10.07.2006

Pour une réforme du régime des « 500 signatures »


Chaque début de campagne pour l’élection présidentielle voit reparaître le même débat. La nécessité de recueillir 500 signatures de « parrains » afin de pouvoir être candidat, constituerait une atteinte à la liberté de candidature qui est un des principes fondamentaux de notre ordre démocratique. Et chaque candidat y va de sa stratégie. Les candidats soutenus par des partis installés en recueillant plus de signatures que de besoin, les autres en multipliant les démarchages, les « pré-signatures » les déclarations. Sans compter les stratégies plus biaisées, comme celle consistant à aider un petit candidat d’un camp politique opposé, pour susciter de la concurrence au sein de celui-ci. Les résultats sont contrastés : tel candidat d’un petit parti qui bénéficie d’élus locaux ou d’un réseau de militants motivés pourra présenter un candidat alors que tel autre parti, qui a essentiellement une audience nationale ou tel candidat individuel, ne trouvera pas les soutiens nécessaires.

 

Evidemment, tout cela n’est ni très esthétique ni de nature à favoriser la revalorisation du politique, tant il est vrai que dans cette affaire la démocratie peut paraître « confisquée » au profit des courants dominants. Et pourtant. Les critiques que l’on fait à cette procédure sont elle véritablement justifiées ? Rien n’est moins sûr. L’élection d’une seule personne, sur une circonscription unique à l’échelle nationale suppose nécessairement d’établir des processus de sélection des candidats. Il est en effet dans la nature des choses qu’une élection de ce type suscite une multiplicité de candidatures, qui, sans qu’on ait à juger de leur degré de sérieux rende la procédure électorale ingérable et, au total affecte le caractère démocratique du scrutin.

 

Il suffit pour s’en persuader de faire un tour d’horizon des pays qui pratiquent l’élection au suffrage universel du chef de l’Etat : dans la quasi totalité de ceux-ci, des procédures constitutionnelles ont été établies à cette fin, ou bien ce sont imposées par la force des choses. C’est le cas au Portugal, en Finlande, en Irlande, ou encore dans les nouvelles démocraties d’Europe de l’Est, comme en Pologne, en Roumanie ou en Lituanie, pour ne citer que quelques exemples que nous avons pu recenser. C’est également le cas, aux Etats-Unis, au travers du système des primaires qui, s’il n’est pas imposé constitutionnellement, est une pratique constante qui conduit à ce que l’élection présidentielle se déroule en règle générale entre 3 ou 4 candidats, dont deux représentent l’essentiel des forces politiques du pays. Il n’est guère que la Corée du Sud, et l’Argentine pour s’affranchir de ce mécanisme de sélection des candidatures. Il ne faut donc pas s’illusionner sur la possibilité d’établir une véritable liberté de candidature. C’est celle-ci n’est ni satisfaisante ni souhaitable. Il reste que le constat de ce principe généralisé des procédés de sélection des candidatures n’est pas à soi seul de nature à justifier le système français. Celui-ci pose en particulier une question fondamentale : comment accepter que l’essentiel des parrainages soit le fait d’élus locaux ?

 

Lorsqu’on examine les régimes étrangers, on se rend compte que trois systèmes différents sont envisagés. D’abord, un système que l’on peut qualifier de « populaire » qui fait reposer la sélection des candidats sur la présentation par un certain nombre d’électeurs : 100.000 en Pologne, 7500 au Portugal, 20.000 en Lituanie. Ensuite, un système « partisan » qui donne aux formations politiques un rôle important. Au Brésil, les candidats doivent être présentés par un parti, en Finlande, par les partis qui ont obtenu au moins un député au cours des élections législatives précédentes. Enfin, on trouve des systèmes mixtes. C’est le cas, encore une fois en Finlande ou, en plus des partis politiques, une présentation populaire est envisagée, ou en Irlande où la présentation politique est doublée d’une possibilité de présentation par des élus locaux. Les leçons de ce tour d’horizon constitutionnel ne sont guère difficile à tirer : il est dans la logique de l’élection présidentielle au suffrage universel direct d’être structurée à la fois par l’expression populaire et par l’organisation des formations politiques, il y a donc une logique évidente à ce que, au stade de la sélection des candidatures, à ce que ces mêmes logiques soient mises en oeuvre. L’étrangeté et le caractère isolé du système français apparaît alors avec une singulière évidence : quelle est la justification de ce pouvoir donné aux élus essentiellement locaux, compte tenu de leur importance quantitative dans le nombre des parrains susceptibles d’être sollicités.

