08.11.2005
Leçon blanche, or not leçon blanche sur travaux ?
Parmi toutes les interrogations qui émanent des candidats au concours, l’une d’elle concerne l’intérêt de présenter une ou plusieurs « leçons blanches » sur travaux, étant donné que la conférence d’agrégation n’y prépare pas (tropisme parisien).
Cette question est assez délicate car elle combine de nombreux paramètres.
D’abord, une leçon sur travaux exige du ou des membres du jury fictif un investissement notablement plus important que le simple fait de donner un sujet, de l’entendre exposé et d’en donner un corrigé, ou des éléments de corrigé du moins. Il s’agit en effet de lire des travaux avec lesquels on n’est pas nécessairement familier, ce qui suppose de dégager du temps. Ce paramètre matériel peut toutefois être surmonté, soit en s’adressant à un des rapporteurs des commissions de spécialistes devant lesquelles on a été auditionné, soit à une personne qui a déjà une certaine familiarité avec les travaux pour des raisons de proximité personnelle, soit encore une âme dévouée ou mue par l’intérêt de découvrir une thèse.
Mais la principale question, moins prosaïque, tient aux difficultés inhérentes à la réalisation d’une telle leçon blanche. En particulier, plus encore que pour les autres leçons, la tonalité de la leçon sur travaux est largement tributaire de « l’esprit du jury », de sorte que la leçon blanche peut porter à faux par rapport aux exigences ou plus exactement aux manières de voir qui seront celles de l’épreuve réelle.
Dans ces conditions, cette leçon blanche peut-elle regardée comme un exercice profitable ?
A cela il n’y sans doute pas de réponse uniforme. Mais il me semble, à la lumière de quelqu’expérience en la matière, qu’elle peut effectivement présenter un certain nombre d’intérêts. Prendre la mesure, tout d’abord, de ce qui distingue cette leçon des auditions de commissions de spécialistes qui ont souvent été un choc par leur brutalité et leur caractère déconcertant pour les jeunes docteurs. Permettre ensuite aux candidats de développer une réflexion distanciée sur leurs travaux, qui est souvent un facteur important de succès à cette épreuve. Enfin, mettre en évidence quelques défauts de présentation qui, s’ils ne sont pas essentiels, méritent de ne pas être reproduits.
Au total, les intérêts d’une telle leçon blanche, malgré les difficultés soulignées, méritent d’être considérés.
01:55 Publié dans agrégation de droit public | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note





Commentaires
Il n'y pas que les candidats qui pourraient souhaiter une leçon blanche sur travaux. Après tout, Jean Combacau, président du jury, ne qualifiait-il pas, dans son discours précédant la proclamation des résultats, d' "impréparation" l'état d'une bonne quantité de reçus ?
Il me semble que le problème de fond n'est pas seulement une question pratique, mais qu'il touche aux limites de l'épreuve. La leçon sur travaux est en effet celle de pré-admissibilité. Elle a pour but d'opérer un tri entre les candidats dont les travaux de recherche sont "au niveau" de ce qu'on attend d'un professeur et les autres. Et ceci indépendamment de la façon dont les travaux sont présentés. A cet égard, il serait délicat (et indélicat) de dire à un candidat en leçon blanche que ses travaux sont objectivement insuffisants.
Ensuite, pour les candidats dont les travaux sont acceptables, l'épreuve de pré-admissibilité permet de réaliser un premier contact avec les membres du jury. C'est un "round" d'observation.
Il y a là une part d'impalpable qui dépend étroitement de la composition du jury et qu'une leçon blanche ne peut pas reproduire.
Enfin, on ne peut pas nier le rôle déterminant et forcément imprévisible des rapporteurs nommés sur les travaux (dont un, plus proche de la spécialité de la thèse, pèsera le plus lourd). Si le rapporteur est très favorable, il est impossible que le reste du jury arrête le candidat à ce stade. S'il est très défavorable, cela ne se verra pas tout de suite, car il est possible que le reste du jury préfère envoyer le candidat à l'épreuve d'admissibilité avec un très lourd handicap pour trancher définitivement à ce moment-là.
Donc, plutôt qu'une leçon blanche sur travaux : une leçon de fatalisme et un moral de coureur de fond.
Ecrit par : GJG | 08.11.2005
Le commentaire est objectivement beaucoup plus riche que la note sur laquelle il s'appuie. Je partage toutes les observations faites avec un seul léger tempérament. La prestation orale joue malgré tout un rôle et je pense qu'il n'est pas inutile de se préparer à ce type d'exercice.
Ecrit par : frédéric Rolin | 08.11.2005
Lol ! GJG en coureur de fond ! A part ça, à 100% d'accord. Dans mon cas, et pour des raisons sur lesquelles je ne m'attarderai pas, ma thèse n'était pas finie bien que soutenue. J'ai eu la qualification mais je savais que pour l'agrégation, ce serait lourd. A l'épreuve de pré-admissibilité, j'ai montré que j'avais du recul sur ma thèse et que, dans ma tête au moins, je l'avais finie. Résultat: alors que les pré-rapports étaient négatifs, ils m'ont donné ma chance; Puis j'ai fait d'excellentes leçons -parait-il- et à l'issue de la première leçon, j'avais remonté tout le classement pour figurer parmi les admissibles. Ensuite, j'ai remonté encore pour finir dans la première moitié. Avec une leçon de plus, j'aurais peut-être décroché la lune ! Bref, il ne sait pas courir le "GJG", mais il a raison : il faut être un bon coureur de fond...
Ecrit par : parcmètre à pièces | 20.09.2007
"ma thèse n'était pas finie bien que soutenue. J'ai eu la qualification mais je savais que pour l'agrégation, ce serait lourd."
J'avoue ma surprise...!!! Qualifié avec une thèse soutenue mais non terminée, chapeau bas!!
Ecrit par : Terrible | 20.09.2007
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