10.04.2006

L'impérieuse réforme des procédures de recrutement des maîtres de conférences

Le concours de recrutement des maîtres de conférences, pour ceux qui l’ignoreraient, se déroule en trois étapes.

 

1° une qualification par la section compétente du Conseil National des Universités, après examen des travaux.

2° une préselection par les commissions de spécialistes parmi les dossiers de candidats qualifiés reçus (dossiers bien maigres constitués d’un CV, d’une liste de publications, et du rapport de soutenance de thèse)

3° une sélection après audition (sous la forme d’un classement de 5 candidats au plus par ordre de mérite pour chaque poste ouvert).

 

Il existe ensuite quelques formalités (telles que la validation des listes par le Conseil d’administration) qui donnent parfois lieu à débat, y compris contentieux, mais dans la majeure partie des cas, ce sont bien ces trois phases qui jouent le rôle essentiel dans la sélection.

 

Ce mode de recrutement, comme tous ceux qui avaient été essayés auparavant, pose nombre de difficultés. Je n’entrerai pas dans les débats de fond (localisme/conformisme…) qui relèvent à mon sens davantage d’une éthique des commissions de spécialistes plutôt que questions juridiques.

 

Mais je souhaiterais, en revanche, poser clairement et sans langue de bois, trois difficultés essentielles de ce recrutement qui me paraissent nécessiter une réforme.


1°) La « préselection sur dossier ».

 

Pour participer depuis désormais quelques années aux commissions de spécialistes de l’Université d’Evry, je ne crois pas trahir un secret en disant que les dossiers fournis par les candidats au stade de la préselection sont très largement inexploitables.

 

En particulier, et je ne fais là que re-dire ce qui a déjà été abondamment signalé, les rapports de soutenance sont d’une hétérogénéité telle que toute comparaison qualitative est impossible : certains rapports sont uniformément élogieux, qui présentent des thèses d’une qualité moyenne, d’autres sont très sévères pour des travaux de qualité bien meilleure.

 

Sans doute l’expérience des membres des commissions de spécialistes conduit à « pondérer » ces appréciations, en fonction des habitudes réelles ou supposées des rédacteurs de rapports de soutenance, mais il reste qu’un tel système interdit d’avoir une opinion objective sans avoir les travaux à sa disposition. Pour ma part, mais je mesure bien les difficultés d’une telle démarche, je pense qu’il faudrait qu’à ce stade, les commissions de spécialistes puissent également disposer des appréciations formulées par le CNU, qui reposent sur une lecture des travaux, et qui donneraient sans doute une base plus homogène de comparaison.

 

 

2°) Le calendrier des commissions de spécialistes.

 

UN des points les plus critiquables de l’organisation de ce concours, et tous les candidats ou ex-candidats le savent, est le calendrier des réunions de commissions de spécialistes pour les auditions : étalées sur une période de deux semaines, en général, les 40 ou 50 commissions qui se réunissent siègent bien souvent en même temps, ou à peu de temps d’intervalle. Qui n’a jamais été confronté à la difficulté d’un candidat convoqué à 10 heures à Lille et à 14 heures à Aix ? (pardon pour ces deux cités, qui n’ont vocation à illustrer ici qu’une distance géographique). Candidat par conséquent obligé de faire des choix en fonction de critères plus ou moins avouables (bruits de couloir sur l’existence d’un candidat local, par exemple qui, ne nous voilons pas la face, est le plus courant des motifs de choix).

 

Dans ces conditions, il m’apparaît qu’il est impérieux que soit fixé un calendrier national, soit par les instances ministérielles, soit, et cette deuxième solution aurait ma faveur, par les universités elles-mêmes, qui témoigneraient ainsi de leur capacité d’auto-organisation et de collaboration.

 

Je tiens d’ailleurs à souligner que, d’un point de vue strictement juridique, j’ai beaucoup de doutes à admettre qu’un concours puisse se dérouler légalement si certains candidats sont empêchés de se rendre à l’épreuve de sélection parce qu’ils en passent une autre, dans une autre université. Le moyen n’a encore jamais été soulevé me semble-t-il par un candidat malheureux, mais il mérite qu’on s’y arrête.