Disons le nettement, il n’existe aucune justification politiquement et constitutionnellement acceptable. Ce choix, a tout d’un choix par défaut. Lorsqu’en 1962, au cours de la rédaction de la révision de la Constitution et des lois organiques qui l’ont complétée, la question de la sélection des candidatures a été posée, le Général de Gaulle, comme Michel Debré, ont avant tout voulu éviter le risque de retour à un « régime des partis » qui aurait été favorisé par la maîtrise partisane de cette sélection. Et le choix de confier ce pouvoir aux élus locaux, est alors apparu comme le seul substitut envisageable, selon la même logique qui confiait le soin d’élire le Président de la République, avant la réforme de 1962, à un collège composé essentiellement d’élus locaux. Mais en 1962, le nombre de ces parrainages était limité à 100, le Général de Gaulle ayant expressément refusé de le porter à un nombre plus important malgré la sollicitation de Georges Pompidou : « est-ce que la démocratie ce n’est pas, précisément, que tout le monde puisse se présenter à une élection ? le Peuple fera le tri », selon la citation rapportée par A. Peyrefitte, dans C’était de Gaulle, (T.1).Aussi, cette procédure de parrainage jouait un rôle marginal, n’entravant que les candidatures purement fantaisistes.

Depuis qu’en 1976, le nombre de parrains a été porté à 500 sa portée est devenu très différente : elle est aujourd’hui un véritable obstacle à la candidature, obstacle remis à un pouvoir local qui n’a aucune légitimité particulière pour jouer ce rôle. A cela s'ajoute que ses modalités particulières de mise en oeuvre conduisent à de nombreuses dérives : pression sur les élus pour qu'ils n'accordent pas leur parrainage à un candidat potentiellement dangereux (parfois assorti de chantage à l'investiture pour de prochaines élections), ou situation inverse : parrainage de candidats du camp opposé pour tenter de favoriser la dispersion des voix, ou encore : "asséchement" des parrains potentiels, en demandant aux élus des grands partis de tous apporter leur soutien au candidat que ce parti a investi. 

 

C’est la raison pour laquelle une réforme s’impose.

 

Elle est d'ailleurs demandée par un certain nombre de parlementaires. Ainsi, M. Jean-Louis Masson a déposé en ce sens une proposition de loi organique.  Cette réforme ne doit pas avoir pour but de supprimer toute procédure de sélection mais de la rendre cohérente. A cet égard, il faut éviter la tentation (qui figure en filigrane dans la proposition sus-mentionnée) de simplement augmenter le nombre des parrains. Les manoeuvres précédemment évoquées ne s'en trouveraient qu'augmentées, et l'illogisme du système conforté. Mais il faut en revanche faire un choix qui repose sur une réflexion institutionnelle : si l’on admet que notre régime, à l’instar de nombre de ceux qui procédent également à l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, est tendanciellement un régime parlementaire, alors, on peut envisager de confier aux partis politiques, le soin de présenter des candidats. Si l’on considère au contraire que le régime français conserve une orientation présidentielle qui lui est propre alors la présentation populaire se justifie. Et on peut enfin tout aussi bien concevoir que le caractère mixte de notre système justifie, comme en Finlande, une procédure mixte et alternative, permettant aux partis et aux électeurs de jouer concurremment ce rôle. Il ne nous appartient pas de prendre parti dans ce débat, dont nous souhaitons simplement qu’il ait lieu. Tout, ensuite, sera affaire de seuils et de modalités techniques mais l’essentiel aujourd’hui, est d’en terminer avec cette forme d’arbitraire local et de mettre en adéquation la procédure de sélection des candidats pour l’élection présidentielle avec l’esprit que l’on prête à nos institutions.

