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12.07.2006
Une réflexion sur la réforme des études de droit.
Depuis quelques mois, une réflexion de grande ampleur est menée par un groupe de travail, mis en place par le ministère chargé de l’enseignement supérieur, sur la réforme des études de droit.
Ce groupe de travail souhaite que ses travaux reçoivent le plus large écho possible, afin que le débat s’instaure et que la réflexion s’approfondisse. Aussi bien, les comptes-rendus de ses réunions sont rendus publics et peuvent être diffusés librement.
C’est la raison pour laquelle je reproduis ci-après le compte-rendu de la réunion qui s’est tenue le 26 juin 2006. j’aurai certainement l’occasion, dans de futures notes, d’essayer d’apporter une contribution à cette réflexion, mais, je prends ici le parti d’être parfaitement neutre, et de laisser à chacun le soin de se faire une opinion et le cas d’échéant d’alimenter le débat en commentaires.
DIRECTION GENERALE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
GROUPE DE TRAVAIL SUR L’ENSEIGNEMENT JURIDIQUE
Compte-rendu de la réunion du 26 juin 2006
- 14 h. – 18 h. -
Présents : Mmes et MM. Antonmattéi, Barrière, Beignier, Bigot, Bourdon, Domenach, Fasquelle, Laquieze, Machelon, Maistre du Chambon, Pauliat, Sudre, Teyssié, Truchet, Verkindt.
Excusés : MM. Fulchiron (représenté par M. Barrière), Harouel, Korolitski, Masclet, Mme Tallineau, M. Vidal.
Méthodologie
Le groupe de travail envisage de présenter ses conclusions sous forme de recommandations assez brèves. Celles qui figurent ci-dessous sont provisoires. Elles sont soumises à la discussion publique. Elles peuvent être sensiblement modifiées en fonction des apports de cette dernière et de la suite des travaux du groupe. Elles ne recevront leur forme et leur contenu définitifs que lors de la dernière réunion du groupe.
Le groupe ne procédera pas à des auditions. Il invite en revanche tout intéressé à faire part de ses observations à l’un de ses membres (cf. liste jointe), qui s’en fera l’écho en séance.
Calendrier ;
Lundi 25 septembre 2006 : études et écoles doctorales ; recherche.
Vendredi 13 octobre 2006 : qui enseigne ? Les recrutements, les carrières, les statuts.
Jeudi 19 octobre 2006 : avec qui enseigner ? Les relations avec les professions administratives, juridiques et judiciaires . Les relations avec les autres institutions d’enseignement et de recherche.
Lundi 6 novembre 2006 : la question de la « gouvernance ».
Lundi 20 novembre 2006 : réunion de synthèse.
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Dates de repli, si nécessaire : jeudi 7 décembre et lundi 18 décembre 2006.
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Ces réunions se tiendront de 13 h. 45 h. à 17 h. 45. à la Direction générale de l’enseignement supérieur, 99 rue de Grenelle, 75 007 Paris, salle 219.
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Recommandations
Recommandation n° 1 : intitulé des diplômes de droit
Le « mot » droit est le seul que reconnaît la communauté scientifique internationale (law, recht, diritto, derecho…), le seul que connaissent les étudiants et les milieux professionnels, le seul qu’emploient la législation et la réglementation en vigueur (notamment relatives à l’accès aux professions réglementées).
Il est recommandé que tous les diplômes de licence, master et doctorat délivrés après un cursus accompli dans les facultés de droit et sanctionnant des études juridiques supérieures soient intitulés licence en droit, master en droit et doctorat en droit.
Recommandation n° 2 : accès au premier semestre de licence
L’accès à un « premier cycle » de tout titulaire du baccalauréat (art. L 612-3 du code de l’éducation) doit impliquer que tout bachelier puisse mener des études supérieures, mais non que ceux que leurs études secondaires n’y prédisposent pas aient un accès libre et non contrôlé au premier semestre de la licence en droit. C’est un devoir d’honnêteté et de loyauté à leur endroit que de ne pas les fourvoyer dans une voie où ils n’ont pas d’avenir, de les en informer très en amont de leur parcours scolaire (dès la classe de troisième) et de les conseiller.
Une expérience ancienne et constante montre que les titulaires des baccalauréats technologiques et professionnels (lesquels n’ont d’ailleurs pas pour objet de mener à des études dans les facultés de droit) échouent très massivement (parfois, tous !) dès le début des études supérieures juridiques. Les tutorats maintes fois tentés pour les aider n’y sont jamais parvenus. Il convient d’en prendre acte.
L’amélioration nécessaire du taux de succès à l’issue des deux premiers semestres de licence passe notamment par l’orientation préalable des étudiants avant leur inscription.
Il convient cependant de tenir compte des particularités locales et des capacités personnelles pour nuancer, au cas par cas, l’application de cette orientation.
Il est recommandé d’instituer un mécanisme de régulation des inscriptions en premier semestre de licence. Il peut prendre, selon les universités, l’une des formes suivantes :
Procédure, applicable à tous les bacheliers, de contrôle d’accès, combinant examen du dossier et épreuve écrite ;
non inscription des titulaires des baccalauréats technologiques et professionnels (sauf, éventuellement, dérogation dûment motivée) ;
non inscription des titulaires de baccalauréats professionnels et inscription des titulaires des baccalauréats technologiques dans une année préparatoire aux études juridiques, destinée à leur donner la formation culturelle et juridique ainsi que les instruments de langage et de méthode leur permettant de suivre celles-ci avec succès. Cette année, qui ne serait pas diplômante et ne donnerait lieu qu’à une seule session, ne serait pas renouvelable en cas d’échec.
Il y a lieu de réserver, en tant que de besoin, le cas des licences professionnelles.
Il est indispensable de mener une action intense, précise et durable d’explication et d’information des élèves et de leurs parents dès la classe de troisième, en concertation étroite avec les collèges et les lycées.
Dans un but de sécurité juridique, le groupe de travail recommande la modification du texte ou de l’interprétation de l’article L 612-3, afin, notamment, que les recteurs n’usent plus des pouvoirs qu’ils tiennent de cette disposition pour inscrire en licence en droit les titulaires de baccalauréats professionnels et technologiques.