 

 

3°) Le coût du recrutement pour les candidats.

 

Enfin, cette procédure de recrutement à un coût élevé, voire inacceptable pour de nombreux candidats.

 

Pour chaque préselection, environ 10 €.

 

Pour chaque audition, les frais de dossiers (reproduction de thèse, d’articles, et envoi postal) sont d’au moins 50 €, mais plus souvent proches de 100 €, car il faut un exemplaire de thèse et un envoi express.

 

De même, les frais de déplacement sont exorbitants : Prenons l’exemple d’un candidat aixois ayant cinq convocations, l’une à Aix, une autre à Montpellier, une à Paris I, une à Paris II (un autre jour) et une à Lille. On peut évaluer dans une fourchette de 500 à 1000 € (et sans doute plus tôt vers le haut de la fourchette), ses coûts de déplacement et parfois d’hébergement.

 

Au total, un candidat qui aura envoyé 40 dossiers de candidature, aura été auditionné cinq fois ( ce qui correspond à la moyenne des candidats) aura dépensé approximativement 40x10 + 70x5 + 700 € soit 1450 €.

 

Si ce candidat a achevé ses contrats d’ATER, cela représentera plus de 2 mois d’indemnités chômage, s’il est encore ATER, un mois et demi de traitement.

 

Je ne connais pas d’autres concours aussi chers. Même une leçon de 24 heures est sans doute moins onéreuse. Il y a donc ici d’après moi une véritable ségrégation par l’argent, les candidats hésitant à envoyer des dossiers, ne se rendant pas à certaines auditions pour des motifs financiers, et je dois dire que je trouve cette situation non seulement inacceptable mais mêmes révoltante.

 

C’est pourquoi il me semble que l’administration de l’enseignement supérieur devrait créer une « bourse de candidature » versée soit de manière forfaitaire a priori, soit adaptée aux dépenses consenties, sur justificatif, et versée a posteriori.

A défaut, et là encore je le dis sans langue de bois, je pense que le concours de recrutement est purement et simplement illégal. Il est vrai que le Conseil d’Etat a refusé de considérer, pour l’agrégation, que les modalités d’organisation de leçon en 24 heures conduisaient à une rupture d’égalité entre les candidats. Mais ici, compte tenu de l’aspect systémique du problème, et du nombre des candidats affectés, il me semble que la rupture d’égalité à raison de considérations financières est incontestablement acquise.

 

Ainsi, il ne fait pour moi aucun doute qu’une réforme de ces modalités pratiques du recrutement des maîtres de conférences est nécessaire. J’espère que ces propositions seront reçues et relayées par mes collègues car l’amélioration de ces procédures de recrutement est une nécessité pour témoigner de la capacité de l’Université à témoigner à ses jeunes enseignants la considération qu’elle leur porte.

Commentaires

Je ne peux que saluer autant de franchise.
A mon avis, le critère financier est effectivivement source de discrimination mais j'ai peur que votre proposition de bourse de candidature reste, malheureusement, lettre morte. Il n'y a qu'à voir les problèmes actuels relatifs aux postes d'ATER. L'Etat se désengage et les Universités ne veulent pas avoir les moyens... Alors révons tous ensemble à d'aussi belles idées. Si quelqu'un pouvait un jour faire preuve d'autant de franchise et peut-etre réflechir de manière intelligente (excusez la redondance) sur les vraies réformes à effectuer, la recherche française, et surtout celle en sciences sociales, irait beaucoup mieux...
J'espere qu'un jour ce blog sera lu par les gens qui peuvent décider....
Encore merci et pardon du ton un peu polémique.

Pascal TOUHARI

Ecrit par : Pascal TOUHARI | 10.04.2006

Il y a eu des recours contentieux ayant abouti à des annulations, mais je parie (sans savoir, mais c'est un pari) qu'aucun des candidats ayant obtenu une annulation n'a ensuite été récruté au poste pour lequel il a obtenu l'annulation. Plus généralement, et je le déplore, je crains qu'un candidat attaquant en justice ne se grille auprès de bcp d'universités.