Commentaires

La règle actuelle peut évidemment être réformée, néanmoins, comme vous le constatez vous-même, elle a sa justification et il faudra donc bien la remplacer par autre chose, ce qui engendrera nécessairement d'autres effets pervers de la part des candidats à la candidature...

Comme vous le savez par ailleurs, cette règle actuelle ne limite pas l'obligation au recueil des 500 "parainages" mais exige en outre que ces 500 émanent d'au moins 30 départements sans qu'un département puisse représenter à lui-seul plus de 10 % de ces signatures. Cet aspect me semble essentiel en ce qu'il permet d'éviter les candidatures trop "territoriales". Quel que soit le nouveau dispositif, il me semble qu'il faudrait le préserver.

Enfin, je me demande si le plus simple, au 21ème siècle, ne serait pas purement et simplement de demander directement aux citoyens de "parrainer" directement les candidats ?

Ecrit par : Cacambo | 10.07.2006

Que les citoyens parrainent les candidats, qu'à cela ne tienne ! Le mécanisme est intéressant. Il renvoie au moins au principe de démocratie directe qu'illustre l'élection présidentielle.

Mais, techniquement, même si vous ne soulevez pas la question (vous réservez-vous? - à vous lire habituellement, on saurait le croire volontiers), il faut observer que le système du "parrainage populaire" serait extrêmement hardu à organiser malgré son apparente simplicité. Quelques questions (dans le désordre):
- comment contrôler qu'un citoyen n'ira pas signer un parrainage à droite et à gauche (au sens propre comme au sens figuré)?
- l'existence d'un tel contrôle ne supposerait-il pas une extension de la compétence contentieuse du Conseil constitutionnel? Certes, ce contrôle existe déjà puisque c'est le Conseil qui autorise les candidatures. A tout le moins, il suppose une extension des moyens pour le réaliser.
- comment organiser la campagne de parrainage?
- en particulier, pour approfondir la question précédente, comment assurer l'égalité, notamment l'égalité financière, entre les candidats?
* Peut-on appliquer les règles du code électoral qui ont permis la moralité de la vie politique?
* Doit-on imposer à un candidat venu de la "société civile" (pour faire simple) les règles de constitution d'une association de financement électorale?
* Petit cas pratique dans l'air du temps: imaginons une entreprise qui gèrerait un club de football de L1 (qq dizaines de millions de ch. d'affaires par an). Peut-on imaginer qu'elle décide promouvoir auprès de ses fidèles la candidature de sieur Z. (au hasard)? Quel impact sur les citoyens en ces temps d'idolâtrie footballistique? L'argent fera-t-il la pré-campagne?
* Plus sérieusement, les dépenses comptabilisées pour l'obtention des parrainages seront-elles comprises dans les comptes de campagne des candidats?
* Et l'on voit ici encore le risque d'inégalité entre les candidats: d'une part, les candidats des parties qui n'ont qu'à s'adresser à leurs militants pour obtenir les parrainages requis ; d'autre part, les autres, condamnés à la rue pour démarcher leurs parrains.
* Et pourquoi alors ne pas interdire que les militants parrainnent les candidats des partis auxquels ils appartiennent? Peut-être parce que cela porterait atteinte à la liberté d'association...

Bref, il y a beaucoup à dire. Et, à part ça, je serai plutôt favorable au "parrainage populaire"..., ne serait-ce que pour en finir avec un système qui nous renvoie à l'élection présidentielle du président de la Ve République modèle 1958-1962.