Recommandation n° 3 : Licences professionnelles
Les licences professionnelles, dont, de manière générale, le nombre a considérablement augmenté avec le passage au « LMD », offre des possibilités, insuffisamment exploitées, d’études supérieures dans le domaine juridique pour les étudiants intéressés. Il s’agit de formations adaptées, sélectives, qui doivent répondre à un cahier des charges exigeant (et supposent notamment l’accord des organisations professionnelles).
L’article 4 de l’arrêté du 17 novembre 1999 prévoit que, « sauf dispositions pédagogiques particulières », la licence professionnelle ne se distingue qu’en troisième année. Chaque fois que possible , il conviendra d’adopter de telle dispositions pour permettre de véritables licences professionnelles avec six semestres spécifiques.
Il est recommandé de développer les licences professionnelles en matière juridique, à conditions qu’elles comportent six semestres d’études adaptées à l’objet de la licence. Le groupe de travail recommande au ministère de l’éducation nationale d’amender l’arrêté du 17 novembre 1999 sur ce point.
Recommandation n° 4 : programmes de licence
Au stade actuel de sa réflexion, le groupe de travail n’estime pas indispensable de dresser une liste des matières qui devraient être enseignées en licence.
Il recommande que les programmes de licence soient consacrés principalement aux matières fondamentales pour la formation des juristes. Ces matières fondamentales incluent, outre le droit positif en vigueur, les matières nécessaires à la bonne intelligibilité de ce dernier et à la culture requise pour la préparation des candidats aux concours et notamment l’histoire du droit. En outre sont fondamentales l’acquisition ou l’amélioration d’au moins une langue étrangère (indispensable, y compris dans les licences professionnelles) débouchant sur une certification en licence ou en master, et l’acquisition d’au moins le « C2i » niveau 2 en licence ou en master.
De manière accessoire (en volume horaire), doivent être proposées aux étudiants les matières qui, sans porter sur le droit positif, contribuent utilement à le formation des juristes : philosophie, sciences politiques et sociales, sciences économiques et de gestion (dont la comptabilité).
Les « unités libres », sans rapport avec la formation des juristes, doivent être exclues des cursus. Cette prohibition n’interdit évidemment pas la présence de matières non juridiques qui sont parties intégrantes des « doubles cursus ».
Recommandation n° 5 : deuxième session et deuxième chance
Plusieurs établissements ont mis ou envisagent de mettre en œuvre, en étroite concertation avec le personnel administratif et avec les organisations étudiantes, des mécanismes qui permettent aux étudiants de conserver le bénéfice de la deuxième chance aux examens à laquelle ils ont droit, sans organiser de deuxième session. On sait combien, cette dernière, dans un système semestrialisé comporte d’inconvénients pour des avantages plus que modestes (participation des étudiants et taux de réussite très faibles).
Cette formule de deuxième chance sans deuxième session est particulièrement recommandée pour les quatre ou cinq premiers semestres, mais ce sont précisément ceux dans lesquels la deuxième session pose le plus de difficultés.
Dans l’ensemble, ces expériences donnent ou promettent de bons résultats, tant en termes de réussite des étudiants que de calendrier (on peut estimer le gain à six semaines, qui peuvent être réparties en temps d’enseignement, de révision, de recherche). Elles impliquent que les étudiants aient la possibilité de poursuivre leurs études pendant un ou deux semestres après un semestre non validé, sans compensation annuelle. Les modalités possibles sont variées.
Le temps gagné permet de corriger l’un des effets pervers des textes relatifs au « LM.D. », la réduction inquiétante de la durée des cours et travaux dirigés semestriels.
Il est recommandé d’aménager les règlements du contrôle des aptitudes et des connaissances, pour mettre fin aux deuxièmes sessions en conservant aux étudiants le bénéfice d’une deuxième chance aux examens. Cette recommandation est particulièrement forte pour les quatre ou cinq premiers semestres de licence.
Cet aménagement requiert une concertation préalable étroite avec l’ensemble des intéressés afin de vérifier qu’elle est dans l’intérêt de tous : personnel enseignant, personnel administratif, étudiants.
Il doit être envisagé, dès maintenant, au moins à titre expérimental, sans se laisser arrêter par sa faible compatibilité avec l’article 29 de l’arrêté du 23 avril 2003 relatif aux études universitaires conduisant au grade de licence (lequel autorise tout de même des « dispositions pédagogiques particulières » dérogeant à l’intervalle de deux mois entre les deux sessions). Dans un but de sécurité juridique, le groupe de travail recommande instamment au ministère de l’éducation nationale d’amender ce texte.
Echec en première année : ce point fera l’objet d’une étude ultérieure et éventuellement d’une recommandation ad hoc.
Tutorat : ce point fera l’objet d’une étude ultérieure et éventuellement d’une recommandation ad hoc.
Equivalences : ce point fera l’objet d’une étude ultérieure et éventuellement d’une recommandation ad hoc.
Recommandation n° 6 : master
Le groupe de travail a discuté d’une part, non de l’abandon de la distinction master recherche/ master professionnel, mais de l’abandon de l’obligation pour les établissements de la pratiquer systématiquement (abandon déjà effectif dans nombre d’établissements) ; d’autre part, de la possibilité de sélectionner les étudiants dès l’entrée du premier semestre de master.
Sur ces deux points, qui ne sont pas liés, le groupe a été divisé et s’est montré, en majorité, très réservé envers les évolutions étudiées, tout en admettant qu’elles sont cohérentes avec l’organisation des études en « 3,5,8 ».
Il est recommandé que soit menée, avant une éventuelle décision, une réflexion :
sur les débouchés que procure la licence ;
sur l’impact possible des « masters intégrés » (parcours en quatre semestres avec sélection à l’entrée du M1) sur la répartition des étudiants entre les établissements ;
sur le maintien de l’accès aux deux premiers semestres de master des étudiants qui se destinent aux professions dont l’accès est subordonné à la maîtrise (pour autant que ce diplôme demeure une condition d’accès).
Il est recommandé, cependant, qu’il soit possible aux universités qui le souhaitent d’expérimenter quelques filières intégrées de master en quatre semestres, avec sélection des étudiants dès le premier semestre. Il pourra s’agir de filières explicitement destinées à la recherche ou à une autre finalité professionnelle, ou à l’acquisition d’une compétence particulière sans référence à l’orientation des étudiants.