Le mal est profond, et il ne concerna pas que le droit. Je renvoie également ici aux discussions se trouvant sur le forum du Sénat relatif au "Recrutement et [à la ] gestion des universitaires et des chercheurs" (http://www.senat.fr/Vforum/13/forum.html), et au rapport qui en est résulté (http://www.senat.fr/rap/r01-054/r01-054.html), qui établissent un constat devant être considéré comme partagé et (statistiquement) objectif. Ces sont là en tout cas des éléments à prendre en considération pour ce "fil".

En tout cas, je ne peux que me réjouir que des personnes susceptibles d'avoir une influence s'attaquent au problème.
Comment ceci se passe-t-il à l'étranger au fait, et tout particulièrement chez nos proches voisins ? No'ublions pas en outre qu'en science certains candidats viennent de très loin (russie, afrique du sud, ...)

Ecrit par : denis roynard | 10.04.2006

Je partage tout à fait votre analyse, tant sur le coût et le calendrier que sur la sélection largement "à l'aveugle" des candidats convoqués à l'audition. Une réserve touefois lorsque vous écartez la question du localisme en estimant qu'elle relève "de l'éthique des commissions de spécialistes" : il me paraît délicat pour une commission de tenter, seule, de changer le système en ne se fondant que sur le niveau des candidats au prix du sacrifice de ses candidats locaux qui, eux, continueraient à subir le localisme des autres commissions. Le remède ne me paraît pouvoir être que national (l'avant-projet de loi sur la recherche s'était engagé sur cette voie) et non reposer sur les seules commissions.

Ecrit par : BS | 10.04.2006

Tant que les problèmes de "localisme" persisteront et domineront, les autres actions restreront largement inopérantes. C'est d'ailleurs le localisme qui rend l'investissement en déplacement et hébergement particulièrement improductif.
A l'heure actuelle, se payer ou payer des frais de déplacement, c'est largement légitimer et financer une concurrence faussée, or les pouvoirs publics ne doivent, ce me semble, que payer et favoriser un recrutement opéré selon l'alinéa de la DDH le plus violé dans la fonction publique, le 6ème :

"Tous les Citoyens étant égaux [aux yeux de la loi] sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents".

Ecrit par : denis roynard | 10.04.2006

@BS A quelles dispositions du projet de loi sur la recherche faites vous référence ?

Ecrit par : Frédéric Rolin | 10.04.2006

L'une des fiches techniques du " Pacte pour la recherche" évoquait une limitation à 75% des MCF recrutés par une Université la part des docteurs locaux (http://www.pactepourlarecherche.fr/pacte/fiche12.pdf). Au fur et à mesure de la longue discussion, toute perspective normative (crainte d'ouvrir la boîte de Pandore du statut des enseignants-chercheurs dans un contexte de relations déjà agitées avec les chercheurs ?) a été abandonnée au profit d'un simple voeu (pieux).

Ecrit par : BS | 10.04.2006

Le coût financier est effectivement source de discrimination, et encore ne mentionnez-vous pas les candidats d'outre-mer (ceci est encore plus vrai lors des leçons d'agrégation d'ailleurs).

Mais je suis d'accord avec Denis Roynard: le localisme est le principal problème et commence même avec les recrutements de moniteurs et d'ATER

Paradoxalement, il pénalise particulièrement les doctorants et docteurs parisiens car les Facultés parisiennes recrutent les "meilleurs", quelle que soit leur origine. Un docteur parisien non recruté sur place sera ensuite en province en concurrence avec les candidats locaux mieux connus.

Et le localisme entraine ensuite un manque d'adéquation entre les besoins réels de la faculté dans telle ou telle spécialité et le recrutement d'un docteur local qui n'y connait rien et ne fait que s'ajouter à la longue liste d'enseignents dans un domaine plus largement pourvu.

Tout ça pour assister ensuite à de petites guerres internes pour l'attribution de telle matière... dont au final les étudiants pâtissent.