Bien cordialement,

FL

Ecrit par : Frederic Laurie | 10.07.2006

Je vous accorde volontier que je suis pudiquement passé sur les problèmes pratiques soulevés par ma proposition... pour ne pas allonger inutilement mon billet et parce que, il faut bien reconnaître, je n'avais pas vu tous ceux que vous mentionnez.
Il me semble qu'on doit pouvoir trouver des réponses satisfaisantes en ce qui concerne les difficultés techniques (qui étaient celles auxquelles j'avais spontanément pensé). Je ne suis pas spécialiste de ces questions, mais le problème est-il si différent de celui de "l'initiative populaire" qui avait été envisagée dans le cadre de la morte-née constitution européenne ? (je crois me souvenir que la barre avait été fixée à 1 milion de signatures)... A l'ère de l'administration électronique, on doit pouvoir sans doute trouver une solution, au moins à terme.
Beaucoup d'autres difficultés (organisation de la "campagne" de recueil de signatures, financement, etc.) sont réelles mais inhérentes à l'exercice. Tout système a ses inconvénients. Et ses avantages. sur ces derniers, je suis d'accord avec vous sur le fait que celà permettrait d'en finir avec un schéma qui participe de "la République des notables". Je pense également que c'est également un peu dans l'air du temps et que l'intermédiation entre les citoyens et les politiques n'est plus nécessairement aussi utile qu'autrefois à l'ère d'internet et ... des blogs (poltiques).
Cordialement

Ecrit par : Cacambo | 10.07.2006

Le débat sur cette question mérite en effet d'être ouvert. Il l'est désormais, du moins sur cet espace d'expression...

Il est vrai que les formules d'investiture présentées ont chacunes leurs avantages et leurs inconvénients.

Néanmoins, le système actuel paraît relativement biaisé, dans la mesure où les grands partis, qui ont par définition une "force de frappe plutôt développée", peuvent "éventuèllement être tentés", de récolter un nombre de signatures nettement supérieur au seuil exigé, afin de tarir quelque peu le vivier de parrainages disponibles.

D'autre part, les combinaisons envisagées, et mises en pratique, par les deux grands partis, pour "aider" des partis extèmes, afin de "gêner" le grand parti adverse, en terme de parrainnages ou de voies éventuelles ne constitue pas une dérive de la pratique constitutionnelle?

En tout état de cause, le système, en vigueur, des 500 signatures, semble constituer un frein au renouvellement politique. Faut il laisser les électeurs décider du candidat pour lequel ils aurront à voter? (sic). Faut il laisser ce soin aux militants des partis? Faut-il inventer un système hybride comme la France en a le secret?

Ces question restent posées, le seront vraisemblablement pour un bon bout de temps encore, et moi, modeste étudiant de 1ère année à Evry qui n' a pas encore reçu ses résultats (comme les autres), continuerai de me questionner sur le sujet de la démocratie effective dans la Vème République...

Ecrit par : Un Etudinat de 1ere année à Evry | 10.07.2006

PS: Ma candeur en matière constitutionnelle pourraît bien m'attirer les foudres des commentateurs initiés: on me pardonnera le fait de n'être un étudiant en 1ère année et, on me gratifiera d'explications et de commentaires éclarés qui, je le souhaite, me seront utiles par la suite...

Ecrit par : Un Etudiant de 1ere année à Evry | 10.07.2006

à noter que, d'une certaine manière, le PS a anticipé cette réforme en prenant, lors du dernier congrès du Mans, une décision par laquelle "tout candidat (à la candidature PS à la présidentielle) doit être agréé par 30 membres titulaires du Conseil National ou 1er Secrétaires Fédéraux." (ce qui réserve en pratique toute possible investiture PS à un éléphant du Parti).

L'avenir dira si ce verrouillage leur portera chance.

Ecrit par : Pitr | 13.07.2006

En ce qui me concerne je ne suis pas sur le principe opposé à ce système de signatures.
Il y a néanmoins 2 dispositions liées qui me semblent illégitimes et sujettes à de nombreuses dérives.

Le fait que chaque élu ne puisse pas considérer plusieurs personnes comme dignes de se présenter aux élections.

Qu’un don de signature ne puisse pas être validée immédiatement et qu’il faille attendre 2 semaines avant les élections pour savoir ce qu’il en est.