Ce compte-rendu n’est pas confidentiel. Il est au contraire souhaitable qu’il circule très largement dans et hors l’université.
12:15 Publié dans enseignement du droit | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (2) | Envoyer cette note | Tags : études juridiques, réforme, semestrialisation, baccalauréats technologiques et professionnels
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Trackback par : Et demain, ce sera pire ! | 16.07.2006
Commentaires
C'est marrant, visiblement, on veut d'un côté conserver des licences très générales et de l'autre ouvrir au maximum des licences professionnelles qui sont visiblement déclassées et ouvertes aux candidats de bacs technologiques.
Je veux bien croire que seuls les meilleurs élèves réussissent et qu'ils sont généralement issus des voies générales. J'ai énormément de mal à admettre une notion de bac à 2 vitesses, mais bon c'est la réalité, en particulier pour les bacs pro.
Pour les bacs technologiques, certains comprennent déja des enseignements en droit, ce qui n'existe pas dans le bac général. Il est donc dommage de les obliger à une année de préparation, lorsqu'ils ont déja une formation. Pourquoi ne pas prévoir des tests à l'entrée.
Le gros problème, c'est que je vois d'ici la licence professionnelle devenir une licence poubelle qui imiterait la licence généraliste mais avec un taux de chômage de 30% à la sortie. Ou alors il faut la marketer de manière très claire sur des sujets très spécifiques et pointus.
L'idéal serait peut être de combiner tout cela. Obliger les élèves de bacs technologiques (voire professionnels) à s'inscrire dans une 1ere année de licence professionnelle généraliste avec un volume horaire lourd et offrir aux meilleurs élèves, la possibilité de rejoindre la licence classique en 2eme année. Les 2eme et 3eme année de licence professionnelle seraient alors consacrées aux spécialisations.
Avantages :
- On offre un accompagnement aux élèves de bacs non généralistes
- On évite un allongement de leurs études et on permet aux meilleurs d'avoir une seconde chance
- On développe des licences professionnelles efficaces
Ecrit par : Juriste à retardement | 12.07.2006
Pour rebondir sur la remarque précédante, je suis étonné de l'absence dans ce compte rendu de toute référence aux IUT carrières juridiques qui existent dans certaines universités (Grenoble 2 par ex.). Il serait déjà utile de tirer un bilan de ces formations pour déterminer ce que pourrait être une licence professionnelle. L'idée mérite d'être creuser. Elle implique de répondre à plusieurs questions:
- quels débouchés? certains concours administratifs? employés administratifs?
- quels enseignants? les formations professionnalisantes se caractérisent généralement par un taux d'encadrement important. Serait-ce l'occasion de faire intervenir les professions juridiques (avocats, notaires) de manière plus massive dans l'enseignement du droit?
- quels moyens? Ce type de formation est allergique au schéma classique 90% cours magistral / 10% travaux dirigés. Le cadre et les outils pédagogiques nécéssaires imposeront un investissement financier plus important.
- quel accès? Les IUT sélectionnent et c'est ce qui contribuent à leur attractivité. Quid de ces licences pro? On voit bien que la réflexion sur ce point doit tenir compte des modes d'accès à la filière "classique" et aux IUT.
-quelle philosophie générale? S'agit-il de "purger" (karcheriser?) la filière classique et d'éloigner des étudiants indésirables? Ou s'agit-il de réfléchir plus fondamentalement à une réforme des formations juridiques, de leurs outils pédagogiques et de leurs débouchés? Il n'est alors pas sûr que la filière classique en sorte renforcée. Voir à cet égard la situation des master recherche par rapport aux master pro...
Ecrit par : xddb | 13.07.2006
Page illisible actuellement, un morceau de code a du sauter:
Je vois a peu près:
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DIRECTION GENERALE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
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GROUPE DE TRAVA
Ecrit par : Agnès | 13.07.2006
Et chez moi, j'ai de gros textes en gras qui le rendent malheureusment illisible. Pourriez-vous nous donner directement l'URL de ce document ?
Ecrit par : Erasoft | 14.07.2006
C'est totalement illisible chez moi (sur IE comme Mozilla)
Ecrit par : Mirimonde | 15.07.2006
Pour ceux qui ont un problème : copiez le texte sur Word, et vous comprendrez ce que veut dire interopérabilité :)
Ecrit par : Erasoft | 15.07.2006
On peut s'interroger sur la méthode suivie. Quelles que soient les qualités personnelles des membres de cette commission dont on ne sait pas par qui elle a été nommée, il n'est nullement certain que ses positions reflètent les recommandations qui seraient majoritaires chez les collègues et dans les établissements.
Ainsi, pour ne prendre que l'exemple du point 4 sur les programmes de licence, on semble privilégier la rapidité au détriment de la réflexion approfondie qui serait nécessaire pour parvenir à un accord sur ce que les "facultés de droit" doivent enseigner.
Le Comité national d'évaluation a réalisé il y a trois ans une enquête nationale et systématique sur le sujet. Des dizaines d'experts ont rencontré 600 interlocuteurs dans toute la France pour "évaluer les formations juridiques de base" (en réalité les trois années de licence) et synthétiser des propositions d'adaptation des programmes. Le rapport s'orientait, me semble-t-il, vers des recommandations assez différentes...
http://www.cne-evaluation.fr/WCNE_pdf/Droit.pdf
spéc. page 50.
Ecrit par : GjG | 15.07.2006
Il faudrait aussi penser à la sacro sainte séparation entre publicistes et privatistes qui est faite n'importe comment et n'importe quand au grée des options dans les facultés... il faudrait penser à un minimum de bagage indispensables aux publicistes et privatistes (ce qui est déjà un peu le cas) et éviter les aberrations telles que l'obligation pour un étudiant se voulant publiciste de prendre "droit des affaires" en option. Je parles en connaissance de cause.
Ecrit par : kombucha | 15.07.2006
Cette commission est finalement bien gentillette. Pas de révolution dans ce qu'elle propose, juste un serpent de mer, la sélection.