Ecrit par : DDD | 11.04.2006

Autrement dit, on fait prévaloir l'autonomie/endogamie des universités sur un principe constitutionnel qui ne constitue donc que l'affichage d'un objectif qu'il serait souhaitable d'atteindre. Du "droit" administratif tout ce qu'il y a de plus commun en somme...
Le Conseil d'Etat a lui même donné un base juridique à ces dérives en interdisant toute distinction entre agrégés et certifiés dans le recrutement sur les emplois de PRAG, ce qui revient à supprimer l'équivalent du CNU pour ces emplois et à réduire le recrutement à la seule appréciation locale et subjective, sans aucune garantie académique. Il est vrai que ledit CE reçoit lui-même de très fortes injections de tour extérieur...
La situation milite hélas pour les tenants d'une autonomie financière et d'une concurrence à outrance, et je ne serais pas surpris d'apprendre que certains qui renoncent pour le moment à remédier aux dérives largement répandues et séculaires jouent en vérité le pourrissement pour mieux imposer des modifications radicales, par ailleurs souhaitées au niveau européen.
Et puisque l'un des intervenants entendait me "charier" avec le salage de l'eau de mer, je ne résiste pas au plaisir de citer (en le déformant, car de mémoire) Soljenitsyne :
il suffit d'une gorgée pour connaître le goût de l'eau de mer !

Ecrit par : denis roynard | 11.04.2006

Ne connaissant pas le sujet je vous soumet une question :

N'est il pas envisageable de recruter le maître de conférence par un systéme de "draft" ?

C'est à dire de créer une liste des candidats dans laquelle les universités viendraient piocher. Les universités et les candidats étant réunis dans un même lieu et dans un même moment, et où les universités dites les plus faibles ou les moins côtés (il doit bien exister un classement des universités qu'il soit officielle ou officieux) choisissent en premier. En terme de coût pour les candidats et de transparence sur les choix on y gagnerait je pense.

Ecrit par : Lehuron | 11.04.2006

Tous les problèmes évoqués (localisme, coût...) sont réels à part peut-être la violation du principe d'égalité puisque tous les candidats sont confrontés à la même injustice. Il me semble qu'un autre point mérite également une réforme : la qualification par le CNU (ceux qui l'ont passé avec succès ou non ont sans doute des remarques à émettre sur l'équité et l'objectivité de la sélection). Il y a une réforme simple et peu couteuse à essayer : la création d'un concours sur épreuves (en évitant les épreuves type leçon en 24 heures). Les copies sont corrigées de façon anonyme puis les candidats classés. Ils choisissent ensuite leur université en fonction de leur rang de classement. Certains objecteront qu'un tel procédé porte atteinte au principe d'autonomie des universités en les empêchant de sélectionner leurs MCF. Mais c'est le cas pour les professeurs agrégés.

Ecrit par : labuse | 11.04.2006

L'analyse est bonne, et aux trois problèmes de sélection, concentration des auditions et coût financier se rajoute le problème de la publicité des offres. L'affichage officiel est en effet souvent en décalage avec les attentes des différents lieux. On m'a ainsi recommandé cette année dans plusieurs universités de candidater sur des postes très loin de mon profil pour laisser aux commissions plus de liberté dans les recrutements. Ce contournement des profils est parfois suggéré par une phrase à la fin du profil détaillé comme : «les candidatures fortes mais hors profil seront également considérées». Mais sans contacts préalables, il est impossible de savoir où l'on peut envoyer un dossier.

Pour le problème de difficulté de la sélection il est envisageable de demander un classement en groupes de la part de la commission de qualification (ils le font d'ailleurs généralement en interne), mais il est également possible de restreindre le nombre de qualifiés dans certaines sections (jusqu'à 80% des docteurs qualifiés, alors qu'il n'y a de postes que pour 20% des docteurs). Ceci a toutefois le défaut de reporter les problèmes d'objectivité sur un plus petit groupe de personnes.

Pour ce qui est des auditions, il n'est pas vraiment possible de trouver une solution idéale, dans la mesure ou chaque laboratoire d'accueil possible peut donner lieu à un projet de recherche propre au laboratoire. Une solution serait d'étaler sur l'année entière les candidatures et ne plus recruter uniquement en deux sessions.