Ecrit par : L'ami du laissez-faire | 13.07.2006

Ne perdons pas de vue que l'exigence des 500 signatures a pour objectif d'écarter les candidatures fantaisistes ou dangereuses pour l'unité du pays. Aujourd'hui, le problème concret porte un nom: Jean-Marie Le Pen. Il me semble vain d'évoquer ces questions sans les lier à la question principale: celle de la candidature de Jean-Marie Le Pen au regard de la précédente élection présidentielle. Tout le reste n'est qu'hypocrisie.

Ecrit par : Morès | 21.07.2006

Morés, comment peut on mépriser l'electeur à ce point. Comment pouvez vous vous arroger le droit de décider qui ou non doit être un quandidat.
Qu'il s'agisse de le Pen ou Besancenot (pour être presque exaustifs) c'est aux français de dire si oui ou non ils en veulent.
La seul raison d'être de ce prés premier tour électoral et pour moi technique. Comment ne pas avoir 50,500,5000 piles de bultins de votes aux élections.

Ecrit par : L'ami du laissez-faire | 23.07.2006

Pour donner raison à L'ami du laissez-faire, je dirais qu'il me semble, à moi, que le mécanisme des 500 signatures est un dispositif technique nécessaire (outre l'utilisation qui peut en être faite) dans le système electoral Présidentiel que nous subissons .

Il est sensé permettre,selon moi, dans une élection au scrutin uninominal à deux tours, de ménager un "relative clarté" au premier tour, en ce sens que , pour donner cette fois raison à Morès, il s'agit d'opérer une première selection.

Ce concept ne vaut évidemment pas pour nos deux grands partis, qui entendent organiser des "primaires à la française".

Au delà, il est vrai que certaines personnalités mériteraient au moins de pouvoir se présenter au premier tour, dans le respect de la pluralité.

Au total, je dirrais qu'il n'est pas illégitime qu'il existe un mécanisme de sélection des candidats à la Présidentielle, pour autant qu'on n'en abuse pas, et qu'il ne soit pas lui-même abusif...

Je laisse aux constitutionnalistes le soin de cerner de façon conçise, quels usages pourraient être déclarés abusifs de ce système, et en quoi ce même mécanisme pourrait se révèler abusif.

Mon petit doigt fera le reste, pour ce qui relève de mon opinion propre.

Ecrit par : Un Etudiant de 1ere année | 03.08.2006

Une bonne façon de ne plus s'embêter avec ces 500 signatures et ses dérives est de supprimer la présidentielle et de passer à la sixième république parlementaire. on arrêtera alors de focaliser sur la personnalisation de la politique pour enfin juger sur les idées.

Ecrit par : enzo d'aviolo | 07.08.2006

Sans aller jusqu'à la suppression de la présidentielle, comme le suggère enzo d'aviolo, mon opinion s'en rapproche : à savoir, le problème n'est pas tant dans la question de la sélection des candidats que dans la logique du système institutionnel.

Nous savons que pour beaucoup de partis, notamment ceux qui aspirent à intégrer une éventuelle coalition majoritaire (Verts, PC, UDF?), la présence au premier tour de la présidentielle est un impératif, dont le but est de mesurer son poids électoral et ainsi de formuler des exigences dans les futures négociations au sein de la majorité. De ce fait, la situation devient ubuesque, à mon sens, car le but de cette élection est pour la grande majorité des candidats de s'étalonner et non d'être élu. Le seuil record des 16 candidats de 2002 sera peut-être dépassé l'an prochain, et cela contribue à l'émiettement de la représentation politique. De manière paradoxale, cette élection présidentielle qui a contribué à bipolariser la vie politique française est en passe de faire revivre le multipartisme. Cela pose également un problème de légitimité quand le président élu ne représente que moins de 20% de l'électorat au premier tour (même si je ne nie pas que la multiplication des candidatures puisse ne pas être la seule cause de cette situation).