Pour répondre à la vraie question de l'échec des étudiants dans le supérieur (et pas seulement en droit), deux solutions. La première, de facilité pour les enseignants qui est de sélectionner et de ne prendre que les plus aptes. Tant pis pour les autres, les enseignants, chacun dans sa faculté s'en lave les mains et les renvoient sur les autres.
La deuxième solution consiste à transformer les facultés et universités en lieux d'enseignement adaptés à la massification du supérieur. Cela suppose quelques moyens (pas tant que cela finalement) et surtout une disposition d'esprit des enseignants du supérieur un peu différente, comme de s'intérésser un peu plus à leur tâche d'enseignement, pas seulement en magistral du haut d'une chaire. Cela veut dire aussi une faculté organisée en fonction des intérêts des étudiants et non pas du confort des enseignants. Visiblement, cette deuxième voie a totalement échappé à la commission.
Ecrit par : authueil | 17.07.2006
Le rapport de cette commission me laisse dubitative...
en effet la selection s'opère de toute façon à la fin de l'année universitaire...
Ecrit par : Marine | 19.07.2006
Bonjour, je viens de lire ce qu'a écrit le Professeur Rollin, et ces propositions me semblent honnêtes, surtout en ce qui concerne la sélection à l'entrée en 1ère année!! j'ai été chargé de TD en histoire du droit en 1ère année, et bon nombre d'étudiants n'ont tout simplement pas la capacité de suivre des études de droit. il n'y a qu'à avoir la pauvreté des copies d'examen!! sur le fond, c'est somme toute un peu logique en 1ère année, où on découvre une discipline totalement inconnue, il faut donc le temps de s'y faire. mais sur la forme, que de fautes de grammaire, d'orthographe....et un manque total de culture générale "de base": Louis XIV est mort en 1764!!!! Il serait donc judicieux de pratiquer un examen sommaire pour les bacheliers voulant s'inscrire: français, culture générale, histoire...examen du dossier évidemment! cela éviterait de voir les universités accueillir des étudiants faibles, peu motivés car inscrits à la fac par dépit....
Ecrit par : bertrand | 25.07.2006
@bertrand : je voudrais juste signaler que tous les étudiants en droit ne sont pas inscrit à la fac par dépit mais tout simplement parce qu'il n'existe pas d'autre école donnant ces cours.
Je crois que si on veut réformer quelque chose dans le système actuel, ce serait plutôt l'école à partir du CP.
S'il existe un fossé entre le bac et la 1ère année d'étude supérieure, c'est que le bac a perdu de sa valeur et non pas parce que les études supérieures sont devenues plus difficiles !
Il faudrait commencer les réformes par le commencement, ce serait bien...
Ecrit par : meloevry78 | 25.07.2006
Il y a deux autres facteurs qui n'ont pas encore été évoqués : les études juridiques sont aujourd'hui beaucoup plus complexes qu'il y a 30 ans, à l'image du droit positif (1). En outre, les emplois auxquels elles mènent sont aujourd'hui bien moins attractifs qu'avant (2).
1. Il me semble qu'on demande aujourd'hui aux étudiants une quantité de connaissances (je ne sais que ça ne se compte pas au poids, mais quand même...) chaque jour plus importante.
On en sait les causes :
- un développement considérable du droit international et de son influence depuis 1975, notamment du droit européen ;
- une inflation textuelle, législative et réglementaire, instrument d'une réformite aigüe, qui fait qu'en permanence le droit positif est modifié, ce qui le rend logiquement moins facile à connaître ;
- un développement de la jurisprudence, notamment constitutionnelle et internationale, à tel point qu'il est difficile de ne pas donner raison, ne serait-ce qu'un peu, aux réalistes ;
- et bien d'autres facteurs encore, mais ici ce n'est pas le propos...
Tout cela pour dire que les taux d'échec élevés s'expliquent aussi par le fait que les études juridiques sont aujourd'hui bien plus difficiles qu'avant.
Cela n'empêche bien sûr pas le manque de moyens, les déficiences de l'enseignement secondaire, et l'illétrisme conséquent de nos jeunes concitoyens, qui cela dit sont loins d'être bêtes pour autant, en tout cas pas plus que nous.
Mais cela explique peut-être que beaucoup sous-estiment la difficulté des études qu'ils entreprennent.
2. D'autant que, il faut bien se l'avouer, les débouchés ne sont plus ce qu'ils étaient, même pour ceux qui, entre guillemets, "réussissent". Une bonne partie des jeunes avocats sont sous-payés, ça se bouscule sévèrement au portillon pour devenir enseignant ou magistrat, et il faut bien admettre que les traitements ne sont pas byzantins.
C'est peut-être aussi pour ça que le niveau baisse : si les meilleurs, du moins les plus ambitieux, passent encore parfois par les facultés de droit, dans l'ensemble, ils y viennent surtout pour y apprendre le droit des affaires, en complément d'une formation commerciale dans une grande école.
C'est un fait : 80% des jeunes avocats qui sortent de l'EFB de Paris se destinent au droit des affaires. Que voulez-vous, ma p'tite dame, les temps changent...
Ecrit par : MC93 | 25.07.2006
« Les « unités libres », sans rapport avec la formation des juristes, doivent être exclues des cursus »
Pourquoi ? Est-ce une bonne idée d'interdire les matières choisies en vue d'une candidature à une formation ou de la préparation d'un concours ?
« inscription des titulaires des baccalauréats technologiques dans une année préparatoire aux études juridiques, destinée à leur donner la formation culturelle et juridique ainsi que les instruments de langage et de méthode leur permettant de suivre celles-ci avec succès. Cette année, qui ne serait pas diplômante »
A part l'absence de diplôme, ça existe déjà, c'est la capacité en droit.
Ecrit par : Apokrif | 29.07.2006
Je ne saurrais dire s'il faut se réjouir, ou pleurer, à la connaissance des recommandations fournies plus haut par "un groupe de travail" du ministère.
En effet, il semble évident qu'entreprendre des études juridiques exige de posséder un minimum de culture générale, historique, et un minimum de connaissance en grammaire et orthographe.
Je viens d'enfoncer une porte ouverte, mille excuses. Visiblement, un certain "groupe de travail" m'a précédé...