Enfin pour le problème financier, vous oubliez que bien souvent le recrutement ne se fait que si l'on a pris contact et visité les différents laboratoires auparavant. Cette visite fait le plus souvent l'objet de missions payées par le laboratoire visité, mais ce n'est hélas pas systématique.

La technologie actuelle permet d'organiser des vidéo-conférences, c'est probablement la meilleure solution pour l'avenir. Il faudrait dans chaque région un centre de vidéo-conférence pour auditionner les candidats sans leur faire traverser à chaque fois le pays.

Ecrit par : PFD | 11.04.2006

Pour prolonger le débat, je dois dire que je partage les réflexions de l'ensemble des intervenants en ce qui concerne la question du "localisme" et des questions de réformes fondamentales (l'idée d'un concours national par ex a déjà été évoquée).

Mais sur les questions plus ponctuelles, je pense qu'il serait urgent d'arriver à des adaptations.

1°) réaliser un "serveur de thèses" qui serait ainsi rendues disponibles à tous les membre des commission et qui économiserait bien des frais d'envois

2°) la réalisation d'un calendrier national de déroulement des commissions

3°) Vérifier si d'ores et déjà les textes sur les remboursements des frais de déplacement pourraient s'appliquer aux candidats encore sous contrat (AllR, ATER), en application du décret de 1990 dont, je dois humblement le reconnaître, je n'ai pas réussi à déterminer si pour les frais de concours, il s'appliquait aux contractuels, et dans tous les cas modifier ce texte pour le rendre applicable à l'ensemble des candidats.

Ecrit par : Frédéric Rolin | 11.04.2006

Intéressant débat.

La question du localisme appelle deux remarques étroitement liées. Tout d'abord, le faible nombre de postes rapporté au nombre de qualifiés a une conséquence que les facultés n'ignorent pas : de nombreuses personnes qualifiées ne trouveront pas de postes. Ensuite, et pour la raison qui précède, les membres des commissions de spécialistes savent fort bien que "leurs" candidats auront des difficultés à trouver un poste sur une université qui n'est pas la leur. Il n'est donc pas incompréhensible qu'ils retiennent les jeunes docteurs formés par leurs soins et qu'ils connaissent fort bien par ailleurs : direction de thèse, équipes de travaux dirigés, équipes de 24 heures ...

Il faut bien en convenir, et en même temps le comprendre, rares sont les universités à jouer le jeu du candidat recruté à l'extérieur alors que ces mêmes universités ont leurs propres candidats.

Plus de postes ou moins de qualifiés par le CNU permettrait peut-être d'envisager de manière différente cette question du localisme.

Ecrit par : Stéphane Darmaisin | 11.04.2006

je suis parfaitement d'accord avec l'analyse crirtque de la procédure de recrutement des maîtres de conférences, en droit du moins. Si l'existence d'un jury national (le CNU) est absolument indispensable en particulier pour neutraliser à ce stade le localisme éminemment nuisible à la qualité, le "tour de France" fort bien présenté, imposé aux candidats est scandaleux tant sur le plan humain que financier. Je doute que la "bourse" proposée recueille l'accord du ministère...Il semble répondre à la soi disant autonomie des universités, en réalité à la prédominance d'une volonté de particulièrement forte dans des disciplines autres que le droit. Au stade du recrutement par les universités le localisme vicie totalement le système. Une règle de mobilité obligatoire pourrait être imposée afin qu'un nouveau qualifié maître de conférences ne puisse être recruté dans la faculté où il a été ATER et/ou il a effectué sa thèse. Un autre système existait il y a quelques années qui pourrait être réintroduit dans lequel le CNU affectait lui même les nouveaux MCF. Ce pourrait se faire par exemple sur une liste de choix préalablement dressée par chaque candidat à l'habilitation. l'on pourrait aussi faire venir à Paris et à tour de rôle dans chaque grande ville universitaire durant huit jours les commissions de spécialistes qui auditionneraient alors les candidats à leurs universités. La SNCF, Air France, Easyjet....n'y perdraient rien puisque des clients (autres...) quasi captifs seraient encore là pour assurer des billets.....

