliste" de nos blogs/sites, je ne suis pas sûr qu'il soit concurrencé. D'abord parce que certaines de nos matières, notamment le droit constitutionnel, sont peu exposées. Ensuite parce que, plus que généralistes, nous sommes multi-spécialistes. Et puis, comme disait Coluche, non contents d'avoir des idées sur tout, on a surtout des idées. C'est le principal travers des universitaires.
Merci en tout cas au blog du Pr Rolin d'avoir donné l'exemple et de fédérer les sites qui promeuvent une vision critique et théorique du droit public.

Écrit par : GJG | 23.11.2006

Merci M. le Professeur pour votre appréciation positive que je découvre à l'instant. Pour répondre à l'une de vos interrogations je puis vous préciser que dans mon cas, ce qui m'anime principalement c'est l'esprit de partage de l'expérience et de la très petite part de savoir que je puis détenir. Je constate que c'est également votre cas puisque vous avez placé votre blog sous licence creative common. Je réponds également à une demande qui m'a été adressée par de nombreuses personnes préparant des concours administratifs de la FPT et qui sont friandes d'informations d'actualité. Quant à la notoriété, ce n'est pas un objectif : dans la FPT on est généralement modeste. J'en profite pour vous remercier pour votre propre blog, de grande qualité, et qui m'a déjà été utile à plusieurs reprises sur le plan professionnel.

Écrit par : Luc BARTMANN | 23.11.2006

Cher Professeur,

Lecteur assidu de votre blog, je tenais à vous remercier de la reconnaissance du mien, ce qui signifie beaucoup pour moi.
Les questions que vous vous posez, j'ai eu l'occasion de me les poser moi-même, s'agissant notamment du positionnement de mon jeune blog dans la blogosphère de droit public. Je suis d'accord avec mes prédécesseurs pour dire que rien ne remplacera l'originalité, l'acuité et la pertinence de vos contributions sur l'actualité mais également sur le droit public en général. En revanche, je tiens à vous assurer que mon projet n'est nullement mu par l'esprit de lucre. Il m'aurait été loisible de faire apparaître des liens publicitaires. Tel n'est pas le cas. Quant à la célébrité, à supposer que ce soit un but en soi, elle ne s'acquiert qu'au prix de très longs et constants efforts, ce qui n'est pas davantage mon cas pour le moment.
J'en viens à un point qui me tient particulièrement à coeur, à savoir le caractère hyperspécialisé que vous soulignez à juste titre. Je relativiserais le propos en ce sens que si le droit hospitalier peut paraître très spécifique, il mobilise en réalité de nombreuses branches du droit telles que le droit pénal (la responsabilité pénale est la hantise des décideurs publics en général et des dirigeants d'hôpitaux en particulier), le droit social (le Code du travail trouve à s'appliquer dans certaines de ses parties, notamment concernant le CHSCT), le droit civil (je pense notamment aux atteintes aux droits et libertés dans le cadre des hospitalisations d'office touchant les aliénés, question relevant de la compétence du juge judiciaire). On le voit, la matière n'est pas si cloisonnée qu'elle le paraît. Mais je pense que je prêche un converti.
S'agissant enfin de la cadence à tenir que vous évoquez, l'énergie ne me fait pas défaut et l'administration offre, dans une certaine mesure, du temps pour vaquer à ces saines occupations :-)

Au-delà de ces questions, je tenais, Cher Professeur, à vous renouveler mes sincères remerciements pour votre adoubement qui ne fera que me donner davantage de coeur à l'ouvrage.

Écrit par : Romanis | 24.11.2006

Je rejoins, cher collègue, vos interrogations. n'ayant votre "psychisme compulsif et égocentrique" (mais je doute que ce soit vrai), vous avez pu remarquer que j'avais moi-même un peu levé le pied et que d'autres (Tabaka) se sont cassé les dents à "tenir" le rythme. Et je me suis aussi interrogé sur une éventuelle mutualisation des moyens et des supports, d'autant plus que l'artisanat de l'enseignant tranche parfois nettement avec le caractère "industriel" que peuvent avoir certaines équipes (même et surtout si elles restent dans l'ombre). L'avenir nous dira si nous pouvons résister longtemps.
Reste deux questions.
Celle de la concurrence avec les revues (papier ou électronique). Je suis pour ma part certain que nous sommes plutôt un vecteur qui leur apporte des lecteurs et des clients et que, de ce point de vue, nos blogs artisanaux ne risquent en rien de leur faire ombre. Reste que parfois je m’interroge. Dois-je mettre cette information sur mon blog ou écrire un article et le publier dans une revue ? Puis-je faire tel commentaire dès lors que j’ai fait tel autre (voisin) dans telle revue ? Nous verrons si elles réagissent à terme et si oui comment nous réagirons nous.
Celle du caractère généraliste de nos blogs par rapport à la spécialisation des autres qui à terme nous ferons apparaître au mieux comme des vulgarisateurs savants, au pire comme des pigistes de la rubrique des chiens écrasés. Je reste convaincu que l’enseignement est une science et la pédagogie est un art.
La façon dont vous traitez les questions juridiques sur votre blog, par les choix des sujets et la présentation didactique que vous en faite est l’expression de cette science et de cet art. Alors, oui nous ne rivaliserons pas avec les spécialistes de telle ou telle discipline qui passe 10 heures par jour sur telle ou telle législation particulière et savent tout sur elle. Mais, je pense sincèrement que vous (nous ?) avez un savoir expliquer que les autres n’ont pas et qui permet de faire comprendre à tous ce qui n’est parfois assimilé que par trop peu. Alors malgré tout et pour cela (ceux là) je continue et j’espère que vous continuerez également.

Écrit par : ckelk12bi1 | 01.12.2006

Cher Professeur,

J'ai le regret de vous annoncer que je suis dans l'obligation de fermer mon blog si je veux conserver mon emploi. Mon Directeur général m'accuse en effet de mettre des informations confidentielles sur mon blog (sic !) qui servent les syndicats dans leurs revendications salariales.
Personnellement, je ne souhaite pas m'embarquer dans une procédure juridictionnelle qui exigerait du temps et de l'énergie. Mon blog disparaît mais l'idée demeure, à laquelle je reste, contre vents et marées et fermement, attaché.
L'administration offre des libertés certes mais à condition de rester discret.
Comme dirait un acteur connu devenu gouverneur, je reviendrai (sous une forme ou sous une autre).

Sentiments les meilleurs.

Écrit par : Romanis | 19.12.2006

Great post.
Thanks for the information presented.

Écrit par : como ganhar dinheiro | 16.07.2011

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