Quant à la selection à l'entrée en première année de licence, elle existe déjà, et l'écrèmage dure tout au long de la première année...et continue par la suite.
Il semble donc souhaitable ( au regard des recommandations exposées plus haut ) de clarifier les choses et d'imposer une selection officielle à l'entrée.
De cette façon, les étudiants issus de filières technologiques ou professionnelles n'aurraient plus la possibilité, sauf les meilleurs d'entre eux bien sûr, de venir s'égarer sur les bancs de l'université. On ne saurrait trouver de mesure plus démocratique...pour sauvegarder la reproduction sociale.
Ecrit par : Un Etudiant de 1ere année | 30.07.2006
Bonjour tout le monde. Je suis étudiant, je passe en Master2 pro dans le droit des contrats publics après une licence AES. Voici quelques commentaires sur ce compte rendu très intéressant :
Recommandation 1 - Je suis d'accord. Le terme "droit" offre une très grande lisibilité et . Mais par exemple quid de la filière
AES? On peut quasiment passer une licence3 droit public avec les options, mais pourtant c'est une licence AES à la sortie, peu reconnu encore.
Recommandation 2 - Je suis d'accord pour la sélection au semestre1, plus logique que celle faite après le Master1. Cependant pourquoi exclure de cette sélection les bacs pro et techno, si leurs titulaires la passe avec succès?
Recommandation 3 - D'accord si les 6 semestres sont suffisamment orientés. Il faudra veiller à la qualité de l'enseignement, des intervenants, à l'association avec le monde professionnel (stage, ...) pour ne pas que cela deviennent une poubelle.
Recommandation 4 - Je suis d'accord pour le contrôle des unités libres : vu un étudiant en licence3 droit avec sport en option facultatif et sport en UE libre... Je suis également totalement favorable à un renforcement de l'enseignement des langues à la fac, et dès le CP même. La maîtrise d'une langue est absolument indispensable, et on en est très loin aujourd'hui avec ces malheureux 1h30 de langue par semaine. L'acquisition du C2i ou d'un autre diplôme comme le TOEFL à la fin de la licence me parait insdensable et urgent. mais bon les langues étrangères en France ce n'est vraiment pas ça.
Recommandation 5 - Je suis d'accord avec le principe de la 2ème chance, plus logique et efficace que la 2ème session.
Recommandation 6 - Cf supra, je suis d'accord avec la sélection au semestre1 de la licence.
Désolé pour la longueur et merci pour ce blog professeur.
Ecrit par : Maxime | 07.08.2006
Bonjour à tous,
j'ai lu les quelques lignes qui figurent ci-dessus. Je crois que la réforme devrait être plus fondamentale. Je me permets de dire les choses telles que je les vois et que je les vis, sans tabous.
1. Prévoir une charte de qualité:
Nous avons des enseignants qui sont pour l'essentiel des agrégés (et donc souvent de bons chercheurs) mais dont les qualités pédagogiques sont variables, il ne faut pas se le cacher.
Pourquoi ne pas évaluer cette qualité? On me dira que c'est céder à la démagogie? pas du tout. Un enseignant qui ne sait pas communiquer est un enseignant dont l'amphi est vide (qui ne l'a jamais vu?).
Que dire des enseignants qui se contentent de lire leur manuel, regardant l'heure? Une entreprise qui rend un mauvais service ne se maintient pas. Un enseignant, oui. Il y a là un paradoxe. Qu'on ne me dise pas que l'enseignement est spécifique!! c'est une prestation de service! Sciences po l'a bien compris, les enseignants sont évalués chaque année.
2. Imposer une harmonisation:
le système des ATER, moniteurs etc... est sans doute intéressant (bien que contestable à certains points de vue), mais l'harmonisation n'est pas toujours réalisée par l'enseignant responsable. Là encore, une obligation devrait être mise en place.
3. Impliquer le secteur privé:
j'ai la chance d'être ATER et dirigeant de société, mais pour cumuler ces fonctions, il a fallu faire des montages juridiques terribles! Or, je crois que ce serait une excellente chose que de simplifier l'implication d'acteurs privés dans le monde universitaire. Les ATER ne doivent pas avoir le monopole de la formation. L'université n'a pas vocation à former uniquement de futurs chercheurs ultra spécialisés (d'autant que la voie est fermée).
Au surplus, sans vouloir passer pour l'avocat de certains de mes collègues, j'ai vu trop souvent des ATER ou des moniteurs ramper aux pieds des agrégés... parce que leur survie financière en dépendait. Ce n'est pas valorisant et je trouve cela triste (je vous rassure, le privé connaît aussi cette situation, surtout dans les grosses structures).
4. Supprimer les QCM et autres oraux écrits (dans un monde idéal)
Je ne suis pas un rêveur, mon métier me le rappelle chaque jour. Je dois avoir des ressources pour payer mes salariés. Mais, que penser d'un étudiant qui a une mention s'il l'a obtenue par les petites matières, en QCM?
Mon entreprise ne recrute pas de juriste, mais je pense que si j'en recrutais, je serais assez interrogatif...
5. S'interroger sur le népotisme
Certaines familles occupent une place particulière dans l'univers juridique français. Ce sont souvent des esprits brillants (pour ceux que j'ai pu cotoyer), mais il n'est pas exclu que d'autres aient simplement bénéficier de la conséquence pratique du principe d'indépendance des professeurs d'université, à savoir, la cooptation. Peut-on trouver un autre système qui respecte pour autant ce principe à valeur constitutionnelle?
Je ne cache pas que de mon côté, je prends toujours en stage les enfants de mes salariés. C'est plus clair ainsi pour tout le monde.
Voilà, j'aurais sans doute encore bien des améliorations à proposer pour réformer les études de droit. N'y voyez là que des propositions et des réflexions que 4 ans dans le monde universitaire m'ont permis d'élaborer.
Bien à tous,
Ecrit par : Portais Grégory | 08.08.2006
@Portais Grégory : sérieux ! Il existe des QCM dans certaines fac de droit ? En deux ans, je n'en ai pas encore rencontré !
Si ça existe réellement, c'est quand même étonnant !