Ecrit par : F.Colly | 12.04.2006

Un des intervenants "s'inquiétait" pour les docteurs parisiens susceptibles de ne pas trouver de postes. Cette année, à l'agrgation d'histoire du droit, 6 des 8 admis sont (maître de conf) ou ont été (doctorant, moniteur, ATER) dans à Paris et je vais être plus précis, à Paris I ou Paris II.
Ce qui est d'autant plus "drôle" dans le concours d'agrégation, c'est que l'on sait déjà à l'avance quels seront les candidats recrutés. Dans le jury d'agreg d'histoire du droit, il y avait notamment cette année un Aixois, trois Parisiens et un Montpelliérain, le Président du Jury. Parmi les candidats au départ, il y avait trois Aixois, deux Montpelliérains et une ribambelle de Parisiens. En octobre dernier, tout le monde s'accordait à voir un Aixois, un Montpelliérain et au moins trois parisiens agrégés. Qui a décroché le gros lot à votre avis ?
Réponse : un Aixois, un Montpélliérain et six Parisiens ou assimilés.
C'est à vomir.

Ecrit par : Pierre | 12.04.2006

Je parlais des parisiens pour le recrutement qui suit la qualification et non pour la procédure de qualification ou l'agrégation où leur surreprésentation n'est plus à démontrer (même si un intéressant billet du maitre de ces lieux la détaille parfaitement http://frederic-rolin.blogspirit.com/archive/2006/03/06/qualification-2006-section-de-droit-public-du-cnu.html)

Ecrit par : DDD | 13.04.2006

Que l'on se rassure (!)... ce qui est valable pour l'agrégation d'histoire du droit est aussi valable pour l'agrégation de droit public et de droit privé... Il vaut mieux être parisien (Paris I ou II s'entend) ou connaître un membre du jury lorsqu'on est candidat... ça aide.

Ecrit par : XSC | 13.04.2006

Juste une précision pour les candidats à la maîtrise de conférence en préparation de tour de France. Lorsqu'ils sont en poste (ATER ou moniteurs), certaines universités acceptent de financer leurs déplacements (frais de mission). C'est déjà cela. Lorsqu'ils ne sont plus financés, et dans l'hypothèse où ils sont demandeurs d'emploi, l'ANPE peut financer une part de leurs frais de déplacement (voire la totalité), à condition de produire la convocation à l'audition, et de présenter cette dernière comme un entretien d'embauche. Aucun texte ne limite la prise en charge de ces frais par l'ANPE, mais certaines antennes limitent leur nombre (2 à 4 par an, c'est variable). Les parisiens ont un avantage en ce domaine : on peut dépendre de l'ANPE la plus proche de son domicile, et de l'ANPE cadre (gare de Lyon), ce qui multiplie les remboursements...

Ecrit par : GD | 19.04.2006

@GD Merci pour cette information, d'autant plus qu'elle ne circule pas très largement.

Je me demandais effectivement si le décret sur le remboursement des frais était applicables aux ATER. Voilà une réponse concrète.

Ecrit par : Frédéric Rolin | 19.04.2006

Je suis d'accord avec le constat, mais je pense qu'on pourrait aller plus loin dans les mesures envisagées. En s'inspirant d'un système en vigueur aux Etats-Unis, le recrutement pourrait être organisé dans une ville ou quelques villes seulement. Les frais de transport pour les candidats seraient ainsi réduits ; les difficultés de calendrier ne se poseraient plus. Rien, je crois, n'interdit à une commission de se "délocaliser". Je serais par ailleurs favorable à l'adoption d'une charte éthique aux termes de laquelle un candidat ne pourrait être recruté dans son université d'origine. A ma connaissance, cette interdiction est appliquée pour le recrutement des MCF en mathématique.