La solution ne serait-elle pas, dès lors, de redonner une place prééminente aux élections législatives, que la présidentielle soit supprimée ou non ? Je regrette profondément l'inversion du calendrier électoral en 2002. Il est d'ailleurs inévitable, avec cette organisation et le quinquennat, que la campagne des législatives soit si pauvre du point de vue du débat politique, la seule question posée par les partis (notamment, de manière logique, celui du président nouvellement élu) étant la concordance des "majorités" présidentielle et parlementaire. En tout état de cause, il n'est pas certain que la situation des IIIe et IVe Républiques se reproduise, avec des majorités introuvables. Il n'y a qu'à voir le résultat des législatives organisées une autre année que la présidentielle sous la Ve, et le gouvernement dont la majorité était la moins solide, sauf erreur de ma part, était issu d'une double élection présidentielle et législative (1988).

Ecrit par : MT | 14.08.2006

Sans aller jusqu'à la suppression de la présidentielle, comme le suggère enzo d'aviolo, mon opinion s'en rapproche : à savoir, le problème n'est pas tant dans la question de la sélection des candidats que dans la logique du système institutionnel.

Nous savons que pour beaucoup de partis, notamment ceux qui aspirent à intégrer une éventuelle coalition majoritaire (Verts, PC, UDF?), la présence au premier tour de la présidentielle est un impératif, dont le but est de mesurer son poids électoral et ainsi de formuler des exigences dans les futures négociations au sein de la majorité. De ce fait, la situation devient ubuesque, à mon sens, car le but de cette élection est pour la grande majorité des candidats de s'étalonner et non d'être élu. Le seuil record des 16 candidats de 2002 sera peut-être dépassé l'an prochain, et cela contribue à l'émiettement de la représentation politique. De manière paradoxale, cette élection présidentielle qui a contribué à bipolariser la vie politique française est en passe de faire revivre le multipartisme. Cela pose également un problème de légitimité quand le président élu ne représente que moins de 20% de l'électorat au premier tour (même si je ne nie pas que la multiplication des candidatures puisse ne pas être la seule cause de cette situation).

La solution ne serait-elle pas, dès lors, de redonner une place prééminente aux élections législatives, que la présidentielle soit supprimée ou non ? Je regrette profondément l'inversion du calendrier électoral en 2002. Il est d'ailleurs inévitable, avec cette organisation et le quinquennat, que la campagne des législatives soit si pauvre du point de vue du débat politique, la seule question posée par les partis (notamment, de manière logique, celui du président nouvellement élu) étant la concordance des "majorités" présidentielle et parlementaire. En tout état de cause, il n'est pas certain que la situation des IIIe et IVe Républiques se reproduise, avec des majorités introuvables. Il n'y a qu'à voir le résultat des législatives organisées une autre année que la présidentielle sous la Ve, et le gouvernement dont la majorité était la moins solide, sauf erreur de ma part, était issu d'une double élection présidentielle et législative (1988).

Ecrit par : MT | 14.08.2006

Pardon pour avoir posté mon message deux fois, j'ai fait une erreur de manipulation...

Ecrit par : MT | 14.08.2006

En tant que citoyen, le système des 500 signatures aurait ontologiquement une tendance à me rassurer, de par sa fonction première de "filtre". Pour user d'une métaphore informatique, ce système agirait tel un anti-spam parmi les candidats.

Eviter les candidatures fantaisistes est un impératif que se fixe, je suppose, tout pays un minimum organisé. Ne serait-ce, lorsque la démocratie ne règne pas en maîtresse des passions, pour ne pas se faire "chiper" le pouvoir par un rigolo harrangueur de populace. Mais le problème soulevé de l'émiettement des voix au premier tour de l'élection présidentielle n'est-il pas un risque nettement plus dangereux auquel notre constitution devrait palier ? Et si l'on en croit les 16 candidatures de 2002 et les annonces que les médias aiment à faire ces temps-ci, les 500 autographistes n'y peuvent rien.