Ecrit par : meloevry78 | 10.08.2006
A melo evry 78: et oui, les QCM existent dans certaines facultés parisiennes! La pratique est parfois même courante!
- Paris II: je me souviens que Combacau en fait
- Paris XI également... si mes souvenirs sont bons, en économie et dans certaines matières de première année comme le droit communautaire institutionnel.
Bien sûr, on peut toujours argumenter en faveur de ce procédé, pour le contrôle des connaissances en TD, mais en examen terminal, cela n'emporte pas mon adhésion, loin de là.
Le procédé des "oraux écrits" me semble, même s'il n'est pas parfait, moins mauvais en tout cas.
bien cordialement,
Ecrit par : Portais Grégory | 11.08.2006
Je voudrais dire à titre indicatif que lorsque j'ai effectué ma première année de droit l'an dernier à Evry, je cotoyais dans notre amphi plusieurs étudiants venant de plusieurs filières: E.S, S pour la majorité mais aussi pas mal en STT mais aussi de STI!
Nous avons tous plus ou moins facilement étudier les cours tout au long de l'année, chacun ne rencontrant de difficultées qu'en fonction de la masse de travail qu'il fournissait...
Au final, il y'a des gens qui valident leur année, d'autre qui sont ajournés; mes camarades venant du bac STT et STI l'ayant validé!Et ils ne sont pas rares.
Tous ça pour dire que le fait que "les titulaires des baccalauréats technologiques et professionnels (lesquels n’ont d’ailleurs pas pour objet de mener à des études dans les facultés de droit) échouent très massivement (parfois, tous !) dès le début des études supérieures juridiques" n'est pas un fait mais je dirais une généralisation pessimiste voire négative à leur égard.
Il est vrai que la formation d'un bachelier issu d'un bac général est différente de celui issu d'un bac technologique, la différence résidant dans le fait que le premier est plus general (si si sans blague!) que le second est plus spécialisé dans un domaine...
Bref, je dis juste qu'instaurer une sélection n'est pour moi pas une très bonne idée, les bacheliers technologique n'ayant pas eu la formation nessecaire au cours de leur année de terminal pour s'y préparer... mais se dotant tout de même pour certains de motivation et de détermination pour des études superieures juridiques,chose que les bacheliers generaux n'ont pas tous; car pour moi,en droit, ceux ne sont pas les plus intelligents qui réussissent mais les moins fainéants.
Bien sur, mon commentaire n'est pas une généralité mais juste un détail de ce qui peut exister chez les étudiants d'Evry comme d'ailleurs.
Voilà c'est tout ce que je voulais dire.
A bientot!
Une dernière chose étant donné que je suis ici, je lance un petit bonjour au professeur Rolin, juste comme ça! :-)
Ecrit par : Jacques Coeur | 13.08.2006
"cela n'emporte pas mon adhésion"
Pourquoi ?
Ecrit par : Apokrif | 14.08.2006
Lorsque l'on est issu d'une filière technique ou professionnelle, on n'a ni les bases ni la formation pour s'engager dans un processus universitaire, quelque soit le cursus. Ceux qui disent le contraire n'ont jamais été chargé de td en 1° et 2° années!
La massification du baccalauréat a conduit à une baisse du niveau général à l'entrée à la fac. Le phénomène s'observe maintenant aussi en 1° cycle, où la généralisation de modalités d'examen du type QCM ou oraux écrits sont une catastrophe pour le niveau. Tout çà parce que l'explosion des effectifs rend impossible l'organisation d'épreuves dans des modalités normales.
J'ai eu des étudiants à moitié analphabètes qui "débarquaient" en 1° année, sans vraiment savoir pourquoi (certains demandent au personnel du service d'inscription de choisir leur filière le jour de leur inscription!!! en général, çà se joue entre anglais et droit!!!).
Certains sont aujourd'hui en licence et ne savent toujours pas ce qu'ils font là !!! C'est une catastrophe pour eux, qui n'ont aucun avenir malgré les diplomes, mais aussi pour leurs camarades normalement doués (et je ne parle pas des réellement brillants) dont la qualification est totalement dévalorisée!
Qu'on arrête de dire qu'un bachelier pro ou technique a sa place en Droit, là où l'expression et la culture gé sont essentielles.
Pour le sentiment de Jacques Coeur, je suis désolé de vous le dire, mais ce n'est pas la quantité de travail fourni qui fait la qualité du juriste! Le droit est certes de plus en plus compliqué mais c'est l'assimilation d'un mécanisme intellectuel et logique qui fera la capacité de manipulation des informations que reçoit le juriste.
Comme le répète toujours à ses étudiants le doyen de la Fac de Montpellier, le droit c'est un 1/3 de savoir, 1/3 de savoir-faire et 1/3 de faire-savoir!!! On se fiche que vous soyez capable de vous empiffrer de connaissances pour l'examen que vous oublierez dans la semaine qui les suivra! La complexification du droit notée par MC93 en est une justification supplémentaire! On ne veut pas seulement de disques dur de grosse capacité, mais d'excellents processeurs. Or, les filières générales sont les seules filières à en produire (ou à en accompagner) réellement. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas en STT par exemple, mais c'est par le biais d'une sorte d'examen d'entrée à la fac que ceux ci devraient pouvoir sauter le pas.
Par ailleurs, les étudiants des filières non générales ont souvent des lacunes en expression (écrite et orale). Ce n'est pas une marque de mépris de le dire car ce n'est pas une compétence sur laquelle est axée la formation proposée par ses filières, mais en droit c'est une base essentielle! A quoi cela sert-il de connaitre son cours par coeur si vous ne le comprenez pas et que vous n'êtes pas capables de vous faire comprendre quand vous l'appliquez ?
Cela dit, la sélection à l'entrée en DEUG est une bonne chose, mais elle ne doit pas atteindre l'extrême des écoles de commerce par exemple. Etre issu d'un bac général, avec un niveau respectable en langues et dans les matières connexes au droit (histoire, géo, économie si l'on en a fait), c'est tout ce que l'on demande. La maîtrise de la langue française n'a même pas à être précisée tant elle parait évidente. Le fait d'avoir eu son bac avec mention importe peu par contre, ou d'avoir eu les félicitations à chaque trimestre. Beaucoup de potentiels se révèlent réellement dans les études supérieures grâce à l'approche universitaire, plus responsabilisante, plus adulte, plus respectueuse de l'autonomie de l'étudiant. Mais il faut quand même les bases!