Ecrit par : Yann K | 19.04.2006

Surtout si vous vous voulez être qualifié(e) en droit public, pendant votre scolarité ne passez pas de dîplomes à l'étranger (c'est "exotique"; les tombes de Tocqueville et Montesquieu doivent trembler...) et ne rédigez pas autant d'articles qu'un MCF pendant votre thèse: votre dossier sera jugé "insuffisant"!...

A l'étranger où la dictature de la pensée unique est moins pesante la formule est simple: pas de CNU pour éviter les abus de pouvoir et les postes à pourvoir sont largement diffusés dans la presse et les sites internet.
On se présente en fonction des besoins de la fac. Le fléchage et le localisme jouent peu car les contentieux sont eux aussi rendus publics... et peu de facs veulent trainer une réputation pourrie.

Quant à la question des recours en France : est-il légal,voire constitutionnel, que le "concours" de MCF soit le seul de la fonction publique où il n'y est pas d'épreuves écrite ou/et orales ?...

Enfi dernière news CNU droit public cuvée 2006: 72 postes à pourvoir et 46 qualifié(e)s; qui veut vomir?
Le Ministre De Robien peut-être ?...

Ecrit par : O.B. | 23.04.2006

La lecture de votre texte me fait doucement sourire. Nombre de mes collègues avancent les mêmes arguments que vous, avec indignation, conviction etc. Et le jour où se réunissent les commissions de spécialistes, on oublie d'un coup tout cela, parce qu'il faut revenir "aux choses sérieuses".
Il est bien dommage qu'entre les intentions généreuses et leur concrétisation...
Le calendrier, par exemple, ça ennuie tout le monde, il faut se payer le contact de l'administration en leur demandant de contacter le webmaster etc.
Quand à la critique du localisme elle me fait tout aussi doucement sourire, elle est classique. Pourtant, ce n'est pas le localisme qui est un problème, mais son abus. Comment peut-on reprocher aux commissions de recruter des personnes dont elles sont sûres, dont elles connaissent les méthodes et les manières de travailler, sans supercherie ?
On oublie souvent de parler aussi des CV gonflés au silicone voire mensongers qui entraînent ensuite des situations extrêmement problématiques (candidats recrutés incapables d'assumer tel ou tel enseignement tout en ayant affirmé lors de son audition qu'il/elle l'était).
Ce qui est contestable, c'est que des candidat-e-s de médiocre qualité soient recrutés parce qu'ils sont locaux, poulain de tel ou tel professeur. Mais pas le localisme en soi !

Ecrit par : M.D. | 02.05.2006

Il semble essentiel que le ministère gère nationalement les dates d'audition des candidats aux commissions de spécialistes. Les candidats retenus pourraient ainsi se présenter aux auditions pour lesquelles ils ont été retenus.

Ecrit par : videlin | 09.06.2006

Proposition judicieuse mais solution regrettable car elle illustre l'incapacité des facultés de droit à se concerter. En effet, il suffirait que les présidents de commission de spécialistes concernés déterminent des jours de tenue des commissions par académie par ex. Telle académie sélectionnerait tel ou tel jour est ainsi de suite.

L'intervention de la tutelle serait, à certains égards un échec. Et on aura beau jeu ensuite de réclamer plus d'autonomie pour les facultés de droit....

Autre faiblesse de la procédure, celle qui concerne la publicité et la motivation de la décision de la commission. Il est quand même surprenant de croiser des candidats qui ignorent les résultats d'une commission trois jours après leur audition. La moindre des choses serait que les facultés transmettent le classement à tous les candidats ne serait-ce que par mail. De même, la motivation serait peut-être de nature à atténuer certaines pratiques contestables.

Ecrit par : xddb | 09.06.2006

Je partage l'avis de XDDB ; l'intervention du ministère est regrettable mais elle est nécessaire pour imposer cette concertation. La motivation des décisions des commissions est essentielle afin que les candidats malheureux puissent utilement se présenter l'année suivante.

Ecrit par : videlin | 16.06.2006

Auriez-vous la gentillesse de me dire comment se déroule l'audition devant la commission des spécialistes pour le recrutement des ATER (questions posées, durée, etc.) ?
Merci infiniment.

Ecrit par : contratspublics | 18.06.2006

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