Qu'un parti, ou un agrégat politique, ait besoin de jauger le niveau et l'importance de sa représentation nationale est une nécessité évidente. Et on ne saurait leur jeter décemment la pierre sans demander de s'en tenir à un bipartisme à l'américaine. La multiplicité des partis politiques, aussi petits soient-ils est une richesse qu'il faut préserver. Mais lorsque le second tour d'une élection présidentielle ressemble à celle de 2002, accumulant l'abstention record de son premier tour, on ne peut décemment plus parler de richesse.

Faudrait-il envisager un système de parrainage qui inclurait un troisième tour ? Voici l'idée : au premier tour, les citoyens mettent dans l'urne le bulletin du parti duquel ils se sentent le plus proche. Pourquoi pas même ne pas lui coller de représentant mais simplement un programme. Voter pour les idées d'un parti ou d'un groupement ad hoc quelconque. Le deuxième tour ne rassemblerait que les candidats ayant obtenu une part raisonnable des suffrages, comme 10 % par exemple. Et le cas échéant, le troisième tour à deux noms.

Constitutionnellement, cette idée joyeusement débattue dans le confort de ce blog tellement agréable n'a surement aucune possibilité de tenir bond. Mais c'est bon de rêver tout haut et refaire le monde en utopie !

Ecrit par : Kassineo | 17.08.2006

Il est suggéré par Kassineo d'instituer un vote spécifique permettant à l'électeur d'indiquer le parti qui a sa préférence. Une autre solution pouvant avoir les mêmes avantages et permettre à certains partis une représentation au sein du Parlement pourrait être le double vote à l'allemande. Cela suppose de redonner la prééminence aux élections législatives, et par là même minimiser l'importance du premier tour de la présidentielle pour les partis. Je ne nie pas la richesse que constitue certainement la multiplicité des partis, et c'est pour cela qu'élire à la fois un représentant et instituer une dose de proportionnelle me semble être un compromis intéressant.

Ecrit par : MT | 18.08.2006

Prétendre empêcher un candidat qui a déjà réalisé par 3 fois un score supérieur à 14 % dont un second tour cinq ans auparavant en dressant 500 obstacles médiocres à enjamber les uns derrière les autres, démontre à l'évidence à tous les beaux esprits démocratiques de ce pays à quel niveau de démocratie ce pôvre pays est tombé:une démocratie totalitaire (de type soviétique heureusement désuet qui n'existe plus ...que dans le beau pays de France...).
La Constitution française, son inspirateur le Génial-général s'est tellement assis dessus, qu'on ne s'étonnera pas que ses sbires de petit niveau en fassent autant: sur cette règle des 500 parrains(cf: la Maffia ) , elle est violée sur différents registres..facilement énumérables pour des constitutionnalistes de 1ère année. Reprenez la Constitution article après article, vous serez édifiés!!
Une des solutions, 1/ouvrir les présentations aux conseillers municipaux, quitte à les porter à 1.000 parrainages, le Maire n'étant qu'un"primus inter pares" de ses Cons. Mx, élus comme lui au suffrage direct et universel; 2/ permettre à un Maire de parrainer PLUSIEURS CANDIDATS aussi bien Arlette que Jean-Marie (et/ou Ségo) s'il estime (à juste titre)que tous deux REPRESENTENT UN COURANT DE L'OPINION, ce qui est le CAS.. on ne leur demande pas un soutien mais de dire si un tel est un candidat-bidon tel BARBUT le vendeur d'aspirateurs face à de gaulle en 1965!!
Hubu

Ecrit par : hubert Misamy | 02.11.2006

Monsieur,

Je n'aime pas le ton de votre commentaire, non plus d'ailleurs que la logique qui la soutend.

Je n'aime pas, en particulier, que vous vous sentiez obligé de dénigrer en termes proches de l'insulte, tout ce qui ne vous convient pas.

J'observe par ailleurs que vous ne lisez pas de ce que commentez, puisque le sens de cette note était précisément de réfléchir à des possibilités de cohérentes, fondées sur des principes rationnels et démocratiques.

Mais je constate qu'il est plus facile de vitupérer que de réfléchir calmement. Je maintiens donc votre commentaire à titre documentaire et illustratif.

Ecrit par : Frédéric Rolin | 02.11.2006

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