On se cache derrière notre démagogie pour occuper des jeunes à qui on a pa pu proposer un autre horizon, faute de moyens mis dans les filières techniques d'une part, mais aussi et surtout en raison d'un profond mépris du corps enseignant du 2ndaire pour les filières "non-générales" qui sont stigmatisées et dévalorisées. Certaines sections techniciens supérieurs ont été fermées dans des lycées, faute de candidats, alors que le milieu professionnel en était demandeur!!!
Qu'on arrête le massacre du 2ndaire, parce qu'il n'est pas trop tard (encore qu'avec les syndicats de profs...) pour sauver l'université d'un massacre annoncé, parce qu'il est encore temps (encore qu'avec les "syndicats" étudiants...).
Ecrit par : Philos.974 | 15.08.2006
A l'attention de Philos 974:
Cher Monsieur,
Je viens de lire votre note et votre style dénote un certain agacement de votre part. Vous nous sortez là votre "O tempora O Mores" tel Cicéron dans ses catilinaires (première catilinaire, deuxième paragraphe), mais vous n'avez ni la matière ni le style. J'ignore si la remarque préliminaire était à mon attention, mais si tel est le cas, le manque de clairvoyance est un des caractères évident de votre note. Au surplus, je suis toujours plein d'admiration pour les personnes qui prennent soin de signer... par un pseudo.
Je pense que vous êtes chargé de TD, il n'y a pas de doute. Je pense également que vous n'avez aucune expérience professionnelle, il n'y a pas de doute non plus dans mon esprit. Vous croyez en la vertu de l'enseignement supérieur comme facteur de formation d'une élite et vous regrettez, comme je l'ai fait au départ -je le confesse, la baisse du niveau. Mais quelles portes ouvertes souhaitez vous encore enfoncer? La crise de l'orthographe et de l'expression? La marche vers la fin de l'université?
Je regrette très sincèrement votre ton à l'égard des étudiants issus des filières technologiques. Je ne crois pas qu'un approche aussi systématique puisse être porteuse. Croyez vous que je sois inquiet d'un salarié qui n'a pas les diplômes mais qui fait le job? Ce que vous souhaitez offrir, ou plutôt former, ce sont des étudiants modèles. Ce n'est peut-être plus ce que nous attendons. L'université avec toute sa rigueur devra le comprendre, un jour ou l'autre. C'est pour cette raison que j'avais formulé ces quelques propositions sur lesquelles, sur le fond, vous ne revenez pas.
Sincères salutations,
GP
A l'attention d'Apokriff:
Cher Monsieur,
Je suis contre les QCM pour un examen terminal, pour la raison suivante: c'est "vive la chance"! Lorsque vous arrivez à un oral, l'enseignant vous pose une question sur laquelle vous devez disserter et ensuite, il vous pose des "petites questions" annexes. Là, je peux voir comment vous réfléchissez, pourquoi vous avez raison et pourquoi vous avez tort. Relisez Platon: ce qui importe, ce n'est pas la solution à laquelle on arrive, c'est le procédé qui est employé (d'où la forme des dialogues!). En cela, je rejoins Philos.974 - sur ce point seulement, j'insiste- à savoir que le droit n'est pas qu'un vaste programme de bourrage de crâne avec des enseignants ayant vocation à jouer les pères fouettards... Notre rôle devrait - car pour le moment, ce ne l'est pas - etre celui de coach... Mais là, j'ouvre une porte vers ce démon que l'on appelle le libéralisme... bouhhhhhhh pas de ça chez nous!
Bien à vous,
GP
Ecrit par : Portais Grégory | 15.08.2006
"J'ignore si la remarque préliminaire était à mon attention, mais si tel est le cas, le manque de clairvoyance est un des caractères évident de votre note." Vous devriez sans aucun doute relire ma note, mais votre mépris à l'égard de mon opinion révèle certaines lacunes dans cet exercice. Je ne m'adressais pas à vous, vos propositions me semblaient trop creuses et votre ton suffisant pour que je perde mon temps à vous répondre.
"Je pense également que vous n'avez aucune expérience professionnelle, il n'y a pas de doute non plus dans mon esprit." Je vais là aussi vous décevoir mais le monde de l'entreprise, puisque je suppose que c'est ce dont vous parlez (j'ignorais que l'enseignement à la Faculté ne constituait pas une expérience professionnelle), ne m'est pas inconnu. Non seulement j'y ai déjà travaillé, mais je suis issu d'une famille d'entrepreneurs, ce qui me fait doucement rigoler à la lecture de votre propos.
Quant à mon "expérience" pédagogique, fort réduite j'en conviens (que sont 5 années de TD et cours magistraux à la place de son directeur de thèse face à votre science ?), j'ai l'outrecuidance de croire qu'elle me permet d'avoir un point de vue sur le sujet.
Partant de là, exprimer une idée aussi méprisable que "la filière technique n'a pas vocation à conduire à des études universitaires" a sans aucun doute pu choquer l'humaniste pragmatique que vous êtes.
Je n'ai jamais posé une hiérarchie entre les individus dans mon propos, les autres voies que l'université sont aussi difficiles et respectables. La question n'est pas là ! Lorsqu'on a pris allemand en 1° langue, part-on en Italie en voyage linguistique ? Je ne crois pas. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'ai de nombreux amis issus de filières techniques, beaucoup sont aujourd'hui dans de bien meilleures situations sociales que celle du pitoyable ATER que je suis. Ils ont eu le mérite de ne pas céder aux sirènes de la Faculté, en s'engageant dans des filières qui étaient la continuation logique de leur cursus scolaire. Aujourd'hui, certains ont leur entreprise, ont des postes à responsabilités, d'autres sont même devenus enseignants dans le 2ndaire et gagnent 2 fois ce que je gagne!
La filière secondaire générale a vocation à conduire aux études universitaires, la filière technique à des études courtes, la filière professionnelle à une activité professionnelle rapide, est-ce criminel de le rappeler ? Je me suis également permis d'admettre que les passerelles peuvent exister à condition qu'elles ne soient pas complaisantes, avec un examen de passage par exemple, comme je l'ai proposé mais cela vous a semble-t-il échappé.
Quant à ma remarque sur les « processeurs » et les « disques durs », elle ne visait nullement là encore à dénigrer les étudiants des filières technologiques, mais à critiquer cette vieille croyance selon laquelle le droit se résumerait à « apprendre par cœur le code civil ». Elle s’adressait donc à tous les étudiants.
"Au surplus, je suis toujours plein d'admiration pour les personnes qui prennent soin de signer... par un pseudo. " Là dessus, je plaide coupable, mais en toute bonne foi. J'ai rempli le formulaire du blog en y insérant mon e-mail, comme vous je le suppose, en croyant que cela serait retranscrit. J'ai en effet pour habitude de signer mon activité d'internaute de ce pseudo, qui vous inspire sans doute le plus profond dégout, sans pour autant qu'il me permette de me cacher. Mes étudiants ou mon directeur de thèse par exemple, me reconnaissent sous ce pseudo, qui me permet néanmoins de me préserver des foudres d'autres enseignants envers lesquels je dois déférence en raison de ma grande précarité, comme vous l'avez si bien dit dans votre première note.
Respectueusement.
Philos.974
Ecrit par : Philos.974 | 16.08.2006
Sur www.lefigaro.fr en date du 3 octobre 2006 on peut lire un dossier sur "La France malade de ses universités". Il s'agit d'une série de six articles répondant aux titres suivants:
1- La France malade de ses universités
2- Mettre en place des filières pro dès la 3ème
3- Instaurer la sélection à l'entrée de l'université
4- Doter les campus d'une autonomie financière
5- Se rapprocher du monde du travail
6- Nouer des partenariats avec les entreprises.
Ces billets sont majoritairement faits de citations. Parfois, ils n'indiquent pas la fonction de l'auteur des propos. Ainsi l'article "Mettre en place des filières pro dès la 3ème" compile-t-il les propos de Jean-Paul Brighelli, sans indiquer de qui il s'agit.
Pour celui qui s'intéresse déjà au dossier de l'avenir des facultés de droit, ce dossier n'apporte pas grand chose de nouveau. Les propos rapportés sont ceux des mêmes personnalités: Yannick Vallée, premier vice-président de la conférence des présidents d'universités; Patrick Hetzel, président de la commission sur le débat université-emploi; ou encore Jean-Robert Pitte, que le journal désigne comme le "patron" de la Sorbonne.
C'est surtout le même ton déprimant, qui qualifie en chiffres et en épithètes crus tout ce que l'université peut connaître de difficultés et d'échecs. A vrai dire, les propos réunis dans les pages du Figaro ont en commun d'être des "coups de gueule", de sorte qu'après la lecture du dossier, j'ai dû puiser loin en moi les raisons pour lesquelles j'aime mon métier d'enseignant et de chercheur en droit.
J'aime ce métier parce qu'il regorge de possibilités. Une autre raison est venue après quelque temps de pratique de l'enseignement. Mon expérience est que les étudiants VEULENT étudier, apprendre, et progresser. La route est encore longue pour satisfaire leur faim, et il reste encore une infinité de modules à créer pour que notre université devienne un lieu d'innovation et de bouillonnement.
Personnellement je vois encore deux pistes à explorer qui ne sont pas citées dans le Figaro ou ailleurs:
- Attirer et retenir davantage d'étudiants internationaux dans les facultés de droit, en créant des programmes où des cours peuvent être dispensés dans plusieurs langues européennes. La faculté de droit d'Helsinki est un modèle de réussite en ce sens. Leurs inscriptions ont considérablement crû grâce aux étudiants internationaux et aux étudiants nationaux. Ces derniers ont finalement vu dans leur fac de droit un lieu moins terne, plus vivant, et plus visible aux yeux de tous.
- Créer des programmes de droit qui attirent les professionnels en milieu de carrière. Dans d'autres pays, on retourne à l'université pour se remettre à jour et se refaire un réseau. Je ne vois pas pourquoi nos professeurs de droit seraient incapables d'enseigner quoi que ce soit à un praticien, d'autant que de nombreux professeurs consultent par ailleurs. Je vois mieux, en revanche, comment un cabinet d'avocat serait amené à investir sur la construction d'un local confortable et équipé où des avocats d'autres cabinets viendraient suivre leur formation, en sachant quel est le celui qui a investi sur les locaux.
Au final, on a soit les résultats qu'on veut, soit les raisons pour lesquelles on ne les a pas.
Clairement, le dossier du Figaro nous donne 36 raisons pour lesquelles on n'a pas une université de droit rayonnante. À chacun de choisir s'il est plus doux d'avoir les raisons du statu quo, ce qui nous déresponsabilise gentiment, ou s'il est plus louable d'obtenir les résultats que nous prétendons servir. Aucun journal ne peut faire ce choix pour nous.
Ecrit par : D4 | 03.10.2006
un rapport qui vise une fois de plus à faire du Droit un Domaine VIP...Je déplore cet état d'esprit. Il est idiot de dire que les bons élèves du lycée seront de bons jurists et vice verca. Certes le droit semble toujours être un domaine scolaire dans lequel le "par coeur" est la clé de la reussite...Mais le "par coeur" est accessible à tous même dès l'enfance. et ce n'est pas cela qui fait d'un éléve un futur bon jurist.
Quelle sottise de vouloir faire du droit une boite reservée à une élite!!Au lieu de parler pour ne rien dire il faudrait déjà se pencher sur le problème de l'éducation national car c'est elle le problème. et au lieu de descriditer les filièrespro faudrait peut être penser à les valoriser!Ce n'est pas non plus en mettant en place des "concours d'entrée" que tout changera...
="Vous êtes l'élite de la France, nous avons une lignée à préserver, ne nous décevez pas!" voila ce que l'on peut entendre du doyen de l'université d'assas (Paris II)
Je pense que nous devrions dès la première crée une filière D au côté de celle que l'on nomme L, S et ES...
La lutte des filières n'est pas près de s'achever...
Ecrit par : ex cours du mercro aprèm | 23.12.2006




